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référendum du 18 décembre 2005 n'a aucune valeur juridique ni légale.
Le peuple congolais
vient d'être appelé ces 18 et 19 novembre 2005 à se prononcer
sur le projet de constitution de la 3ème république, dont
le texte a été péniblement établi après 24 mois de transition
calamiteuse. Par ailleurs, les textes constitutionnels antérieurs très
bien ficelés, dont celui de la CNS, étaient disponibles et auraient pu
servir de «copion» aux « parlementaires désignés [i]»
à Sun City pour confectionner la constitution de la 3ème
république dans un délai raisonnable, ce qui aurait permis de
respecter l'échéance du 30 juin 2005 [ii]
et d’économiser beaucoup d'argent. Notons que l'argument financier
est exhibé par les partenaires internationaux du Congo comme prétexte
pour forcer les congolais à accepter un processus électoral bâclé et
des textes humiliants et médiocres[iii]
afin de mettre fin à la perte annuelle de US$1 milliard dans ce gouffre congolais
sans fond. Ce texte médiocre du projet de constitution, écrit
avec le concours de nombreux étrangers, alors que le Congo ne manque
pas de têtes pensantes en ce domaine, a fait l'objet de nombreuses
critiques de la part d'éminents spécialistes congolais [iv]quant
à sa forme et son contenu. Les critiques et remarques fondées méritaient,
sans conteste, d'être tenues en compte et intégrées de manière
régulière dans le texte, qui devait ensuite être soumis à
l'approbation de l'Assemblée nationale. Ce n'est qu'à l'issue de cette
révision légale que le texte aurait dû être publié au journal
officiel. Pourtant, cette procédure élémentaire
n'a pas été respectée au Congo. Au contraire une méthode étrange
et contestable a été suivie et nous avons assisté à une déclaration
désinvolte de M. Olivier Kamitatu, "Président démissionnaire"
de l'Assemblée nationale qui parle de « toilettage » du
texte de projet de la constitution[v],
en oubliant que la moindre modification d'un terme ou d'une ponctuation
dans une loi peut globalement affecter la signification initialement
accordée à une expression! Quelques individus se sont arrogés
des pouvoirs législatifs en dehors de l’enceinte parlementaire
pour opérer « un toilettage » qui consiste en la
modification du libellé des articles constitutionnels sensibles, relatifs
aux prérogatives et au pouvoir des plus hauts responsables de l'Exécutif
de Etat! Un « toilettage » qui s'est déroulé
sournoisement et nuitamment dans une chambre d'hôtel de Kinshasa, à
l'instar de l'accord de l'hôtel Cascade de Sun City[vi],
pour trafiquer des articles constitutionnels en vue d'assouvir des visées
de pouvoir absolu. Seuls quelques individus, trouvant leur intérêt
dans ce « toilettage » ont été associés à ces
modifications de nature maffieuse. Les parlementaires ordinaires et
toute la population congolaise n'ont été mis au faîte de ce « trafic »
maffieux que grâce à des esprits éveillés qui ont décelé la
supercherie en comparant les différentes versions des textes à leur
disposition. Si ces esprits éclairés n'avaient été là pour en
informer l'opinion publique, le forfait aurait été consommé sans témoin
et serait passé inaperçu ! Une telle situation ne peut pas être
tolérée. Elle doit être contestée par la voie juridique. On ne
peut, en aucun cas, admettre
le raisonnement selon lequel les modifications introduites sournoisement
dans la loi, sans approbation de l’Assemblée, reprennent les
remarques et les critiques pertinentes. De qui se moque-t-on ? La question qui se pose
à ce stade n'est plus celle de la victoire du oui ou du non au référendum
constitutionnel, mais celle de la validité même du processus référendaire
en cours. Tous les congolais, partisans ou non du processus,
sont mêmement floués par des actes voyous, ces agissements
maffieux qui ne respectent pas les règles fondamentales du droit. Le texte
soumis au référendum de ce jour étant
différent de celui initialement adopté par le parlement, il est un
faux en écriture; il est illégal, et ne peut donc, en aucun cas, être
soumis au référendum populaire. Dès lors, puisque illégal, la
question de la validité du référendum sur base de ce texte est posée.
Nous savons aujourd’hui
qu’il y a plusieurs versions « légales » du projet de
constitution. Il y d’abord le texte adopté par le parlement en mai
dernier[vii].
