Le mariage de Kabila avec les mobutistes
La nécessité d’un dialogue franc et ouvert entre toutes les forces politiques de la R.D.C. pour faire sortir le pays de l’actuelle crise politique n’est plus à démontrer. La guerre se prolonge. La léthargie qui continue à gagner du terrain favorise le langage des armes qui a de nouveau le vent en poupe. Cette perspective éloigne les chances d’aboutir à la paix selon les termes des accords signés à Lusaka, et cela sans compter les nombreuses barrières érigées par les uns et par les autres pour contrer toute évolution positive de ce dossier.
En dépit de la multiplication de sommets pour trouver une solution aux problèmes qui déchirent notre pays, les résultats concrets tardent à venir. Les sommets de Maputo I et II sont là pour attester combien l’enlisement est profond. Si, en fait, les vraies négociations ne sont que des camouflets d’échec, sur le plan interne Kabila exhume Mobutu et assure la perennité du Marechal. Le clan de l’ancien régime est en train de se reconstituer autour du « Mzee ». Les vautours qui faisaient le beau temps sous le régime dictatorial ont été rassurer de retrouver leurs parcelles de pouvoir. Ils doivent, comme du temps de l’homme du 24 novembre, constituer une ceinture de sécurité autour du grand chef. C’est dans ce contexte que tour à tour, Kabila a récupéré pour son compte les maîtres d’œuvre de la 2ième république. La liste d’anciens mobutistes à son service est désormais longue : Bemba le père, l’inamovible Sakombi, le Général Likulia etc. et aujourd’hui, c’est au tour de Vunduawe, l’un des «cerveaux» du mobutisme, de se rapprocher du régime Kabila.
Le Prof. Vunduawe Te Pemako, ancien directeur de cabinet de Mobutu, l’homme à travers lequel toutes les décisions importantes passaient, a été présenté à la presse le 14 novembre dernier par Yerodia qui n’a pas manqué, en passant, de faire l’éloge du personnage.
Vunduawe a laissé entendre - comble de malheur ou ironie du sort pour le peuple congolais - qu’il est rentré sans argent, mais plein d’idées en tête pour reconstruire le pays. Dans la logique du pouvoir de Kabila, on parle, sur un ton triomphaliste, des preuves concrètes du dialogue entre Congolais. Interprétation aussi mauvaise ne pouvait être faite ! Alors que le régime kabiliste ne cache plus sa vraie nature en fleurissant abondamment sa cour avec des personnages sinistres qui ont détruit le pays, soi-disant pour «le reconstruire», drôlement, il y a une forte répréhension doublée d’une répression sans mesure envers ceux qui prônent le vrai dialogue et l’instauration de la démocratie, comme le démontre la récente vague d’arrestations des originaires du Kivu au motif falacieux qu’ils comploteraient contre Kabila. Ce scénario au lieu d’apaiser le climat politique produit des effets contraires. La population en avait ras-le-bol du mobutisme et aujourd’hui, elle digère mal la recette kabiliste pour soit-disant redresser la nation.
Sans vouloir s’en prendre personnellement aux individus qui ont détruit le pays ni préjuger à toutes autres décisions de nature politique, nous pensons néanmoins qu’au nom de la décence politique et par respect pour toutes celles et tous ceux qui ont combattu la dictature et en ont subi des effets indélébiles, leurs processus de réhabilitation devraient, à tout le moins, passer par une voie pouvant leurs permettre de s’amender publiquement. Autrement, comment peuvent-ils prendre conscience de leurs abus s’ils sont recompensés en occupant, au détriment des plus valeureux, toute tendance confondue, des postes de haute responsabilité du pays.
L’attitude contradictoire du régime de Kabila qui, en l’absence d’arguments majeurs, continue d’amuser la galerie en traitant notre leader Etienne Tshisekedi de mobutiste pour le noircir alors qu’il fut parmi les premiers, voici plus de 20 ans, à avoir pris définitivement ses distances vis-à-vis du défunt Maréchal et de son régime rétrograde, est abominable et irresponsable. Comme par ailleurs il est risible que la machine du pouvoir continue sans honte à lui attribuer une affinité avec la rébellion pour avoir entrepris des efforts visant à ramener tout le monde aux bons sentiments afin de parvenir à la paix. Pendant que Kabila lui-même traite avec les dirigeants rwandais et ougandais et réserve un comportement d’honneur à l’égard des rescapés de ladite rébellion.
Quelle conclusion pourrions-nous en tirer ? Les choses sont autant claires. Kabila – Mobutu égalent bonnet blanc, blanc bonnet. Son rapprochement avec les mouvanciers et son éloignement des vrais lumumbistes et des autres forces de l’opposition expliquent la nature de son régime. Le retour en force de Vunduawe consacre définitivement le mariage entre Kabila et les mobutistes. Rien ne peut plus freiner la marche irréversible vers le retour en force des vestiges de l’ancien régime pour le perpétuer dans les CPP de Kabila. Vunduawe a promis de ramener d’autres mobustes, toujours sans argent, à Kinshasa, pour poursuivre avec Kabila, le clone de Mobutu, l’œuvre inachevée.