UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL




[Page principale] [Home page]

Interview de M. E. Tshisekedi au journal Le Potentiel

Le Potentiel: Pendant 52 jours, 361 Congolais se sont retrouvés à Sun City, en Afrique du Sud, dans le cadre du Dialogue intercongolais, sans arriver véritablement à trouver une solution à la crise politique qui mine le Congo depuis 12 ans que dure la transition. De ce fait, Sun City aura été un énième rendez-vous manqué avec lhistoire pour le Congo. Est-ce à dire que les Congolais, mieux les politiciens congolais, sont incapables de sentendre, dorganiser leur pays, ou tout simplement ils ne sont pas en mesure de cerner ce qui arrive à leur pays?

Etienne Tshisekedi: Votre question en cache une autre qui sest posée réellement au cours de ce forum politique entre Congolais. Cest le problème que nous avons toujours évoqué, celui de la culture politique qui manque horriblement aux Congolais. Lon a toujours dit que les Belges ont donné lindépendance au Congo dans la précipitation, sans que le personnel politique ait été préparé. Cest justement à cette culture politique quon fait allusion. Personnel non préparé voudrait dire que celui-ci navait pas acquis suffisamment de culture politique pour pouvoir gérer un Etat moderne; culture quon aurait pu atteindre si le pays avait continué à sexercer à la démocratie. Et le malheur de notre pays également, cest que Mobutu prendra en 1965 le pouvoir par la force. Depuis lors, il a, en réalité, chosifié lhomme politique congolais qui na pas eu ainsi loccasion de sexercer à la démocratie et davoir la culture politique. Ce phénomène continue. Loin de nous lintention de nous vanter, il ny a quà lUdps où, pour sêtre lancé dans la lutte acharnée contre Mobutu, lon peut se prévaloir cette culture. Beaucoup dautres membres de la classe politique congolaise, particulièrement les jeunes, sont restés très influencés par le mobutisme, de sorte que le problème de la culture politique demeure fondamental. Conséquence : non seulement quil nest pas facile de cerner les problèmes qui se posent à notre société, il devient aussi difficile de poser des questions sur les problèmes auxquels le pays est confronté. Logiquement, quand on ne sait pas bien poser des questions, il nest que normal quon ne soit pas non plus capable de résoudre les problèmes auxquels on est confronté. Voilà qui a fait que le résultat de Sun City soit celui que lon connaît.

Le Pot: Quel bilan faites-vous justement des 52 jours de Sun City?

E. Tshis: Le bilan est mitigé. Pendant 52 jours, nous avons pris 37 résolutions, cependant, celles-ci ne sont pas directement liées aux questions politiques qui se trouvaient être au centre du Dialogue. Nous navons pas résolu le problème fondamental qui était celui du nouvel ordre politique. En dautres termes, Sun City a été un échec.

Le Pot: Mais dans tout cela, il semble que la facilitation na pas été à la hauteur de sa tâche.

E. Tshis: Il est difficile dapporter un jugement. Mais un fait est vrai: le problème de culture politique ne se limite pas seulement au Congo, une bonne partie de lAfrique sen trouve affectée. Ceci expliquant cela, lon peut sexpliquer en partie le fait que le président Masire a pataugé tout le long du processus, et avec lui la classe politique congolaise qui accuse un déficit criant de culture politique.

Le Pot: A défaut dun compromis global, un accord est intervenu à Sun City entre deux belligérants: le gouvernement et le Mlc; accord auquel a adhéré la quasi-majorité de la société civile et lopposition non armée. Est-ce un pas dans la recherche de la solution à la crise congolaise comme daucuns le laissent entendre, notamment la Belgique, lUnion européenne, etc.?

