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[Page principale] [Home page] Message de Nouvel An de M. Etienne Tshisekedi Wa Mulumba au Peuple CongolaisRéf.: UDPS/PN/EXT/021/00 Bien Chers Compatriotes, Aujourd’hui, à minuit, l’histoire de l’humanité célébrera à la fois un triple événement: le changement de l’année, du siècle et du millénaire. Ceci est un rare privilège, et nous devons nous estimer heureux d’être des témoins vivants de ce phénomène que la Création saluera, encore une fois, seulement à la fin des prochains mille ans. L’histoire du Congo, notre Pays, est un tableau gigantesque où se concentrent esclavage, déportation, colonialisme, dictatures et guerres civiles. Elle est donc une histoire où s’enchevêtrent les deuils, les humiliations, la misère, les violations des droits de l’homme et l’absence des libertés, de démocratie et de développement. Ce bilan de faillite qui se dégage du passé sans gloire de notre pays est un véritable point de tourment à charge de l’entière conscience nationale. De l’Etat indépendant du Congo à nos jours, une minorité de nos compatriotes, mue par des intérêts égoïstes contraires à ceux de la Patrie et du Peuple, et soutenue par certains étrangers, a toujours contré le combat de notre Peuple visant la réalisation de son aspiration profonde et légitime de vivre en paix, libre et heureux, respecté dans sa dignité humaine, ses libertés et ses droits dans un Etat de droit souverain, uni, démocratique et prospère. Complices et auteurs des systèmes d'asservissement qui se sont abattus sur notre Peuple, et qui ont été incapables de résoudre les problèmes fondamentaux de notre société, ces compatriotes sont les premiers responsables de la crise politique, de la monstrueuse catastrophe sociale et des malheurs tragiques qui, jusqu' à ce jour, frappent durement la Nation.. Mobutu hier et Kabila aujourd'hui ainsi que leurs régimes politiques sont l'expression la plus cruelle de ces compatriotes et des systèmes politiques qui ont bloqué l'insertion du Congo dans le concert des nations libres, démocratiques, civilisées et prospères et ont horriblement fait régresser notre Pays, par rapport à la situation connue en 1960, dans tous les domaines de la vie nationale et dans toutes les manifestations de la civilisation humaine. Par contre, certains pays africains ont réalisé des progrès importants dans la direction du développement, et ont ainsi amélioré les conditions générales de vie de leurs populations respectives. Bien Chers Compatriotes, En ce début de cette nouvelle année et de ces nouveaux siècle et millénaire, tournons avec urgence la dernière page sombre de l'histoire nationale et prenons, tous ensemble, la ferme résolution de sortir notre Pays de la crise. Il est impossible, si nous pensons et agissons tous ensemble de manière positive, de ne pas obtenir des résultats positifs. Grâce à sa position géostratégique au coeur de l'Afrique et à la croisée de plusieurs afriques, à sa frontière commune avec neuf pays, à son immense potentiel humain, industriel, économique et écologique, à sa faune diversifiée et à ses eaux particulièrement riches, le Congo a une triple vocation: il est appelé à devenir une grande nation démocratique, l'une des locomotives économiques des nations africaines et un facteur de paix, d'équilibre, de solidarité, de coopération, de sécurité et de progrès dans toute la Région des Grands Lacs. C'est puisque le Congo a failli à cette triple vocation et est devenu, au contraire, une jungle, une foire, que le Peuple Congolais vit un véritable enfer et que toute la Région est plongée dans une crise profonde. Bien Chers Compatriotes, Rappelons-nous la conviction inébranlable forgée en nous par la Conférence Nationale Souveraine (CNS), conviction selon laquelle il ne peut y avoir de paix durable, de bien-être et de développement sans la légalité comme sens de l'action politique, comme base, cadre et référence obligée de l'exercice du pouvoir en conformité aux exigences de la justice, de l'honnêteté, de l'équité, de la transparence, du controle et de la sanction dans la gestion du bien commun. Ce plus grand forum des négociations et des décisions nationales que le Pays ait connu jusqu'à ce jour, avait réuni, pendant seize mois (7 août 1991-6 décembre 1992), 2850 délégués issus de toutes les couches, catégories, tendances et régions de tout notre Pays. Ces délégués avaient fait la relecture de l'histoire nationale, diagnostiqué la cause profonde de la crise, pris les décisions combien pertinentes et appropriées pour sortir la Pays de la crise et balisé l'avenir en mettant en place les fondements d'un Etat de droit souverain, démocratique, moderne et prospère. Rappelons-nous les engagements que nous avions, tous ensemble, pris à la CNS, notamment: l'option fondamentale pour rompre d'avec la dictature sous toutes formes et résister contre tout pouvoir n'ayant pas notre Peuple comme la seule source et le seul fondement et n'ayant que la légitimité des armes; notre détermination à bâtir une société démocratique pluraliste, respectueuse des libertés et des droits fondamentaux de l'homme, prospère et qui assure la sécurité pour tous; notre capacité de croire et d'espérer en acceptant la souffrance et même la mort pour une cause noble et juste; le sens de la dignité humaine et de l'inviolabilité du caractère sacré de la vie humaine, des libertés et des droits fondamentaux de l'homme; notre attachement au droit, à la loi, au mérite de l'intelligence et à la quête de l'excellence; notre amour pour la paix et le dialogue; notre souhait d'établir les relations positives avec nos voisins, relations de respect de la souveraineté de nos pays respectifs, de bon voisinage, de solidarité et de coopération… Ces valeurs, qui étaient la sève qui nous avait tous nourris à la CNS, constituent la véritable force historique de tous les peuples et de toutes les sociétés. Et nous étions sortis de la CNS comme un seul Peuple dont l'unité venait d'être cimentée et dont la réconciliation politique venait d'être scellée autour d'un projet de société démocratique. Bien Chers Compatriotes, C'est le refus de Mobutu d'appliquer les Actes de la CNS qui a bloqué le fonctionnement des institutions démocratique au Congo, fait perdurer la crise de 1992 à 1997 et servi d'alibi à la guerre de l'AFDL que nous avions tous, hélàs, considérée à tort comme libératrice. Et l'aggravation de la crise, de 1997 à ce jour, est due au refus de Kabila d'appliquer les Résolutions de la CNS et à sa tentative d'annihiler même les libertés politiques et civiles et les droits fondamentaux qui étaient déjà acquis et fonctionnels du vivant même de Mobutu entre 1992 et 1997. Aujourd'hui, c'est le retour à l'arbitraire, à une nouvelle dictature, à la pensée unique, au Parti-Etat et à la concentration de tous les pouvoirs de l'Etat entre les mains d'un seul individu. Et comme cela était prévisible, une deuxième guerre a éclaté le 2 août 1998, et ses atrocités sur notre Pays et sur Peuple ont atteint aujourd'hui les limites du supportable: l'absence d'un pouvoir légitime au Congo; l'occupation du Pays par plusieurs troupes et milices armées étrangères; la partition de fait du Congo en plusieurs morceaux gérés par les seigneurs de guerre et les bandists armés; les pertes inutiles des vies humaines; la diffusion de la culture de la mort, de la violence, de la haine et de l'impunité des criminels; l'augmentation du nombre des réfugiés et des déplacés forcés; les violations systématiques et massives des libertés et des droits fondamentaux de l'homme; le pillage des richesses nationales; l'explosion des épidémies et des endémies jadis éradiquées; l'arrêt de l'activité économique; le rançonnement de la population sous l'alibi de l'effort de guerre; la souffrance et la misère extrêmes pour le Peuple… En ce moment précis, notre pensée se lève et s’adresse particulièrement en direction de nos compatriotes habitant l’Est de notre pays. Les atrocités particulières qu’ils subissent depuis le déclenchement de ces deux guerres nous concernent tous et interpellent l’ensemble de la conscience nationale. Nous leur formulons notre totale solidarité devant ces événements douloureux que nous condamnons énergiquement. Nous leur exprimons également notre ferme détermination à faire tout ce qui est dans notre pouvoir pour obtenir la cessation de la guerre et garantir leur dignité. Bien Chers Compatriotes, Nous ne sommes pas restés indifférents devant les souffrances de notre Peuple de 1997 à ce jour. Dès le 23 mai 1997, nous avions condamné la nouvelle dictature et l'occupation de notre Pays par les troupes et milices étrangères et invité Kabila à organiser le dialogue intercongolais en vue de doter notre Pays d'un pouvoir légitime et des institutions démocratiques sur base des Résolutions de la CNS. Nous n'avons pas été, hélàs, écoutés par Kabila. Et dès que la 2ème guerre a éclaté, nous l'avons condamnée et proposé nos services de médiation entre les belligérants. Nous n'avons pas été écoutés. En votre nom, nous avons lancé plusieurs fois des appels de détresse envers la Communauté Internationale et proposé même des solutions concrètes dont notre Plan de paix