UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL




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Message des partis politiques devant être lu à la conférence de presse reprimée par le régime de Kinshasa: "Nous nous assumerons fortement pour nous occuper de la marche politique du pays dans toutes ses dimensions".

Kinshasa (Sainte Anne), le 24 juillet 2001

Excellences Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de Missions diplomatiques,

Excellences Messieurs les Chefs de Confessions Religieuses,

Révérendes et Révérends Responsables des Eglises de Réveil,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs de la presse,

Chers Compatriotes,

La prise du pouvoir par l'Afdl le 17 mai 1997, a mis fin au processus de démocratisation du pays et à l'instauration de l'Etat de droit obtenu par notre peuple à la suite d'une longue et sanglante lutte. Une nouvelle crise tout aussi multisectorielle que multiforme prenait ainsi corps.

Et comme la violence appelle toujours la violence, notre pays connaît depuis le 02 août 1998 une autre guerre qualifiée à juste titre de "Première guerre mondiale de l'Afrique" compte tenu, d'une part, du nombre des pays engagés et des victimes évaluées à plus de trois millions, d'autre part; sans oublier le niveau de destruction des infrastructures de base, de la flore et de la faune.

Nous sommes ici aujourd'hui pour marquer principalement la fin de la récréation longtemps entretenue. Désormais nous reprenons le destin de notre pays en main; soudés plus que jamais pour sortir le pays de la crise tant extérieure qu'intérieure. Le temps d'observation que nous avons marqué a été interprété dans des différents salons politiques et même dans certaines missions diplomatiques comme un signe de faiblesse ou de désaveu du peuple à notre endroit. Cette situation a laissé la voie ouverte à la confusion, à l'anarchie jusqu'à amener certains diplomates en poste à Kinshasa à opiner sans réserve, au mépris de la souveraineté d'un Etat ami, sur la politique intérieure de celui-ci. Récemment, un d'entre eux, profitant de la courtoisie des Congolais ayant répondu à la cérémonie de commémoration de la fête nationale de son pays, ce diplomate s'est permis dans un discours-meeting d'humilier le peuple congolais et ses leaders politiques. Nous nous refusons cependant de croire qu'une telle prise de position soit celle de son Gouvernement.

Nous portons à la connaissance de la communauté nationale qu'internationale que dès ce moment, nous nous assumerons fortement pour nous occuper de la marche politique du pays dans toutes ses dimensions.

L'Accord de cessez-le-feu de Lusaka, obtenu grâce aux pressions de tout genre exercées sur les belligérants aussi bien par l'ensemble de notre peuple que par la Communauté internationale et signé respectivement le 10 juillet et le 31 août 1999, a suscité un réel espoir pour tous.

Cet Accord prévoit dans sa phase ultime la tenue du Dialogue intercongolais qui doit doter le pays d'un nouvel Ordre Politique. Compris par l'ensemble de notre peuple et de la Communauté internationale comme l'unique solution à la crise qui secoue notre pays, le Dialogue intercongolais demeure le seul moyen de la refondation de l'Etat de droit, de la réconciliation, de la sauvegarde de l'unité nationale, de la légitimation du pouvoir.

Deux ans après la signature de l'Accord de Lusaka et plusieurs mois après la désignation du Facilitateur, au regard des obstacles érigés sur le chemin du Dialogue intercongolais, nous, l'Opposition démocratique, consciente du risque toujours croissant de partition de notre pays, de la misère indescriptible de notre peuple, avons pris l'initiative de relancer le processus en adressant au Président Masire en date du 23 mai 2001 une lettre pour lui demander de faire diligence afin que la Commission Préparatoire au Dialogue intercongolais ainsi que le Dialogue lui-même puissent se tenir avant la date du 30 juin dernier. Les Forces vives de notre pays et la Communauté internationale ont lancé, elles aussi, des appels analogues.

Ainsi que le recommande l'Accord de Lusaka, l'Opposition démocratique a approché les compatriotes de toutes les tendances le désirant afin de créer un climat favorable aux concertations entre différentes composantes du Dialogue intercongolais.

C'est dans cet esprit qu'entre la création de l'Union des Forces congolaise pour le respect intégral de l'Accord de Lusaka et la tenue du Dialogue intercongolais (U.F.A.D.).

Ce rapprochement avec nos compatriotes qui ont cessé d'être rebelles dès la signature de l'Accord de Lusaka et l'effectivité du cessez-le-feu y prévu n'a pour seul objectif que l'exigence de la tenue du Dialogue intercongolais.

Il ne peut être considéré comme une fusion, unification ou encore une inféodation quelconque, car l'UFAD n'affecte en rien l'identité et l'autonomie des composantes reconnues par l'Accord de Lusaka en faisant parties.

Face à l'ahurissante campagne de diabolisation contre cette initiative, nous relevons la volonté du pouvoir de Kinshasa, pourtant invité à adhérer à l'Ufad, de se réserver seul, la prérogative de parler avec les leaders des pays agresseurs sans du reste rendre compte à la nation des résultats des dites concertations. A titre illustratifs, nous citons les rencontres avec le Président Kagame à New York et à Arusha ainsi qu'avec le Président Yoweri Kaguta Museveni.

Les conséquences de la guerre, ajoutées à la mégestion de notre pays, ont fait que c'est devenu courant pour le commun des mortels que d'affirmer que la misère de notre peuple n'a plus de limites. A cela s'ajoutent les mesures hasardeuses prises depuis le 17 mai 1997 jusqu'à ce jour qui ont parachevé la destruction du tissu économique et conduit à un dérèglement absolu qui affecte tous les secteurs de la vie nationale.

Afin d'essayer d'y remédier, les décisions économiques prises tout récemment sont venues plonger les survivants dans une profonde agonie, en raison de la fragilité et de l'incertitude des mesures d'accompagnement prévues. Pour disposer des devises nécessaires afin d'intervenir sur le marché de change, le gouvernement compte sur le financement venant des entreprises publiques alors que ces dernières sont exsangues.

Il y a lieu de déplorer que les audits de ces entreprises publiques initiés ne progressent pas ou lorsqu'ils n'éludent pas leurs résultants, les sous-estiment.

Dans le même ordre d'idées, les entreprises nées depuis le 17 mai 1997 aux termes des contrats d'exploitation et concession de plus obscurs dégagent des ressources particulièrement volatiles qui ne profitent qu'à ceux qui ont fait de la guerre et du chaos leur rente viagère au lieu de contribuer au budget de l'Etat.

Quant aux contributions attendues du secteur du diamant, elles apparaissent aléatoires en raison de la confusion entretenue dans ce secteur.

Il convient de rappeler la terrible crainte du groupe d'experts des Nations Unies sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la République Démocratique du Congo qui relèvent que le gouvernement a "donné, sous forme de possibilités d'accès d'exploitation et de gestion des ressources minières de fructueuses incitations qui, à leur tour, auraient convaincu les autorités zimbabwéennes de demeurer en République Démocratique du Congo, incitations qui étaient si importantes que l'équilibre de l'ensemble du secteur minier au Congo risque d'en être affecté. On se préoccupe, en effet, dans la région, de l'attitude qu'adopteront, à l'avenir pour rester présentes dans le secteur minier congolais, les sociétés minières actuellement mises sur la touche. Faudra-t-il un autre cycle de guerre ou escalade de la violence pour qu'elles retrouvent l'accès aux riches gisements de Cobalt et de Cuivre en République Démocratique du Congo".

Tout en comprenant les raisons du report des travaux préparatoires du Dialogue intercongolais, l'Opposition démocratique exige que la nouvelle date du 20 août 2001 ainsi arrêtée ne soit plus remise en cause. Et elle exhorte par ailleurs le Facilitateur à respecter l'esprit et la lettre des dispositions pertinentes de l'Accord de Lusaka quant à la désignation des délégués de chaque composante.

Le Gouvernement de Kinshasa doit se rendre compte qu'après 4 ans de son règne, le niveau de destruction du pays a dépassé le seuil du tolérable et que le seul remède approprié demeure le dialogue entre les filles et les fils de ce pays en vue de l'avènement d'une démocratie avec des institutions fortes, crédibles, capables d'apporter le bonheur tant souhaité et de redonner l'âme de sorte qu'enfin notre peuple accède au bonheur. Car la crise actuelle trouve principalement son fondement dans le déficit de légitimité des personnes et des institutions.

La prise en compte de cette cause amènera le Gouvernement à se débarrasser du mépris, de l'orgueil, de l'injustice, de l'anarchie, des violations de droit et surtout des alliances obscures pour enfin tourner son regard vers le peuple souverain qui ne demande qu'à être mobilisé pour la reconstruction et l'unité du pays.

Relativement à la loi n°001 du 17 mai 2001 sur les partis politiques, Force nous est de déclarer que nous ne nous sentons nullement concernés par elle. Nous demeurons fermement liés aux dispositions de la loi de 1990 portant organisation et fonctionnement des partis politiques. C'est ainsi que nous demandons instamment à nos militants et combattants de reprendre toutes leurs activités politiques sur toute l'étendue du territoire national.

A nos frères ayant pris les armes, ils doivent se rapprocher davantage de notre peuple et ainsi montrer à la face du monde que le peuple congolais est capable de se dépasser, de se surmonter pour résoudre ses problèmes sans immixtion étrangère. En effet, seule la volonté du peuple doit primer sur les intérêts et appétits personnels des uns et des autres ainsi que de leurs alliés étrangers respectifs.

Le pari de la paix, de l'unité du pays et de sa reconstruction ne peut être atteint qu'à travers un dialogue franc et sincère entre ses filles et fils. Dès lors les velléités de reprise des hostilités apparaissent aux yeux de notre peuple épris de paix comme un acte de haute trahison. Il est souhaitable que seule la Monuc s'érige en arbitre pour tout conflit latent ou ouvert concernant les violations de cessez-le-feu. C'est pourquoi, nous invitons notre peuple à apporter sans réserve tout son soutien aux actions menées par la Monuc pour le rétablissement et le maintien de la paix.

Aussi lançons-nous un appel solennel et pathétique à tous les belligérants de s'abstenir d'exécuter tout ordre tendant à saboter ou à entraver la tenue du Dialogue intercongolais, seule voie de salut pour leurs vies et celle de la nation tout entière.

Quant à la Communauté Internationale, nous lui exprimons toute notre reconnaissance pour sa contribution significative dans la recherche d'une solution négociée à la crise notamment : la signature de l'Accord de cessez-le-feu de Lusaka; le respect du cessez-le-feu; le déploiement des observateurs de la Monuc et l'octroi de l'aide humanitaire. Nous épinglons ici la contribution essentielle de l'Union européenne pour ses efforts déployés pour le retour de la paix dans la région des Grands Lacs et ses actions humanitaires en faveur de nos populations meurtries. Il en est de même des Etats-Unis d'Amérique qui, pour leur constance dans la question relative à la tenue du Dialogue intercongolais, ne cessent de nous apporter la preuve de leurs sérieux et maturité. A ce titre, nous les exhortons à plus d'effort afin de permettre aux Congolais de résoudre eux-mêmes leurs problèmes sans ingérences extérieures

C'est ici l'occasion de relever qu'au regard des commentaires qui ont été faits par le pouvoir de Kinshasa à la suite de la lettre que nous avions adressée au Premier ministre belge, nous tenons à préciser que nous n'avons jamais été opposé à l'aide humanitaire que certains pays amis accordent à notre pays, bien au contraire, nous les exhortons à en faire plus notamment dans le domaine de l'enseignement, de la santé, de l'alimentaire, des routes de dessertes agricoles à travers des organismes non gouvernementaux nationaux et étrangers. Nous souhaitons que la Coopération structurelle reprenne après la refondation de l'Etat de droit et la prise en mains de celui-ci par des institutions animées par des personnes crédibles et légitimes. Par ailleurs, nous tenons à remercier l'Union européenne pour avoir compris le bien fondé de notre démarche exprimée à travers notre lettre adressée au Premier ministre belge au sujet de la reprise de la coopération structurelle.

Quant à nos compatriotes congolais, qui ont choisi la politique comme activité principale, nous en appelons à la conscience patriotique et au sens de responsabilités pour qu'ils mesurent les enjeux de ce moment : notre patrie est en danger de partition; les pillages se font au grand jour; notre peuple se meurt au jour le jour et les ennemis de notre peuple misent sur l'échec du Dialogue intercongolais pour échafauder des solutions à leur profit. Il est donc plus que temps que nous évitions tout ce qui peut leur servir de prétexte à la réalisation de leur plan. En d'autres termes, il faut que nous sachions privilégier l'intérêt supérieur de notre Nation et laisser de côté nos intérêts personnels et égoïstes pour qu'enfin nous sollicitions les suffrages de notre peuple par des élections libres, transparentes et démocratiques après avoir balisé le chemin à travers le Dialogue intercongolais.

Nous l'avons dit : la misère dans laquelle croupit actuellement notre peuple est sans nom et nous avons l'obligation de tout faire pour l'en sortir le plus tôt possible.

Que tous nos compatriotes victimes des affres de la guerre d'agression que connaît notre pays depuis octobre 1996 sachent que nous compatissons à leurs malheurs et sommes conscients de leurs souffrances. Nos pensées vont principalement vers les populations martyres du Sud et Nord-Kivu, du Maniema, du Katanga, de la Province Orientale, de l'Equateur et de deux Kasaï.

Il importe donc que les Ministres de Dieu portent dans leurs prières notre pays afin que, par la grâce du Seigneur, dans ses bontés infinies et insondables, nous puissions toujours sauvegarder l'intérêt supérieur de notre Etat. Les Eglises sont appelées à prêcher la vérité, à la manière de Christ venu libérer les nations, afin d'édifier notre peuple sur les causes réelles de la crise qui accable le pays pour ainsi réveiller sa conscience. Nous nous en voudrons de ne pas rendre un hommage public et mérité aux Evêques catholiques lesquels, à l'issue des travaux de la dernière session de la Conférence Episcopale Nationale, ont réclamé la tenue du Dialogue intercongolais tout de suite et maintenant.

Il est utile en ce moment de rendre un hommage tout aussi public et mérité à la presse nationale libre et à la presse internationale qui, malgré les multiples pesanteurs marquant cette période noire de notre histoire nationale, n'ont cessé de fournir des efforts afin de nous permettre de faire entendre notre voix. Nous leur demandons de redoubler leurs efforts de manière à mériter davantage de notre patrie. Toutefois, nous déplorons la confiscation des médias officiels par le régime de Kinshasa. En effet, étant un patrimoine commun des Congolais, ils doivent s'ouvrir à toutes les tendances sur une base égalitaire.

S'agissant de la jeunesse, elle devra prendre conscience du fait que non seulement elle est majoritaire dans le pays mais aussi que tous les espoirs présents et à venir de notre pays reposent sur elle. Elle redoublera donc de vigilance afin qu'à travers une véritable mobilisation, elle chasse le principal ennemi du peuple qu'est la peur.

L'histoire des nations nous apprend qu'il n'y a pas un peuple heureux sans liberté. C'est cette prise de conscience qui a affranchi l'Afrique du Sud de l'Apartheid, la Côte d'Ivoire, la Yougoslavie et tant d'autres pays de la dictature. En effet, quels que soient les efforts de l'homme politique, aucune libération du peuple n'est possible sans la prise de conscience de son destin par ce dernier.

Maintenant, nous nous adressons à l'ensemble de notre peuple lui-même : Vaillant Peuple Congolais, il est plus que temps que vous puissiez montrer à la face du monde que vous êtes réellement le plus concerné par tout ce qui se passe dans notre pays.

Pour cela, il faut par tous les moyens faire de sorte que sous aucun prétexte qu'il n'y ait plus un deuxième report de la réunion de la Commission Préparatoire du Dialogue intercongolais et s'impliquer activement pour que le Dialogue lui-même se tienne le plus rapidement possible. Pour cette raison, nous vous invitons tous à une marche pour la paix et pour le Dialogue intercongolais que nous organisons pacifiquement le lundi 30 juillet 2001 dans la ville de Kinshasa.

Par ce geste, prouvons au monde, peuple congolais, notre détermination d'écrire notre propre histoire. Montrons, à la face du monde, que nous sommes toujours là, debout, prêts à sauver notre patrie aujourd'hui humiliée !

Montrons à la face du monde, notre capacité à nous mobiliser, à nous prendre nous même en charge !

Jamais au grand jamais, les autorités politiques de la République Démocratique du Congo ne seront imposées par des armées étrangères avant, pendant et après le Dialogue intercongolais.

Comme un seul homme, mobilisons-nous pour la sauvegarde de l'Unité nationale, de l'Intégrité du Territoire, de la Démocratie...

Tous debout, marchons pour la Paix et le Dialogue intercongolais dont l'ouverture ne doit plus être reportée, quoi qu'il arrive.

Enfin, il ne nous reste qu'à demander au Seigneur Tout Puissant de nous conduire avec l'ensemble de notre peuple dans l'accomplissement sans faille de la volonté ci-haut exprimée.

Que Dieu bénisse notre pays

Fait à Kinshasa, le 24 juillet 2001

Pour l'Opposition Politique et Démocratique

François Lumumba, MNC/L
Joseph Olenghankoy, Fonus
Cathérine Nzuzi wa Mbombo TKM, MPR-fait privé
Etienne Tshisekedi wa Mulumba, Udps
Justin-Marie Bomboko, Cléophas Kamitatu Massamba, Pionniers de l'Indépendance


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