E. Tshis: Cet accord entre Kabila et Bemba nest pas une avancée. Cest bien le contraire. Les difficultés de Kabila fils se situent dans le prolongement de celles connues par Kabila père, lesquelles nont pas commencé avec la guerre comme daucuns tentent de le faire croire. Kabila père sest installé au pouvoir le 17 mai 1997, mais déjà le 23 mai, soit 6 jours après, nous tenions une conférence de presse à Limete pour contester la légitimité de son pouvoir. En nommant, par exemple, ses ministres à partir des statuts de lAfdl, il y avait déjà des indices suffisants quil nétait pas non seulement dans la voie du changement, mais quil allait aussi instaurer un régime pire que celui de Mobutu. Ainsi, nous référant à larticle 37 de lActe portant dispositions constitutionnelles relatives à la période de la transition élaboré par la Conférence nationale souveraine (Cns), nous avions déclaré que nous naccepterions pas une légitimité issue des armes. Et depuis lors, le peuple congolais, particulièrement lUdps, résiste contre cet état de choses et na jamais reconnu la légitimité des Kabila, père comme fils.

Vous vous rappellerez quen décembre 1997, il y a eu à Bruxelles la Conférence dite des Amis du Congo dont lobjectif était de voir dans quelle mesure apporter assistance au Congo. Celle-ci sest butée au problème de la légitimité du pouvoir Afdl. En date du 17 mai 1998, soit le premier anniversaire de lavènement de lAfdl au pouvoir, Laurent-Désiré Kabila lui-même, alors que la guerre navait pas encore commencé et que la famille Afdl était encore au grand complet, avait fait appel au Débat national, dont un point à lordre du jour était la légitimité du pouvoir. Donc, le problème qui sest posé bien avant la guerre était celui de la légitimité du pouvoir. Il continue a se poser. Par conséquent, laccord entre Kabila fils- qui a succédé à son père de la manière rocambolesque que lon sait, et Bemba, celui-là même qui déclarait à tout celui qui voulait lentendre quil a recouru à larticle 37 de lActe de la Cns pour sopposer à la légitimité issue des armes et faire ainsi barrage à la dérive dictatoriale de lAfdl- nest quune somme dillégitimités. Cet accord nest que la reconstitution de lAfdl nouvelle formule. Il est bien dommage que Bemba qui a combattu Kabila pour avoir pris le pouvoir par les armes trouve quil est normal que lui accède au pouvoir par les armes. Cela démontre à suffisance que Kabila fils et Bemba nont pas acquis une culture politique et quil ne suffit pas de se battre comme chef de guerre dans une contrée du pays pour prétendre diriger la République.

Dans tous les cas, sils avaient remis leur accord au Dialogue intercongolais et que les 5 composantes en avaient débattu et décidé ainsi, çaurait été autre chose. Cela leur aurait donné la légitimité voulue et mis fin au problème du nouvel ordre politique qui était le but principal du Dialogue. Lon aurait donc instauré un ordre politique autre que celui institué par lAfdl, Kabila interposé. Tout compte fait, laccord Kabila fils-Bemba na pas constitué une solution à la crise. Bien au contraire, il va laggraver, car nous sommes revenus à la case de départ.

Le Pot: Que pensez-vous alors des propos de lambassadeur des Usa au Congo, M. Aubrey Hooke, qui, se confiant au journal «Le Potentiel» le mercredi 17 avril à Sun City, avait laissé entendre que le Rcd/Goma devait rejoindre le gouvernement et le Mlc, en même temps que tous les protagonistes de la crise se devaient de revoir à la baisse leurs ambitions pour que le Congo soit enfin le plus grand gagnant de ces négociations?

E.Tshis: Nous avons la conviction que lambassadeur dont question connaît lesprit et la lettre de lAccord de Lusaka, le règlement intérieur des assises de Sun City et nignore pas que son pays a financé le processus de Lusaka qui arrive à terme avec la tenue du Dialogue intercongolais. Pourquoi sêtre donc donné la peine de financer un processus dont lon était sûr de ne pas soutenir son cours et son aboutissement normaux?

