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Le massacre de Makobola:
conséquence de la prédominance de l'aile militariste
sur l'aile politique au sein du RCD
Makobola, petit village du Sud-Kivu, est entré de plein fouet dans la
chronique de la guerre qui déchire depuis le mois d'août le
Congo. Les massacres qui y ont été perpétrés par les
troupes du RCD, éléments nationaux et étrangers confondus, ne sont pas sans nous
rappeler d'autres épisodes tristes de ce conflit armé lourd en tribut
humain. Kasika, Katuta, Kashekezi, Kigongo, Katana, Kalehe, Lubarika,
Bangwe, Bunyakiri, Burhale, Uvira, Sange, etc .. sont d'autres localités
qui évoquent dans la mémoire collective les actes abominables
teintés de barbarie dont ont été victimes nos populations
dans le Sud-Kivu, pour ne pas parler d'autres provinces.
Ainsi, pour comprendre la dynamique de cette violence apparemment gratuite
mais qui a des fondements dans le soubassement même du
mouvement qui est à l'origine de cette guerre, nous nous livrons ici
à une analyse qui épingle les enjeux au sein du Rassemblement Congolais
pour la Démocratie.
Le RCD: un ensemble composite et hétéroclite
Et l'on ne peut mieux cerner les tensions internes qu'en parlant des
animateurs qui sont à la tête de ce mouvement insurrectionnel avant
d'arriver à les catégoriser selon leurs tendances. En nous basant sur le
dernier discours prononcé par Wamba Dia Wamba à l'occasion de fin de
l'année 1998, il ressort qu'il fait preuve d'une franchise et d'une
honnêteté rare chez les politiciens africains. Malheureusement, son
honnêteté ne reflète pas l'essence même du RCD qui, comme d'aucuns l'ont
souligné ce dernier temps, est un ensemble hétéroclite formé pour le besoin
de la cause à la hâte par les rwandais qui voulaient faire tomber leur
ancien homme de main Kabila.
Cet ensemble comprend clairement quatre composantes dont les principales
sont antagonistes. La première est constituée autour des Mobutistes dont
les têtes de pont sont Lunda Bululu, Thambwe Mwamba et Kin Kiey Mulumba. La
deuxième est centrée sur les tutsi dit Banyamulenge regroupés autour de
Bizima Karaha et Déogratias Bugera. La troisième est formée autour de Wamba
Dia Wamba et Jacques Depelchin. La quatrième, enfin, est faite d'anciens
compagnons non tutsi de Kabila regroupés autour de Kalala Shambuyi.
Les tendances ou la coexistence de deux ailes antagonistes
Les deux premiers groupes sont essentiellement penchés vers une
militarisation de la politique, tandis que les deux dernières sont plutôt
d'essence plus politique.
Comme le fait remarquer Mahmood Mamdani dans le Mail and Guardian du 2
novembre 1998, "in this coalition, the balance of forces is clearly in
favour of those with military forces, being the pro-Rwanda Banyamulenge
group and the ex-Mobutists. These also represent the core of the militarist
tendency in the Rebellion". M. Mamdani donne à ce propos deux exemples
assez illustratifs de ce rapport des forces au sein du RCD. Le commandant
militaire "nominal" de la rébellion, Jean-Pierre Ondekane, avait déclaré
publiquement que si les militaires en arrivaient à être insatisfaits des
politiques, ils démettraient ces derniers sans ménagement; autrement dit
les militaires, et non le peuple, sont les arbitres du jeu politique,
n'hésitant pas à intervenir en politique s'il le faut. Mr Wamba
lui-même expliqua au Journal belge De Standard que l'aile politique du
RCD était à la remorque de son aile militaire par le fait même qu'elle
avait été formée après cette dernière et que son espoir était
de voir l'aile politique rattraper son retard et prévaloir sur l'aile militaire.
Il y a donc une aile militaire, voire militaro-politique qui prévaut sur
l'aile politique du RCD. Bref, il y a, pour reprendre à nouveau Mahmood
Mamdani, une militarisation de la politique au sein du RCD.
Cette militarisation est si forte qu'en fait elle rend le politique
protocolaire. Car toutes les décisions importantes du RCD tant sur le plan
militaire que politique sont prises par les militaires. Et comme, somme
toute, le commandement militaire du RCD est assuré par Mrs Kagame et
Museveni en personnes, ce sont ces derniers qui décident pour eux,
transvasant ainsi dans la partie du Congo qu'ils occupent les méthodes
militaristes qui sont appliquées au Rwanda et en Ouganda.
Etant donné que l'aile militariste prévaut au sein du RCD, et que cette
aile est essentiellement téléguidée de Kigali et Kampala, l'on est en droit
d'étendre l'autocritique de Wamba qui, d'abord, visait les mobutistes aux
militaires rwando-ougandais. En effet, divers rapports provenant du Kivu et
de la province orientale font état de la brutalité qu'exercent ces
militaires sur la population congolaise. Ces militaires que Wamba salue
par un "Vive la détermination de nos forces alliées..." font aussi régner
des "actes arbitraires, la répression et de l'injustice" que le même Wamba
dénonce de la part des mobutistes.
Eu égard à ce qui précède, l'on peut se poser deux questions suivantes :
qui prévaut ou prévaudra dans le camp militariste du RCD ? De même, qui
prévaudra dans le camp politique ? Il ne fait aucun doute que les
militaires mobutistes sont la chair a canon de l'organigramme militaire du
RCD et de ce fait ils ne peuvent aller loin sans la logistique et le
commandement que fournissent les armées rwandaise et ougandaise; le groupe
rwandophone est donc clairement gagnant dans le camp des militaristes. Il
est tout aussi clair que le groupe autour de Wamba est de loin
politiquement plus capable et plus honnête que tout autre groupe dans le
RCD; il constitue, pour l'instant du moins, l'ensemble politiquement
gagnant au RCD.
Dans le cas d'espèce, nous nous trouvons devant une situation où les
militaristes rwandophones ainsi que les amis de Wamba prévalent, ou ont un
grain au dessus des autres composantes. Ce qui nous amène à une
polarisation entre des militaristes pures et dures "banyamulenge" et des
hommes aussi intègres que Wamba et certains autres.
Qui sortira vainqueur de cette polarisation? Certainement pas Wamba, étant
donné la tendance manifeste de la militarisation de la politique observée
chez les commanditaires de la rébellion. Faut-il donc interpréter les
déclarations honnêtes de Wamba comme étant une espèce d'appel au secours?
En tout cas, force est de reconnaître que cet homme, ce qu'il a été, ses
écrits, ainsi que son discours n'ont pas de place dans un environnement tel
que celui prévalant actuellement à l'est du pays.
Envisageons des solutions
Pas n'importe les quelles, mais des solutions radicales et durables aux
préoccupations des Congolais. Bien que nous nous focalisons sur le RCD, il
est à noter que la tendance à la militarisation de la politique est aussi
clairement visible au sein du régime de Kabila. Répondant aux questions
d'un groupe de journalistes lors d'une récente interview télévisée à la
Radio Télévision Belge, Kabila s'est exclamé en affirmant qu'il ne pouvait
pas parler à l'opposition politique interne car cette dernière n'a jamais
pris les armes contre lui ! A moins de mal l'interpréter, mais nous ne le
croyons, il ressort de ses propos que seuls ceux qui s'arment peuvent se
faire respecter dans son univers politique.
Une première solution consiste, à l'instar d'une recommandation de M.
Mamdani, de démilitariser la politique. Deux alternatives se présentent
ici. La première consiste à rendre la politique plus inclusive en tenant
compte de l'opposition non armée et de la dynamique société civile
congolaise. Cette solution revient en fait à fusionner les tendances
militaristes avec les tendances non militaristes de la société congolaise
pour diluer l'impact néfaste du militarisme en politique. Cette solution
est préconisée par M. Mamdani comme "premier pas" vers une
de-militarisation de la politique au Congo: "It is this unarmed opposition,
particularly the democratic sector within it, that will be key to
de-militarising Congolese politics by making it more inclusive."
Bien que cette solution soit un objectif réaliste et ad hoc dans
l'immédiat, elle peut être dangereuse à long terme, tant les velléités de
retour en arrières seront toujours présentes au sein de l'establishment
militariste.
Une solution plus adaptée à long terme est d'envisager carrément des moyens
d'éradication du militarisme en politique. Un pas dans cette direction
serait certainement de faire de la question militaire, c'est-à-dire celle
d'une armée républicaine responsable, la priorité des priorités de toute
la société civile et des partis démocratiques. Toute négligence à ce
propos serait lourde des conséquences. Le syndrome Ndadaye est là pour nous
le rappeler. En effet, après son élection à la présidence de la république
au Burundi, Son Excellence Melchior Ndadaye a en effet négligé d'accorder
une priorité à la question de l'armée qu'il a laissé aux mains des
militaristes. Ceux-ci n'ont pas hésité à profiter de cette négligence pour
faire faire au Burundi le saut en arrière que l'on connaît.
La deuxième solution prospectée ci-dessus a le défaut de ne certainement
pas être populaire au sein des militaristes qui peuvent à tout moment en
empêcher l'exécution.
Une troisième solution est d'envisager consciemment de donner une fois pour
toute une réponse définitive à la question de la nationalité de tutsi
congolais. Cette question est très complexe, comme le montre M. