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L’héritage léopoldien du dictateur Kabila et son avenir
Beaucoup de congolais -- et bien des belges -- savent depuis fort longtemps ce que le public d'Europe occidental et d’Amérique du Nord commence peu à peu, grâce au travail remarquable de l'historien américain Adam Hochtchild, à apprendre avec une horreur croissante : le roi des Belges Léopold II a supervisé le génocide de la moitié de la population congolaise entre 1885 et 1908. Celle-ci a été réduite en esclavage et contrainte au travail forcé dans ce qui fut, pour lui, une gigantesque aventure d'auto-enrichissement.
Unanimement peint comme un souverain extrêmement ambitieux pour la petite Belgique à laquelle il voulait offrir une colonie revalorisante, Léopold II est aussi perçu par certains comme un roublard d'une avarice hors du commun qui voyait dans le Congo un moyen idéal d’accroître sa fortune personnelle. Ainsi, s'empressa-t-il de le gérer comme une propriété personnelle en possédant de gros lots de ce qui furent appelés "domaines de la couronne".
Sachant que le caoutchouc était en forte demande durant les années 1885 et que le maximum de temps pour en tirer profit était estimé à plus ou moins une quinzaine d’années jusqu'au moment où les grandes plantations d’hévéa érigées en Asie du Sud-Est commenceraient à être productives, Léopold II s'attela à presser littéralement la population congolaise comme un citron. Une grande partie de la population mâle du Congo fut transformée en forçat pour la cueillette du caoutchouc sauvage. Quiconque osait se déroger à ce travail forcé était châtié avec la plus cruelle sévérité qui allait de l'administration de la chicote et plus grave encore jusqu’à l'amputation des bras.
Il est de notoriété commune que le modèle de gouvernement établi par Léopold II a été copié avec des nuances diverses par les Etats successifs installés au Congo dont l'Etat colonial belge et l'Etat mobutiste, exception faite du bref intermède démocratique de 1960 à 1965. S'il est compréhensible que les colonisateurs belges n'aient pas, par avidité nationale ou par pure insouciance, changé cet état de choses qui leur bénéficiait tant, il est impardonnable au dictateur Mobutu d’avoir perpétué, quelles qu’en soient les raisons, le modèle léopoldien de gouvernance.
Avec la disparition du dernier dictateur en date Laurent Kabila, il est plus qu'urgent de scruter des possibles relents léopoldien de son modèle de gouvernance et d'en tirer des conséquences pour le futur.
L’héritage léopoldien du dictateur Kabila est obvie. Bien que s’étant autoproclamé président de la république, Kabila est arrivé au pouvoir au sommet d'une vague de sympathie qui lui donnait des atouts énormes pour réussir à sortir le pays de l'impasse dans laquelle l'avait plongée son prédécesseur Mobutu. Mais hélas ! les Congolais ont dû vite déchanter. Kabila s'est empressé d'imiter toutes les recettes du pouvoir léopoldien dans sa version mobutiste, et ce jusqu'au «délire», pour citer M. Etienne Tshisekedi, notamment en appliquant à outrance, comme du temps de Mobutu, le régionalisme (prédominance dans l’armée des généraux originaires de sa province de l'Equateur), la cleptocratie transformée en mode de gestion de l'Etat, la terreur contre toute opposition, si minime soit - elle, la suppression de toutes les libertés d'opinions et d'association, la gestion personnelle du patrimoine public au bénéfice d'une clique bien définie, etc.
Néanmoins, un trait du caractère de l’Etat léopoldien se retrouve chez Kabila, sans qu'il ait été perçu chez Mobutu. Léopold II, pour des raisons déjà évoquées, savait qu’il fallait procéder vite pour amasser la fortune avec le caoutchouc ; ce qui décupla son avidité prédatrice. Kabila était aussi confronté au même genre de contraintes temporelles. Il savait pertinemment que suite à son incompétence et à celle de la plupart des membres de son équipe, son temps a la tête de l'Etat était compté. Il ne pouvait demeurer au pouvoir 32 ans autant que Mobutu. Conscient de ce fait, Kabila est allé très vite en besogne. Ignorant toute précaution d'usage, il permit à ses alliés étrangers d’exploiter, de manière effrénée, les matières premières de notre pays au bénéfice de quelques généraux et potentats. Le cas le plus flagrant est celui du clan de Museveni en Ouganda. Son propre frère est à la tête d'un empire de type semi-mafieux qui pille les ressources du Congo. Dans le même ordre d’idées, il faut épingler les cas de quelques officiers supérieurs rwandais qui se construisirent des villas pompeuses sur la cote Erythréenne ainsi que l’enrichissement outre mesure, après août 1998, des officiers zimbabwéens et des quelques proches de Robert Mugabe.
Tous s'efforcent, dans ce qu’il faut appeler guerre - «affaire» ("war business") de piller fiévreusement le Congo à leur profit avant que n'arrive le temps inéluctable de leur retrait qui ne saurait tarder. Comme Léopold II, ils auront le culot de dire plus tard combien ils auront mené une œuvre "civilisatrice" au Congo.
Si, par malheur, il s’avérait que l'une ou l'autre des parties belligérantes gagnait la guerre, l’héritage léopoldien serait assuré d'un bel avenir. Car, ni le régime de Kinshasa ni les "rebelles" n'ont jusqu’à présent montré une réelle volonté de s'affranchir de leurs maîtres, pilleurs et dévastateurs des patrimoines du Congo.
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