[Page principale] [Home
page]
Le Phare (Kinshasa)
25 Octobre 2005
Publié sur le web le 25 Octobre 2005
Kenge Mukengeshayi
Kinshasa
Dans notre livraison n°2702 datée du 21 octobre 2005, nous nous étions fait l'écho du dernier rapport en date de l'organisation " International Crisis Group ". Rapport dont on retient, pour l'essentiel, que dans les conditions actuelles, " les élections prévues en 2006 pourraient provoquer une violence généralisée en Rdc si la situation n'évolue pas d'ici là ". Selon l'ICG, " le risque majeur, c'est le maintien du statu quo ". Plus concrètement, " Les élections auront lieu, pas grand'chose ne changera et cinq ans plus tard les combats reprendront parce que les causes de la guerre n'auront pas été réglées ", alerte l'ICG. Avant de pointer un doigt accusateur : " la corruption, le manque d'un système judiciaire efficace, la violence - particulièrement dans l'Est du pays - et l'échec de la Mission de l'ONU en RDC (Monuc) à faire respecter un embargo sur les armes, constituent autant d'obstacles au processus électoral ".
Basée à Bruxelles, l'organisation est composée d'anciens hauts responsables américains. Raison pour laquelle ses avis sont généralement pris au sérieux tant à Bruxelles qu'à Washington, les deux capitales qui comptent le plus, depuis 1960, sur les grandes évolutions qui s'opèrent dans notre pays. On comprend alors pourquoi ce rapport a fait l'effet d'une bombe dans les salons politiques et les chancelleries à Kinshasa. Où la chanson à la mode veut, jusque là, que le processus électoral en cours en RD Congo se trouve sur de bons rails.
Au risque d'irriter, l'ICG bouscule donc les certitudes et remet en cause le discours officiel. Pourtant, estiment les analystes à Kinshasa, le rapport de l'ICG n'invente pas la roue, dans la mesure où personne n'était réellement dupe. Bien au contraire, beaucoup de choses se disaient déjà sur un processus très critiqué pour ses irrégularités, mais aussi pour sa tendance à exclure les forces politiques et sociales les plus significatives. En d'autres termes, la question que pose l'ICG est de savoir si la Rdc peut se permettre d'aller aux élections dans des conditions annonciatrices d'un véritable chaos.
Des informations parvenues au Phare indiquent que l'écho de ces inquiétudes a été enregistré au Palais de verre à New York. Au point où l'on n'exclut plus que la délégation du Conseil de sécurité attendue début novembre à Kinshasa exprime publiquement états d'âme et préoccupations de l'Organisation des Nations Unies. Des préoccupations qui ont par ailleurs transpiré du dernier rapport en date d'Aldo Ajello, envoyé spécial de l'UE dans les Grands Lacs, signe que l'Union Européenne est de plus en perplexe face à l'évolution politique de la Rdc. Enfin, selon toujours les mêmes sources, le sous-secrétaire d'Etat américain en charge des questions africaines, de passage à Bruxelles la semaine dernière après un court séjour au Liberia, est allé jusqu'à se montrer plus que dubitatif au regard des rapports sur l'évolution chaotique du processus électoral. En cause, la persistance des comportements de pillage et la montée de l'insécurité dans la partie Est de la RD Congo.
Pressions
Que faire alors ? International Crisis Group a préconisé, dans son rapport, un plan en cinq points : 1. La requalification du processus électoral dans une démarche plus inclusive et plus consensuelle ; 2. La bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et le respect des droits de l'homme comme conditions de toute nouvelle aide ; 3. La formation d'une armée nationale intégrée et d'une nouvelle force de police sous la supervision d'une équipe internationale ; 4. le désarmement, la démobilisation et le rapatriement des Fdlr ; 5. Le renforcement du mandat de la Monuc pour couvrir la gestion du processus électoral, la protection des populations civiles et le désarmement des Fdlr.
