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[Page principale] [Home page] QUEL GOUVERNEMENT POUR LA TRANSITION AU CONGO?Linéluctable et crucial choix entre un gouvernement des belligérants et un gouvernement des démocrates. Le 15 novembre dernier à Pretoria, à louverture des travaux sur les négociations politiques congolaises, préliminaires à la phase finale du dialogue intercongolais (DIC) prévu pour le mois de décembre, le président sud-africain Thabo Mbeki sest adressé à ses hôtes congolais en leur mentionnant quils seront acclamés par le peuple congolais comme héros et héroïnes sils parviennent à un accord qui lui rende lespoir. Lespoir de voir enfin un Congo réconcilié, unifié, libre, prospère, juste et surtout démocratique; cet espoir que partage les Congolais, sans divergences ni divisions. Par contre, la voie à suivre, les moyens utilisés et les méthodes pratiquées pour atteindre cet idéal commun divisent. Ces divisions ne sont pas en soi un problème, bien au contraire, puisque dit-on, du choc des idées jaillit la lumière ; pour autant que cette confrontation se fasse dans la bonne foi et dans lintérêt général. Nous tenterons quant à nous dans ce qui suit dêtre constamment dans cet état desprit pour apporter notre modeste contribution sur lavenir immédiat du Congo: la formation dun gouvernement de transition. Larchitecture gouvernementale 1+4 Le médiateur entre les parties congolaises, lenvoyé spécial de Koffi Anan, Mustapha Niasse, tente darracher aux huit composantes au DIC un accord global sur le partage du pouvoir durant la transition, autour de larchitecture gouvernementale 1+4 avant le 22 novembre. Mais de quel gouvernement sagira t-il ? A quelques jours seulement de la fin des négociations de Pretoria, le débat reste encore entier. Toutefois, la proposition la plus entendue et lue pour le moment, cest-à-dire un gouvernement comprenant un président chef de lEtat et du gouvernement issu de la composante Gouvernement, donc un belligérant, quatre vice-présidents dont trois issus des trois principaux mouvements de la rébellion, des ministres et sous-ministres, consacre la prime à la guerre. A chaque belligérant un quota est attribué, ne laissant que des strapontins aux forces réellement démocratiques de lopposition non armée et de la société civile. Bref un gouvernement formé sur le principe de la gestion de la transition par les belligérants. Une solution hautement risquée Cette solution qui a pourtant la faveur de la communauté internationale est, à notre entendement, hautement risquée et augure mal la période de transition pour les raisons principales ci-après. Premièrement, depuis le « retrait » des troupes étrangères impliquées dans le conflit congolais, il devient de plus en plus périlleux dévaluer la force militaire réelle des principaux belligérants et leurs rapports de forces. Les récentes tentatives de déstabilisation vécues par chacun deux(le MLC avec les affrontements contre RCD-ML, le RDC avec le conflit contre les Maï-Maï à Uvira et le Gouvernement avec la « mutinerie » des soldats et miliciens hutu rwandais à Kamina et à Kibomango) renforcent cette opinion. Donc un gouvernement formé principalement autour des belligérants et dirigé par lun dentre eux fera surgir le risque de voir sintensifier le positionnement militaire dans le dessein délargir chacun sa part du « gâteau », retardant par la même occasion la transition et provoquant la reprise des hostilités. De toute manière cette solution engendrera le ressentiment chez les uns et les autres, quoi quil arrive. Deuxièmement, tous les belligérants subissent encore linfluence des pays voisins impliqués dans la guerre au Congo, pour ne pas parler de diktat de ces derniers. Un gouvernement faisant la part belle aux belligérants, serait par conséquent perçu comme un gouvernement de suzeraineté et très mal vu par la population, déjà échaudée par limplication de ces mêmes pays dans le pillage de nos ressources naturelles. Au regard des trois rapports sur le pillage économique de la RDC, dans lesquels quasi tous les belligérants sont accusés de pillage et de complicité avec les pays qui les soutiennent, un tel gouvernement serait également considéré comme un instrument au service des intérêts particuliers. Ce qui renforcera la méfiance des Congolais à légard du gouvernement dans la mesure où ils se verraient ainsi proposer, pour les diriger pendant la transition, un Cartel de pilleurs et de prédateurs économiques impliqués dans le pillage de leur pays. Enfin, les ministres dans un gouvernement formé sur base dun tel critère se sentiront plus solidaires de leurs mouvements que de lintérêt général. Sachant la propension des leaders congolais à privilégier leurs intérêts particuliers avant tout, on voit mal comment on éviterait la surenchère dintérêts personnels. Naturellement un tel gouvernement naurait ni la cohérence, ni la solidarité gouvernementale pour imposer un leadership visionnaire et efficace, ni même en cas durgence la flexibilité de prendre rapidement des décisions courageuses. Lexistence dune autre alternative A la lumière de ce qui précède nous croyons fortement en lexistence dune autre alternative. À linverse du principe de la direction de la transition par une composante belligérante qui consacre la prime à la guerre, il faudrait privilégier une composante non belligérante, issue des forces politiques démocratiques réellement représentatives politiquement et sociologiquement pour renforcer les valeurs démocratiques, morales et de bonne gouvernance(compétence) comme critère de formation du futur gouvernement. De la bonne gouvernance car la gestion la transition exigera de la compétence technique, la maîtrise de la question congolaise et de lexpérience ; dans la mesure où il faudra se limiter au cadre strict des objectifs assignés à la transition : faire la réconciliation nationale, opérer la réunification du territoire, appliquer le programme économique durgence et enfin et surtout préparer les élections générales. La réalisation des grandes orientations politiques devant être de la responsabilité du gouvernement issu des élections générales. La compétence, rien que la compétence, cependant, ne suffit pas. Pour les Congolais à qui, quatre décennies durant, on a inculqué les anti-valeurs par toutes les dictatures qui se sont succédées depuis 1965 au Congo, sans exception, le temps est venu pour les valeurs morales de reprendre droit de cité, à commencer par la morale dans la conduite des affaires publiques, au sens dagir dans lintérêt général. Ladministrateur du Programme des Nations Unies pour le Développement, Marc Molloch, de retour dune tournée de six jours en Ouganda, au Rwanda et en RDC a relevé « limmense soif de démocratie dans ces trois pays ». Cest encore plus vrai en RDC depuis la décennie 90, durant laquelle sest tenue la CNS. Le peuple tout entier, et de manière constante et déterminée réclame linstauration immédiate dune réelle démocratie au cur de lAfrique. Quoi de plus logique que le gouvernement de transition et ses animateurs reflètent cette aspiration et préfigurent, au sortir de la transition, la démocratie congolaise. Pour des raisons objectives, cette alternative, nous le croyons, est encore réalisable pendant les négociations en cours à Pretoria. Dune part les facteurs internes à la crise congolaise créent désormais les conditions dacceptation de ce schéma. En effet, étant donné labsence totale de confiance entre les trois principaux belligérants et considérant que le préalable pour atteindre tous les autres objectifs de la transition demeure la réconciliation nationale, confier la direction de lexécutif à une des composantes belligérantes ne serait pas mieux indiqué. Dautre part, les facteurs externes au conflit congolais, plus quavant, militent en faveur dun gouvernement formé sur base de critères de compétence, de démocratie et du respect de la moralité publique. Considérant la dimension régionale du conflit, les Congolais doivent être convaincus que sans une réelle représentativité et en labsence dun projet fédérateur à proposer à leurs compatriotes, les belligérants dépendent totalement de lappui militaire et financier des pays de la région qui les soutiennent. Il faut donc convaincre ces voisins, en admettant au préalable que ces pays ne sont pas nécessairement ennemis du peuple du Congo, que leurs propres intérêts commandent un Congo démocratique et donc stable, prospère et souverain. Exercice de persuasion qui pourrait être facilité grâce aux récents rapports de lONU incriminant presque tous ces pays sur le pillage du Congo. Au plan mondial, les pays les plus industrialisés ont adopté comme credo, pas daide sans bonne gouvernance ni démocratie. Loccasion de leur rappeler quun Congo réellement démocratique cest un Congo stable engendrant la stabilité dans toute la sous région, gage de développement économique, de sécurité régionale, et doccasion dinvestissements étrangers moins risqués et plus rentables. Enfin, lalternative dun gouvernement des démocrates reflètera fidèlement les aspirations de paix, de développement économique et de justice des Congolais dans la mesure où, primo, ces derniers associeront ces aspirations aux animateurs du gouvernement. Secundo, surtout parce les solutions proposées par les précédentes dictatures et les oppositions armées pour les renverser ont conduit le Congo à un désastre. Pour lheure, léquipe de la Médiation sattèlent à finaliser la deuxième synthèse du projet de gouvernement pour la transition à présenter aux huit composantes à Pretoria. En dépit du fait que la dynamique des négociations semble apparemment proposer que le président de la république soit issu de la composante Gouvernement, donc un belligérant, lalternative que nous proposons simbriquerait malgré tout dans le schéma 1+4, telle quarticulée dans la proposition faite à la Médiation par la partie non signataire de la composante Opposition Politique non armée, à savoir : le président est chef de létat mais irrésponsable devant le parlement. La coordination gouvernementale (la gestion de la transition) est plutôt dirigée par le vice-président issu de lOpposition politique, responsable devant le parlement.
---- Pour la rédaction, Christian Musampa
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