Il y a ensuite le texte publié au journal officiel [viii]au
mois de novembre et qui a subi des modifications par rapport au texte
adopté à l’assemblée nationale. En fait, sur le contenu de quel
texte parmi les multitudes de projets en circulation les congolais
se prononcent-ils aujourd’hui? Lorsqu'un peuple est
appelé à se prononcer par référendum sur un sujet vital pour son
avenir, il est naturel qu'il connaisse les tenants et aboutissants du thème
proposé. Dans le cas présent, le projet de constitution qui lui est
soumis n'a jamais été mis à sa disposition. Aucun effort
particulier n'a été entrepris pour lui permettre d'en prendre
connaissance afin de statuer sur son avenir en toute connaissance
de cause. Le peuple congolais ne sait pas aujourd’hui, le
contenu de la constitution appelée à régir son avenir, ni même
l’objet du référendum sur lequel il doit se prononcer. Bref, on veut
lui vendre « un chat dans un sac ». La confusion est poussée
à son comble lorsque le texte sur lequel il doit se prononcer n’est
pas univoque et consiste en une multitude de versions dont les contenus
sont différents. Pourtant, la communauté internationale lance des
menaces à peine voilées contre le peuple congolais, en l’obligeant
de dire oui les yeux fermés à cette constitution proposée. Quel
scandale ! Puisque cette "loi
des lois" la concerne au premier chef, la population
congolaise est en droit d'exiger qu’on l’informe adéquatement.
L’Etat de droit pour lequel nous nous battons n’est pas celui où
les règles sont bafouées avec une telle insolence et une telle désinvolture.
Celui pour lequel nous nous battons défend le respect des principes
juridiques et les procédures établies, c’est celui dans lequel les
individus sont justiciables pour leurs actes répréhensibles quel que
soit leur rang. Dans cet état de droit là, les textes régissent les
actes à poser et
sanctionnent tout manquement. Nous en appelons aux
juristes et responsables politiques de prendre leur responsabilité pour
que cet Etat que nous voulons être "de droit" mette en
oeuvre les mécanismes susceptibles de faire respecter les règles de
droit universellement admises. La situation devant laquelle nous
nous trouvons aujourd’hui ne peut être admise, il faut donc que les règles
juridiques soient mises en oeuvre pour redresser les incorrections
commises, en les menant sans relâche jusqu'au bout. Une situation similaire
de faux en écriture par des parlementaires véreux, s'est également présentée
pour la loi budgétaire falsifiée [ix]après
son vote à l'assemblée nationale. Il s’agissait de Mgr Bodho
Marini et de Madame Philomène Omatuku respectivement président du sénat
et première Vice-présidente de l’assemblée nationale qui avaient
modifié en août dernier, la loi budgétaire votée au parlement avant
de soumettre un faux en écriture au Président pour promulgation. Avec
le « toilettage » de ce jour, ce comportement paraît
donc être récurrent et relève sans doute du manque de culture de l'Etat
de droit et du respect des textes, associé à l'impunité qui, avec la
«mobutucratie» et le «kabilisme», ont élu domicile dans notre société
congolaise. L'oral et la légèreté y priment, la justice y est quasi
inopérante, et les congolais, même les plus instruits d’entre eux,
s’en accommodent. Ce n’est donc pas étonnant que M. Olivier
Kamitatu, Président de l’organe législatif, lui donc, qui trône au
sommet de la « légalité », trouve normal qu’un texte législatif
soit modifié « dans un salon privé » pour être publié au
journal officiel, sans rien y trouver à redire !!! A-t-il saisi la
portée de ses paroles ? Il y a là, d’urgence, matière à réflexion.
Il faut à présent agir et
réagir selon les principes que nous voulons instaurer et pérenniser au
Congo. Si les responsables politiques bafouent impunément les règles
édictées, c’est avec notre complicité. Nous
devons nous opposer à l’installation et à l’ancrage de
l’arbitraire en prenant l’attitude adéquate pour défendre la
justice. Ayant opté pour l’instauration de l'Etat de droit et le
respect des textes, mettons en les principes en application en assiégeant
ceux qui doivent appliquer la loi pour que les sanctions soient au
rendez-vous des crimes et abus. L’Etat de droit
implique le respect quasi aveugle des règles prescrites. Pour y
arriver, il sied de savoir que l’initiation d’une action légale nécessite
qu’elle soit suivie sans relâche dans tout son cheminement, en
l’accompagnant à chaque «étape» de son évolution avec persévérance
jusqu’à son terme. Dans le contexte congolais actuel, relâcher son
attention un seul instant dans une telle entreprise, c’est courir le
risque de la voir irrémédiablement étouffée !
C’est ainsi que lors de la falsification de loi sur le budget,
les voix qui s'étaient élevées pour dénoncer la forfaiture en
exigeant des sanctions contre ses auteurs, avaient fini par se taire
sans aboutir aux actions judiciaires et légales idoines qu’elles
escomptaient. Cela est dû essentiellement au manque de conviction, de
persévérance et de suivi, et même, dirais-je, de négligence et de
laisser-aller dans les actions entreprises... Il est en effet indiqué
et impérieux, dans cet environnement « mobutucratique » de
relent d’arbitraire, d’aiguiser la vigilance afin ne pas favoriser
la continuation de la dictature… Cette nouvelle
forfaiture que nous dénonçons sur le projet de constitution est une
interpellation et un avertissement sérieux qui montrent la récurrence
d’un phénomène qui mérite donc qu'il y soit mis fin immédiatement
afin de donner l’élan à la véritable instauration de l'Etat de
droit au Congo, notre objectif ultime. Nous-mêmes congolais devons
prendre ce projet en charge. Il est symptomatique de
retrouver, comme « souteneurs » des arguments à
l’emporte-pièce et des tricheurs, les mêmes personnalités de la
communauté internationale, telles celles de Monsieur Louis Michel qui
fut, en son temps, le promoteur le plus zélé de l’accord pirate de
l’hôtel cascade à Sun City en Afrique du Sud. Pourtant cet accord
qui s’avéra avoir été une erreur ayant abouti à un échec cuisant
ne leur a pas servi de leçon. Ils sont demeurés sourds aux
propositions et à l’expertise de plus de deux décennies de présence
et de combat de l’UDPS pour la démocratie et l’Etat de droit au
Congo. Une expertise dont les propositions ont toujours prévalu en fin
de compte dans toutes les situations semblables. Il aurait été sage et
louable aujourd’hui d’en tenir compte avec modestie en évitant
l’arrogance et le mépris, en s’arrêtant un moment pour examiner
les propositions faites, dans un débat serein. Les congolais sont tout
de même les premiers concernés par leur bonheur et leur avenir. Ils sont
certainement les mieux placés pour savoir où réside leur intérêt et
connaissent mieux que quiconque où blesse le bât pour eux. Ignorer
cette évidence ne peut être que du sadisme ! L’échec de
l’accord pirate ne l’ayant pas élaboré, c’est dans le soutènement
d’un processus vicié que Monsieur Louis Michel s’est à présent
investi, en invoquant des raisons financières. Pour mettre plus de
chance à son bord, il a réussi à mettre dans son escarcelle en faveur
du processus vicié et injuste en cours au Congo, la totalité de la
classe politique wallonne, oubliant sans doute qu’il vaut mieux, dans
ce genre de processus, partir sur de bases consensuelles et
des esprits pacifiés, que d’imposer des solutions
conflictuelles et des positions de révolte en scandant :
« ça passe ou ça casse » qui, à court terme, débouchent
sur des hécatombes : rappelons-nous l’Angola, le Rwanda, le
Congo Brazza, et beaucoup d’autres…. Les raisons financières
aujourd’hui invoquées pour prendre des raccourcis suicidaires ne
pourront jamais justifier le refus de conclure des
accords préalables qui éviteraient des morts inutiles et la perte de
tout ce qu’on croyait avoir gagné, et devoir en fin de compte, tout
reprendre de plus loin encore ! Certains partenaires de la
communauté internationale semblent fermer les yeux sur des actes
juridiques inadmissibles dans leur propre pays,
mais qu’ils cautionnent aujourd’hui au Congo pour des raisons
obscures. La démocratie ne doit pas être factice au Congo. C’est
pourquoi, il ne tient qu’à nous-mêmes de l’imposer par notre prise
de conscience sur ce qui est légal en refusant de cautionner
l’arbitraire. Chers compatriotes, Dressons nos fronts,
longtemps courbés et, pour de bon, mettons le cap sur le respect du
droit dans notre pays. Enlevons ce bandeau qui nous barre la vue pour
examiner, en toute sérénité notre intérêt collectif de bonheur en
mettant, ensemble, la pression sur ceux qui nous considèrent comme des
moutons à mener impunément à l’abattoir. Le contexte politique du
processus en cours, déjà exclusif, vicié et injuste, vient
d’ajouter à son passif une tare juridique : celle de la
falsification du projet de constitution à soumettre au référendum
populaire. Cette forfaiture retire toute légalité et toute valeur
juridique au processus qui devrait donc, dès à présent, être considéré
comme nul et de nul effet. C’est cela le combat pour lequel, tous,
nous devons aujourd’hui nous lever ! Nos juristes ont le
devoir sacré de se mobiliser aujourd’hui afin d’être nos interprètes
auprès des autorités judiciaires qui doivent prononcer, sans hésitation,
l’invalidation des opérations du 18 et 19 décembre 2005 en déclarant
de nul effet les résultats publiés par la CEI. Que toutes les compétences
juridiques se mettent debout pour s’opposer à cette forfaiture que
l’on veut nous faire accepter. La constitution actuelle, en ses
articles 103, 104 et 131, dispose d’instruments pouvant servir à
invalider le référendum actuel. Un processus inclusif,
juste et assaini, tenant compte de ce qui précède doit être impérieusement
engagé pour que la loi prévale sur cet arbitraire rampant qui pose
imperceptiblement ses jalons dans la 3ème république de nos
rêves que nous ferons éclore : démocratique, égalitaire,
pacifique et libre. Raphaël KASHALA [i]
Les
parlementaires n’ont pas été élus, mais désignés par leurs
composantes, dont les plus importantes sont celles issues des
factions des belligérantes. Leur légitimité n’est donc pas
populaire,car ils ne sont pas issus des urnes. [ii]
La durée légale
de la transition avait été fixée pour 24 mois par le point IV de
l’accord de Sun City, repris à l’article 196 de la constitution
de la transition. Cette période commençait
à courir à partir de l’investiture du Gouvernement de
transition (30 juin 2003). En raison des problèmes spécifiquement
liées à l’organisation des élections, cette période pouvait être
prolongée de 6 mois une
seule fois renouvelable pour une durée de 6 mois, si les
circonstances l’exigent, ..... [iii] Article du Professeur Auguste Mampuya : « projet de constitution : copie à refaire » in le Potentiel (n° 3436-3437-3438) des 30 , 31 mai et 01 juin 2005 ainsi que « le projet de constitution n’est pas encore prêt pour être soumis au référendum » in Le Phare n°2665 du 31 août 2005) [iv]
Lire
Mukadi Bonyi : «Projet
de constitution de la République démocratique du Congo –
Plaidoyer pour une relecture » publié
au Centre de recherche en droit social « CRDS »
Kinshasa 2005 [v]
Marie-France Cros : « Les
coups tordus d'une bien âpre bataille » in La Libre Belgique,
mise en ligne le 16/12/2005 -
Ignorance et mauvaise foi ont entraîné quelques
surprises et bizarreries [vi]
Pendant le Dialogue Intercongolais, Kabila Joseph et
Bemba Jean Pierre s’étaient, par un accord pirate signé
nuitamment le 17 avril 2002 dans une chambre de l’hotel cascade à
Sun City en dehors des assises et à l’insu de la facilitation du
Président Masire, partagé le pouvoir Exécutif comme Président et
Premier Ministre de la République. Cet arrangement qui menaça la
partition du pays entre le camp de Kabila (Gouvernement +MLC) et
celui du RCD fut à l’origine de la création de l’ASD (alliance
pour la sauvegarde du dialogue) entre l’UDPS, la
DPTN, le MLP,
le RNS et le RCD le 22 avril 2002.
Les pressions de cette alliance finit par contraindre le camp à
revenir à la table des négociations [vii]
Le projet de
constitution de la République démocratique du Congo a été voté
en mai 2005. Ce texte doit être soumis au référendum populaire préalablement
aux élections. [viii]
La
version du projet de constitution soumise au vote référendaire est
parue au journal officiel le samedi 10 décembre 2005. [ix]
En août dernier, Mgr
Bodho Marini et de Madame Philomène Omatuku avaient été pris en
flagrant délit de falsification de la loi budgétaire 2005. Les
plaintes entamées contre eux s’étaient estompées faute de persévérance.
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