En d'autres termes, les Congolais doivent apprendre à se parler afin de relancer le consensus. Un appel récemment lancé à Mbuji-Mayi par l'un des adjoints du Représentant spécial du Secrétaire général de l'Onu, Ross Mountain, et relayé lundi par le chef du Bureau de la Monuc à Goma, à l'occasion du 60ème anniversaire de l'ONU. M. Ladjouzi a en effet souhaité la participation de tous les acteurs politiques congolais au processus électoral en Rdc. Ce qui peut paraître comme une invitation à un dialogue incluant tous les acteurs politiques ainsi que toutes les forces sociales significatives.
Les observateurs notent tout de même un aspect positif dans cette nouvelle dynamique. Dans son discours de fin d'année, le Chef de l'Etat, Joseph Kabila, avait en décembre dernier appelé au dialogue. Il avait rejoint en cela son adjoint, Azarias Ruberwa Manywa, qui avait eu le courage de lancer l'idée au plus fort du débat sur la fin de la transition. La même idée a été reprise par l'Opposant historique Etienne Tshisekedi lors de sa célèbre rencontre avec Louis Michel. Le président de l'Udps était allé jusqu'à proposer que le Comité International d'Accompagnement se charge de mettre les Congolais autour d'une table. De son côté, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya a dit la même chose le mois dernier au Président de la République, soulignant la nécessité et l'urgence de renouer les fils du dialogue. Il a été suivi par le Président de l'Assemblée nationale, Olivier Kamitatu Etsu, à la faveur de l'ouverture de la session d'octobre de la chambre basse.
A priori donc, les Congolais regarderaient dans la même direction. A condition que le CIAT réapprenne son rôle d'arbitre et que le Conseil de sécurité, comme dans le cas ivoirien, impose le dialogue par une résolution pertinente. Il restera alors à choisir le cadre, soit en anticipant l'implosion de l'Accord global à l'horizon du 30 juin 2006, soit en prenant le pari fou d'achever le processus de transition dans les délais, soit encore de n'investir que dans le processus électoral, sans jamais oublier que le cadre global de la transition a une influence incontestable sur le même processus électoral.
Liens Pertinents
Afrique Centrale
Congo-Kinshasa
Dans la nouvelle partie de poker qui a commencé des pressions sont ainsi exercées, a appris Le Phare, sur l'Udps d'Etienne Tshisekedi. Objectif : amener la fille aînée de l'opposition à mettre de l'eau dans son vin et surtout à préciser le vrai contenu de son offre de dialogue, face à des composantes pas toujours rassurées d'avoir à affronter son rouleau compresseur. A l'Udps, insinue-t-on à Kinshasa, y compris dans les cercles diplomatiques, de reprendre rapidement l'initiative et de dire si le dialogue suppose, de son point de vue, rupture et table rase, volonté de rejoindre les institutions pour se remplir les poches, selon l'accusation de Louis Michel, ou nécessité de requalifier le processus électoral qui serait géré par l'Onu pour plus de transparence. Le temps presse, explique-t-on.
Ce qui est sûr à ce stade, c'est que tous les acteurs sont de plus en plus unanimes sur les quatre principales urgences qu'il faudra affronter quel que soit le cas de figure. D'abord l'ingouvernabilité endémique de la Rdc, entretenue ou non, mais dont l'incontestable effet est de souligner l'échec du leadership de la transition. Ensuite, le pilage récurrent des ressources du sol et du sous-sol, ainsi que la corruption qui gangrène les institutions. Troisièmement : l'écueil sécuritaire avec une armée qui reste à former et à brasser devant la multiplication des cas d'insécurité, la persistance de la rébellion hutu rwandaise et la montée en puissance des milices dans l'Est et le Sud-Est. En fait, une situation qui milite en faveur du renforcement du mandat de la Monuc. Enfin, le caractère chaotique du processus électoral caractérisé par de nombreux arriérés législatifs (loi électorale, amnistie), les irrégularités dans l'opération d'identification et d'enrôlement, l'exclusion de nombreuses parties du territoire national, ainsi que des forces politiques et sociales significatives.
Page principale] [Home
page]
|