adressé le 4 septembre 1998 à M. Koffi Annan, Secrétaire général de l’ONU, la plus grande organisation planétaire que l’histoire de la coopération et des relations internationales ait jamais connue. Le processus de paix de Lusaka, amorcé dès le début de la 2ème guerre, à connu son couronnement par la signature des Accords de Lusaka par tous les belligérants le 10 juillet et le 31 août 1999. Ces Accords constituent la seule voie pour résoudre la crise congolaise et régionale et représentent une porte de sortie honorable pour tous. C'est pour obtenir de la Communauté Internationale des pressions de plus en plus contraignantes sur les belligérants afin que ces Accords soient le plus rapidement possible appliqués que je me trouve ici à l'extérieur depuis le 29 décembre 1999. J'ai pu démontrer à nos Partenaires qu'aucune victoire militaire ne résoudra la crise dont la cause profonde est politique et interne au Congo- absence d'Etat et de démocratie- et que la guerre n'en est qu'une des conséquences. Notre perception de la crise est aujourd'hui partagée par tous nos Partenaires, et nos efforts pour obtenir l'application stricte des Accords de Lusaka sont appuyés par toute la Communauté Internationale (OUA, SADC, Union Européenne, ONU…). Dans cet effort, nous sommes réconfortés par l’engagement déjà pris par l' ONU de déployer en territoire congolais un important contingent de casques bleus en application des dispositions prévues par les Accords de Lusaka. Que l’ONU et le reste de la Communauté Internationale reçoivent ici nos remerciements les plus vifs et sincères au nom et pour le compte du Peuple Congolais. Bien Chers Compatriotes, Nous devons nous tous contribuer à amener les belligérants à abandonner définitivement l'option militariste et nous préparer au dialogue intercongolais. Et concernant ce dialogue, qui devra se tenir conformément aux dispositions des Accords de Lusaka, nous devons savoir qu'aucune solution à la crise ne sera vraie, valable et efficace de façon durable si elle n'emporte l'adhésion de notre Peuple. Or, une des leçons que notre Peuple nous a apprises, de 1992 à ce jour, est la preuve de son attachement à l'optique tracée par la CNS. Toutes les agressions les plus meurtrières et les actes les plus destructeurs de la dictature de Mobutu et de Kabila pour amener le Peuple à capituler en oubliant ou en reniant les acquis de la CNS, ont échoué, démontré que les Résolutions de la CNS étaient infiniment meilleures par rapport à ce que Mobutu et Kabila voulaient imposer par les armes et donc rendu ces dernières encore plus incontournables. De 1992 à ce jour, notre Peuple s'est méfié et désolidarisé de tout ce qui s'écartait de la voie tracée par la CNS. Nous devons tous comprendre que la CNS, point culminant du combat non-violent initié par l'UDPS en 1980 et qui a donné naissance aux autres forces politiques et sociales démocratiques à partir de 1990, a été la seule instance à laquelle l'ensemble du Peuple Congolais s'est réellement identifié, jusqu'à consentir le sacrifice suprême pour obtenir sa tenue et garantir son déroulement efficace et son aboutissement fructueux. Les Résolutions de la CNS incarnent le sens que notre Peuple a désormais imprimé à son histoire. Le Peuple, même meurtri, continue à vivre de ce sens qui est son seul Trésor que personne n'a réussi à lui arracher même à coups de fusil ou de mensonges ou lui acheter au prix d'argent. Le Peuple reste profondément attaché à l'optique de la CNS, et seulement à elle, car il n'en a pas une autre meilleure ni même seulement comparable. Le dialogue intercongolais sera donc le cadre que la Communauté Internationale nous offre pour pouvoir poursuivre le processus démocratique initié par la CNS. Et dès que les institutions démocratiques prévues par la CNS se mettront à fonctionner et que la crise sera donc résolue, le Congo normalisera les relations bilatérales et multilatérales avec les autres pays. Bien Chers Compatriotes, Je souhaite ardemment que ce message soit approfondi par chacun de vous afin que, soutenus par la Communauté Internationale, nous puissions tous ensemble et dans les meilleurs délais, accomplir son contenu. C'est à cette seule condition que nous sortirons de la grave crise que traverse notre Pays et que l’année, le siècle et le millénaire que nous saluons en cette heure charnière du 31 décembre 2000 ouvriront des perspectives heureuses pour notre Pays et pour notre Peuple. Meilleurs vœux à tous et que Dieu bénisse notre Pays. Ainsi fait à Bruxelles, le 31 décembre 2000.
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