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 UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL


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Honorables Députés,

A l’occasion du 47ème anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo et à celle du 69ème anniversaire de la pleine souveraineté du Canada, nous, ressortissants du Congo et membres de l’UDCC, prenons la responsabilité de vous écrire pour rappeler la situation délicate du peuple congolais, du fait de l’aliénation des compétences nationales par divers acteurs internationaux.

En effet, indépendance nominale depuis 47 ans, le Congo continue de souffrir d’une crise de démocratie et de développement. Les analyses courantes du monde occidental imputent cette absence de démocratie et donc du développement à la mauvaise gouvernance, entendant par là des facteurs internes liés à l’incompétence des élites politiques au pouvoir et à l’absence de culture politique. Cette imputation de responsabilité au niveau interne cache le rôle des acteurs et des institutions internationaux dans les choix des élites incompétentes. Le récent processus électoral qui, en décembre dernier, a abouti à l’élection de M. Joseph Kabila comme Président de la République, peut servir d’illustration.

Les élections présidentielles et législatives d’Octobre-décembre 2006 en R.D.C., ont été organisées sous la responsabilité de la Mission de l’ONU au Congo « MONUC » et du comité international d’accompagnement de la transition, le « CIAT ». Ce dernier étant composé essentiellement des ambassadeurs des pays du G8, bailleurs des fonds pour l’organisation électorale. Doté d’une armée, d’une radio et des moyens financiers, les acteurs internationaux œuvrant pour la MONUC et le CIAT ont orienté le processus électoral vers la légitimation de Joseph Kabila comme Président de la république, pour la protection des intérêts privés plutôt que dans l’intérêt du peuple Congo. En effet, de tous les candidats à la présidence du Congo, Joseph Kabila était le moins instruit et le moins expérimenté, soit le moins bien préparé à exercer les fonctions de la magistrature suprême. Hisser J. Kabila à la tête de l’Etat congolais, dont le régime est présidentiel, revenait à inhiber les possibilités d’initiatives du développement national. Pourtant, il ne manquait pas d’alternance politique préparée au régime du dictateur Mobutu et de Laurent Kabila.

La longue dictature de Mobutu a connu une opposition démocratique, préparée pour exercer le pouvoir. Elle reste symbolisée par l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, « l’UDPS », parti dont Etienne Tshisekedi est le Président. Après 26 ans de lutte pacifique pour instaurer un Etat de droit au Congo, ce parti a, non seulement développé une culture démocratique, il a surtout un projet de société susceptible de relancer un développement basé sur la participation publique. Pour des raisons évidentes, souvent inavouées, c’est ce parti que la MONUC et le CIAT ont cherché à écarter systématiquement de la gestion de la transition et du scrutin électoral.

Au delà de la création des rébellions qui devaient justifier l’intervention des pays du G8 au Congo et des oppositions armées qui devaient faire de l’UDPS une opposition parmi tant d’autres, la marginalisation de l’UDPS pendant la période électorale devait permettre la mise en place des normes et des institutions complaisantes. La nouvelle constitution de la R.D.C. donne des pouvoirs énormes au Président de la république, ce qui aliène le principe de la séparation de pouvoirs cher en démocratie. La loi électorale, en requérant une caution de $ 50,000 aux candidats à la présidence, devait favoriser ceux qui exerçaient le pouvoir politique. Quant aux élections, on a rejeté les exigences du recensement préalable posées par l’UDPS, ce qui ne pouvait que favoriser la fraude électorale. Bref, une fraude systémique a été mise en place par des acteurs internationaux, qui avaient la responsabilité d’accompagner le processus de changement politique au Congo. Il s’est ensuivi une parodie d’élection présidentielle destinée à consacrer Joseph Kabila Président de la république.

Une fois qu’ils ont réussi à installer J. Kabila au pouvoir absolu, la MONUC et le CIAT, sont restés les principaux conseillers de ce dernier dans la restauration de l’ordre. Des contestations, émanant de la société civile, qui remettaient en cause la légitimité du nouveau président élu devaient être réprimées par la violence, devenue le moyen privilégié pour rétablir l’ordre.

Du 30 janvier à la fin du mois de mars, en  R.D.C., on a assisté à des actes de violence commandités par le Chef de l’Etat lui-même.  Ces actes ont visé principalement des journalistes, des prêtres, des membres des partis politiques et d’autres groupes de la société civile.

L’assassinat, au mois de novembre 2005, du journaliste Franck Kangundu, qui a dénoncé le don illicite de 30 millions de dollars de Kabila à la Tanzanie, et de son épouse Hélène Mpaka, était l’œuvre des agents de la garde présidentielle (la GSSP). Bapuwa Mwamba, journaliste, a été tué entreles deux tours de l’élection présidentielle de 2006. Tandis que le mercredi 13 juin, était assassiné Serge Maheshe, journaliste à Radio Okapi à Bukavu.