Le contenu de lAccord de Lusaka, y compris le règlement intérieur du Dialogue intercongolais, imposaient que les 5 composantes décident par consensus. Cétait pour amener ceux qui étaient réputés représenter le peuple congolais de se mettre préalablement daccord entre eux, et par dévers eux lensemble du peuple. Cest cela qui allait donner la légitimité au pouvoir issu des assises de Sun City. Cest pourquoi nous ne comprenons pas que lon trouve quil y a avancée lorsque deux personnes se retrouvent dans une chambre dhôtel pour signer un accord portant sur leurs intérêts personnels. Nous nous refusons de croire quil y a insouciance et indifférence de la part de beaucoup dOccidentaux, ambassadeurs ou dirigeants, en ce qui concerne les problèmes du Tiers-Monde, et particulièrement de lAfrique, et que ceux-ci veulent dune Afrique dirigée par des bénis oui oui, par des gens qui nont aucune culture pour les manipuler au profit de leurs pays. Voilà pourquoi, nous avons toujours demandé aux Congolais de faire beaucoup attention et de tout faire pour se prendre en charge. Un peuple qui ne se prend pas en charge sert les intérêts étrangers au détriment des siens.

Le Pot: Que reprochez-vous fondamentalement à cet accord?

E. Tshis: Cet accord nen est pas un. Il ne fait pas lobjet de consensus. Au Dialogue, ce nest pas lUdps qui en a décidé ainsi, tout devait se faire par consensus et ledit accord ne concerne que deux composantes sur les 5 au Dialogue. Vous me parlerez, sans doute, de ceux qui lont signé. Mais, nous étions sur place à Sun City et connaissons ce qui sest passé avec larrivée dun fameux P-dg: largent a coulé. Cest toujours les méthodes mobutistes: acheter les consciences. Dautres ont signé contre une promesse dun poste au gouvernement ou dans une autre institution. Nous nous empêchons de croire quon en finira jamais avec ces pratiques tant que les mobutistes, qui entendent opérer un retour à la Zorro, seront sur la scène politique congolaise. On ne peut acheter les consciences et se réclamer par la suite de ceci et de cela. Cest cela que nous reprochons à cet accord. Cest un accord qui na rien à faire avec le Dialogue intercongolais et que nous allons, par conséquent, continuer à combattre comme les autres du genre autrefois.

Le Pot: Après de longues consultations avec les protagonistes de la crise congolaise, le président sud-africain en est arrivé au constat que cest le positionnement politique des Congolais qui gêne le déroulement des négociations. Ne vous sentez-vous pas interpeller personnellement par ce constat, dans la mesure où vous vous êtes déclaré candidat président de la République avant même quun contenu soit donné au nouvel ordre politique et que les institutions soient définies?

E. Tshis: Se porter candidat ne peut être obstacle à rien. Se porter candidat, cest exprimer démocratiquement notre intention de servir notre peuple. Pourquoi des gens nétaient -ils pas choqués quand nous servions ce peuple dans des difficultés, tortures et autres brimades sous Mobutu, voire sous Kabila? Pourquoi seraient-ils choqués maintenant que nous voudrions le servir à la magistrature suprême? Comment cela peut-il constituer un problème?

En effet, ce que le président Mbeki voulait dire - et cest ce qui est exact - ce quil nest pas mauvais dexprimer ses ambitions, mais faut-il les exprimer là où il le faut. A supposer que Kabila ou Bemba ait eu lambition de postuler comme nous à tel ou autre poste, quest-ce qui a empêché à lun et à lautre de lexprimer dans le cadre du Dialogue intercongolais? Autrement dit, rendre publiques leurs candidatures, les défendre devant linstance attitrée, au besoin les faire passer. Caurait été plus honnête. Pourquoi fallait-il donc passer par ce raccourci? Ce nest pas donc le positionnement politique qui a posé problème. Il y a eu plutôt des gens qui avaient des ambitions et qui ont trouvé que sils passaient par la voie normale du Dialogue ils nallaient pas être servis. Voilà pourquoi ils ont utilisé ce raccourci pour servir leurs propres intérêts. Et ce raccourci nous amène au fait quil ny a pas eu de compromis, de consensus et que le problème de la crise reste entier.

Le Pot: Des gens nont cessé de récriminer sur vos prétentions tout le long du Dialogue. Dautant que vous vouliez être à la fois président de la République et chef de gouvernement, alors que la tendance était à jouer léquilibre entre institutions.

E. Tshis: Ce nest pas exact. Nous étions candidat à la magistrature suprême, mais notre prétention a été revue à la baisse avec le plan Mbeki, dautant que toutes les composantes étaient daccord de laisser la présidence au Conseil supérieur de la République avec Kabila comme président. Il ny avait plus donc de possibilité pour nous dambitionner le poste de président, surtout que le plan Mbeki réservait la primature à lopposition non armée. Cest cela la démocratie: savoir sincliner devant une position acceptée par tous dans les formes exigées.