 

Le massacre du Bas-Congo, dont 150 membres du groupe religieux Bundu di Kongo ont été victimes, du 31/01 au 1/02/2007, a été commis par des militaires, sur ordre du Commandant suprême. L’occupation de Kahemba, un territoire congolais, par l’Angola avec la complicité apparente de Kabila est un acte de trahison qui, non seulement violente des citoyens congolais, mais  viole aussi l’intégrité territoriale. Bien plus, les permanences de l’UDPS à Goma et à Bukavu ont été saccagées par deséléments de l’armée nationale. On ne peut pas oublier de si tôt les affrontements sanglants du 22 et 23 mars 2007 à Kinshasa
, entre la milice de Joseph Kabila et la garde de J. Bemba, dont les conséquences ont été de plus tragiques sur la population civile et sur le processus démocratique :

 

« CNN.com Tue, 27 Mar 2007 7:44 AM PDT. KINSHASA, Democratic Republic of Congo (Reuters) -- Up to 600 people were killed in the Congolese capital last week in fighting between the army and a former rebel leader's forces which "seriously wounded" the democratic process, European Union ambassadors said on Tuesday.”

Dans l’Est du pays, la situation sociopolitique reste marquée par une insécurité causée par la présence des milices armées rwandaises et congolaises. Les disparitions, les assassinats sont légion dans la population civile. Les intellectuels dont les prêtres, les journalistes et les défenseurs de droits de l’homme sont particulièrement ciblés.

 

La panoplie de violence, du régime Kabila sur la population civile, semble informée par la logique d’intimidation au nom de l’ordre. D’ailleurs, Kabila lui-même  n’a-t-il pas déclaré dans une entrevue sur le massacre du Bas-Congo: « l’ordre doit régner »?

En démocratie l’ordre procède du respect,  par les citoyens, des normes et des institutions auxquelles ils ont consenti pour leur bien. En principe, la sécurité des citoyens et la défense de l’intégrité sont la raison d’être de l’Etat. En R.D.C., au contraire, la violence de l’Etat contraste avec la protection des citoyens. Du fait de l’imposition du Président et des règles édictées contre le gré des citoyens, l’ordre est assuré par le moyen de la violence. De ce fait, il est aux antipodes de la démocratie. Des journalistes et manifestants  des partis politiques sont massacrés, l’opposition est réprimée dans le sang. Bref, l’ordre ici implique la suspension de la démocratie et donc de toute possibilité du développement avec la participation publique. Cette stratégie permet à la pensée unique et au règne de la terreur de se consolider. Dans ce processus d’imposition du règne absolu, Kabila est encadré par des instances internationales, officielles  et non-officielles, représentées localement par la MONUC et le CIAT. Plutôt que la démocratie, c’est la dictature que la MONUC et le CIAT ont installé récemment en R.D.C.

 

Honorables députés,

Le fait pour J. Kabila, le chef de l’exécutif, de concentrer des pouvoirs d’engagements avec des partenaires extérieurs paraît un coup de maître réalisé par des acteurs internationaux intéressés aux ressources naturelles du Congo. Cependant, à cause de la crise de légitimité réelle, Les engagements du gouvernement Kabila font l’objet des contestations de la part des citoyens. Bref, en recherchant des conditions favorables pour l’exploitation facile des ressources naturelles du Congo, les acteurs internationaux ont contribué à l’affaiblissement de l’Etat congolais. Ils sont donc la source des problèmes de gouvernance et de culture politique observés au niveau local.

Compte tenu de ce qui précède, nous aimerions demander aux honorables députés que le Canada prenne résolument la voie de la consolidation des capacités nationales en République du Congo. Pareille orientation exigerait que le Canada s’implique au redressement de l’Etat congolais en favorisant, à l’avenir, des élections réellement transparentes incluant l’opposition démocratique, en l’occurrence l’UDPS. Le recensement de la population reste un préalable aux élections transparentes. Il n’est pas trop tôt pour œuvrer dans ce sens en prévision des élections prochaines.

Dans l’immédiat, que le gouvernement du Canada veuille:

  1. Conditionner toute aide publique à la démocratie et au respect des droits de la personne en République Démocratique du Congo.
  2. Favoriser l’avènement de l’Etat de droit en R.D.C., avec la liberté d’expression, la participation publique et le fonctionnement libre des partis et des groupes de la société civile comme indicateurs
  3. Favoriser la négociation politique avec l’UDPS, le principal parti d’opposition démocratique, qui est hors de toutes les institutions officielles du Congo.
  4. Décourager le financement public des projets d’exploitation abusive des ressources naturelles du Congo.
  5. Œuvrer pour l’instauration d’un tribunal international pour juger des actes de massacres et de pillages économiques commis en R.D.C.

 

Fait à Ottawa, le 26 juin 2007

 

Pour l’UDCC

Marc Kapend
Porte-parole 

 


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