Le Pot: Mais dans le discours de politique générale de lUdps au Dialogue, celle-ci a défendu un régime présidentiel avec un président de la République à la fois chef de lEtat et chef du gouvernement.

E. Tshis: Cest quand même notre droit davoir une vision du régime politique que nous aurions voulu voir fonctionner au Congo. Nous avons voulu et continuons à défendre un régime assez stable, assez fort et qui ne soit pas alourdi. Nous prévoyions au niveau de lUdps un président de la République, assisté dun vice-président. De la sorte, nous ne voyions pas lutilité davoir encore un Premier ministre. Cest notre droit, et nous continuons à lavoir, de définir un régime politique que nous croyions convenir à la transition au Congo. On ne peut nous le reprocher, et celui qui le ferait na aussi quà définir le régime de son choix, quitte à le faire accepter. Cest cela la démocratie.

Le Pot: Depuis tous les temps, lUdps a toujours été partisane dun Etat fédéral, contrairement à sa vision au Dialogue intercongolais où elle sest faite défenseur dun Etat unitaire fortement décentralisé.

E. Tshis: LUdps continue à défendre un Etat fédéral au Congo. Mais, pendant la période de transition, ainsi que cela a été souligné lors de la Cns, nous pensons que le Congo resterait un Etat unitaire décentralisé. Cest pendant la IIIème République quil deviendrait un Etat vraiment fédéral; le fédéralisme étant un processus qui requiert une certaine préparation. Cest cela la position de lUdps. Elle na pas changé

Le Pot. : Pensez-vous quaprès ce que daucuns ont appelé premier round des négociations politiques, la scène politique congolaise est ainsi clarifiée, ce qui favoriserait les choses à lavenir?

E. Tshis. : Certainement. La scène politique congolaise est plus que jamais clarifiée. A Sun City, nimporte qui pouvait sappeler nimporte comment. Maintenant, la classe politique est bipolarisée. Il y a dune part les gens qui appartiennent à la tendance gouvernementale, donc ceux qui ont signé le fameux accord et dautre part, ceux qui continuent à le combattre, ceux qui sont dans lopposition. Ainsi donc, la solution de la crise sera trouvée entre ces deux pôles et il ne va plus y avoir de confusion.

Le Pot. : Cette bipolarisation ne remet-elle pas en cause le principe des 5 composantes au Dialogue intercongolais et dans quel cadre se dérouleront les négociations futures?

E. Tshis. : Les négociations ne peuvent se dérouler que dans la formule de continuation prévue et acceptée par la plénière. Autrement dit, un format réduit des 5 personnes par composante. Ce sont ces 25 personnes qui vont, dans un comité restreint, continuer et résoudre les problèmes restés pendants.

Le Pot. : Mais jusque-là, le gouvernement et le Mlc nont pas encore désigné leurs délégués à ce comité.

E.Tshis. : Nous espérons quils le feront. Ce nest pas en ramenant le problème à sa case de départ que nous allons le résoudre. Il y a actuellement 2 belligérants qui se sont arrogés le pouvoir. Et au lieu que lAfdl se reconstitue par la mise en commun de ce qui reste du pouvoir et du Rcd, cest plutôt le Mlc qui remplace le Rcd. Et la crise congolaise étant celle de la légitimité due au fait que nous naccepterons jamais une légitimité issue des armes, le mariage Kabila-Bemba na rien changé à la crise initiale. Nous lavons déjà dit, cest une somme dillégitimités. Nous allons continuer à les combattre jusquau moment où une solution globale et définitive sera trouvée.

Le Pot. : Ceux de politiciens restés en Afrique du Sud, dont vous même, continuent à se réunir. A quel résultat êtes-vous arrivé avec vos consultations?

E.Tshis. : Effectivement, ceux qui ne sont pas daccord avec laccord-bidon de Kabila et Bemba continuent à se réunir en Afrique du Sud. Nous venons de créer une alliance pour la sauvegarde du Dialogue intercongolais.

Le Pot. : Dans le cadre de cette alliance justement, une opinion crie aux accointances entre lUdps et le Rcd, et par ricochet avec le Rwanda.

E.Tshis. : Dabord, le Rcd est composé des fils et filles du pays. Il faut éviter cet esprit qui voudrait pratiquer la discrimination contre des gens à cause de leurs origines ethniques. LAccord de Lusaka pour lequel nous nous sommes investi, mais que nous navons pas signé, a, entre autres, comme signataire le Rcd. Ce sont les fils de ce pays. Pourquoi et au nom de quel principe chaque personne qui a le contact avec eux doit être diabolisé ? Nous trouvons ce langage rétrograde. Ce sont les enfants du pays.

A la commission paix et réconciliation où nous avons été membre, nous avons fait beaucoup defforts pour mettre la croix sur les divisions que nous avons connues à cause de nos conflits ethniques pour devenir ainsi un seul pays, un seul peuple. Il faut éviter dorénavant de pratiquer la discrimination entre Congolais à cause des origines des uns et des autres. Il faut désormais juger quelquun sur base de ses idées et non de ses origines. Les origines napportent rien au développement dun pays, car on nest pas intelligent selon que lon est de telle ou telle autre origine.

Au Dialogue intercongolais, personne na levé son petit doigt pour dire que tel ou tel autre nest pas Congolais. Cétait pourtant lendroit et le moment indiqués pour le dénoncer; lAccord de Lusaka stipulant quil sagit dun dialogue entre Congolais. Pourquoi donc vouloir sadonner à un vilain jeu en dehors du Dialogue intercongolais ?

Par ailleurs, il est dommage que le gouvernement se félicite davoir signé un accord avec le Mlc, alors quil a diabolisé en son temps ceux des partis politiques qui avaient signé avec ce mouvement rebelle un accord dans le cadre de lUfad pour la tenue du Dialogue intercongolais. Vous vous rappellerez aussi que les opposants avaient été empêchés, alors que la Monuc était prête à leur assurer le transport, pour se rendre à Gbadolite. Nest-ce pas là une contradiction dans la démarche du gouvernement ? Un mouvement rebelle devient-il nationaliste quand il épouse les thèses du gouvernement ? Tant mieux, si nous avons été les premiers à réaliser quil faut se rapprocher du Mlc pour lamener à comprendre que loption militaire avait des limites et quil était opportun que le Dialogue se tienne pour le bien du Congo. Que reprochait-on à lUfad quon ne peut se reprocher aujourdhui ? Voilà pourquoi nous disons que laccord entre Kabila et Bemba nen est pas un et que les deux ont voulu juste servir leurs intérêts quils nauraient, peut-être, pas défendu dans le cadre normal du Dialogue intercongolais.

Le Rcd est un mouvement des Congolais et les Congolais de tous bords peuvent entrer en contact les uns avec les autres pour le bien de leur pays. En quelle qualité les membres du Rcd, y compris ses transfuges, avaient-ils signé lAccord de Lusaka ? Cest donc ceux qui auraient accepté de signer ledit accord avec des gens sous une fausse qualité qui ont trahi le pays. Ce sont des manoeuvres qui ne nous avancent à rien. Evoluons vers un discours constructeur et cessons de distraire le peuple.

Le Pot. : Il vous est aussi reproché au Dialogue davoir accordé la nationalité aux Rwandais, pour ne pas dire aux Tutsi.

E. Tshis. : Cest un non sens. Quel pouvoir avons-nous pour accorder la nationalité aux uns et aux autres. Cest encore un problème de culture politique. Dans un Etat dit moderne auquel nous aspirons, est-ce une personne qui octroie la nationalité aux autres ou celle-ci est obtenue de par la loi? Ceux qui soutiennent des incongruités pareilles donnent tout simplement la preuve de leur inculture politique. Nous navons jamais demandé loctroi de la nationalité congolaise aux Rwandais. Nous pensons quils en ont une et en sont fiers. Au Dialogue intercongolais, nous nous sommes occupé de nos concitoyens dexpression rwandophone qui étaient partie à lAccord de Lusaka. Nous avons demandé que tout se fasse conformément à lesprit et à la lettre dudit accord; lequel accord navait pas été signé par nous. Notre faiblesse à lUdps, cest le respect des textes, mêmes si nous ne les avons pas signés. Cest cela la culture politique. Si des gens ne sont pas prêts à respecter lAccord de Lusaka, comment vont-ils alors respecter dautres accords qui en découleraient? Vous vous rappellerez quun compatriote avait déclaré dans son discours de politique général au Dialogue quil existe des Congolais dexpression rwandophone, sans que cela némeuve les partisans de la thèse selon laquelle le Rcd est un mouvement des étrangers. Où est alors le problème ? Il ny a pas problème quand un autre que Tshisekedi va dans le sens de ce qui est consigné dans lAccord de Lusaka et il y a problème quand cest Tshisekedi qui sy réfère ou sy conforme. Allez-y comprendre quelque chose. Un proverbe français exprime bien cet état de choses: qui veut noyer son chien laccuse de rage. Un fait est réel: Tshisekedi dérange au pays comme a lextérieur.

Le Pot. : Pendant le Dialogue intercongolais, les cadres de lUdps en sont arrivés à lidée de créer une branche armée. Une lettre vous a été adressée à cet effet et votre réponse tarde à tomber jusquà ce jour. Cétait un chantage ou il vous faut mûrir la décision?

E. Tshis. : Nous avons déjà publié une mise au point à ce sujet. Nous avons demandé aux combattants de la base que nous ne pouvons pas poursuivre deux lièvres à la fois. Nous étions à Sun City pour nous occuper du Dialogue. Cest après celui-ci que cette demande, qui nest pas la première, allait être examinée. Nous ne pouvions donc pas nous occuper de ce problème tant que le Dialogue demeure. Nous ne sommes jamais donc passé à lexamen de cette requête, et a fortiori, aux actes en ce qui concerne la formation de la branche armée.

Le Pot. : Selon une opinion, limpression est telle que lUdps a besoin dun nouveau souffle pour reprendre linitiative. Sa politique et ses stratégies paraissent surannées; raison pour laquelle elle est toujours surprise par les événements.

E.Tshis.: Le problème qui se pose fondamentalement au Congo sur le plan politique, cest celui de la culture politique comme nous lavons souligné ci-haut. Et le seul parti politique au Congo qui peut se prévaloir dune certaine culture politique, cest lUdps. Ses méthodes et stratégies sont justement attaquées par des gens influencés par le mobutisme et il est normal quils les trouvent surannées. En un mot: lUdps gêne ces gens-là.

Le Pot. : Que dites-vous des propos selon lesquels Tshisekedi a pris de lâge, il doit passer la main ? Et les Occidentaux ne cessent de dire quil faut une émergence dune nouvelle classe politique au Congo.

E. Tshis. : On a reproché à nos aînés en 1960 quils navaient pas de culture politique et nous venons de vous dire pourquoi le personnel politique congolais na pas suffisamment cette culture. Mais hélas, les seuls qui peuvent prétendre lavoir au niveau de lUdps, on trouve quils sont dépassés, quils ont vieilli. Une question alors : on va les remplacer par qui ? Il ne faut pas donc inverser le problème. Tshisekedi nest pas fatigué. Notre niveau de culture et dexpérience politique peut aider et aide nos compatriotes à comprendre quelque chose et à faire avancer le pays.

A un moment donné, il est certain quon passera la main. Mais à qui? Pas aux jeunes qui ont pris les armes, mais plutôt à ceux formés politiquement dans les structures appropriées. Il ne suffit pas seulement de prendre un kalachinikov pour se dire demain capable de gouverner le Congo politiquement et surtout démocratiquement. Encore une fois, cest inverser les choses. Le Congolais aura difficile à faire marcher son pays parce quil voit toujours les choses à lenvers.

Par ailleurs, la question est de savoir quand on parle des jeunes, sagit-il des jeunes en âge ou en esprit. Car au Congo, il existe des jeunes physiquement, mais vieux en esprit. La signature de laccord entre Bemba et Kabila en est une illustration. Les assises de Sun City étaient pourtant une occasion ou jamais pour ces jeunes gens de démontrer quils pouvaient agir autrement que les mobutistes. Mais, laccord quils ont signé a été conclu contrairement à lAccord de Lusaka et au règlement intérieur du Dialogue intercongolais quils ont signé et auxquels ils ont souscrit devant la communauté tant nationale quinternationale. Et cest cela leur mérite ou leur pratique de la démocratie ? Les jeunes ont-ils montré par cet acte de tricherie quils sont porteurs de nouvelles valeurs pouvant faire avancer la démocratie dans leur pays ? Quelle leçon alors voudrait-on nous donner ?

La grande particularité des pays occidentaux, cest le respect des lois et des engagements pris. Ces lois et engagements ne peuvent pas être respectés seulement en Occident et être foulés aux pieds en Afrique, particulièrement au Congo.

Voilà pourquoi, nous nous refusons de croire que les Occidentaux sont frappés dune insouciance et dune indifférence quand il sagit de lAfrique, singulièrement la Rdc, et ce qui les intéresserait cest plutôt les ressources dont nous disposons et quils pourraient prendre à vil prix entre les mains des bénis oui oui. En Occident aujourdhui, un pays ne peut se dire moderne sil nest pas un pays de droit et démocratique. Comment peut-on alors aider à la construction dun Etat de droit et démocratique au Congo dès lors que lon encourage ses prétendus dirigeants à violer les textes quils ont librement signés et qui font office des lois ? A chaque Congolais dapprécier si le soutien apporté ça et là sinscrit dans le cadre du redressement de son pays.

Le Pot. : Pensez-vous alors que le peuple congolais peut continuer à espérer et quel message despoir lui adressez-vous?

E. Tshis. : Le peuple congolais doit toujours espérer, car la lutte pour la démocratie que nous continuons à mener contre vents et marrées est justement la seule solution à la crise congolaise. Le monde entier est davis que sans la démocratie, il ny a pas de développement. Ainsi donc, tous ceux qui pleurent, versent les larmes sur la misère du peuple congolais devraient être les partisans de linstauration au Congo dun Etat de droit et démocratique. Cest le seul régime qui nous permettra de développer notre pays. Il ny en a pas dautre.

En revenant à votre question sur les Occidentaux qui disent que Tshisekedi a vielli et quil doit passer la main aux jeunes, nous voudrions attirer lattention sur le fait que ces mêmes Occidentaux ont soutenu Mobutu malgré son incompétence et son pillage du pays. Cest justement par son intermédiaire quils senrichissaient. Voilà pourquoi, ils sont aujourdhui en faveur des jeunes qui nont le mérite daucune compétence ou expérience, pour continuer justement à les manipuler au profit de leurs intérêts. Il y a des gens qui font des milliers de kilomètres pour venir au Congo et demander à ce que ceux quils qualifient de vieux quittent la scène politique, mais ils nont jamais su dire sur base de quel mérite ils soutiennent un tel soit disant jeune ou un tel autre. Il ne mappartient pas de vous rappeler que certains dentre eux, de surcroît diplomate, nont fondé leur soutien que sur le charme quils auraient trouvé à travers tel ou tel autre Congolais. Le charme fait-il partie des criteres pour la désignation des dirigeants et constitue-il un programme politique? Pourquoi vouloir nous rabaisser jusquà ce point ? Voilà donc pourquoi, nous sommes amené à soutenir que lemprise des étrangers sur le Congo et sur son économie nest pas désintéressée. Raison pour laquelle nous disons que notre peuple doit continuer à espérer et à se battre pour lavènement de la démocratie afin daspirer à un avenir meilleur. Nous lui demandons ainsi de sassocier à nous pour poursuivre le combat et ne pas se laisser intimider par ceux qui sont au pouvoir et leurs complices étrangers jusquà ce quil se prenne en charge en trouvant des solutions consensuelles dans le cadre du Dialogue intercongolais qui continue à travers le comité restreint mis en place lors de la dernière plénière qui sest tenue le vendredi 20 avril en présence du président Thabo Mbeki dont nous saluons lhospitalité et la disponibilité pour aider le Congo à sen sortir

(C) Le Potentiel


[Page principale] [Home page]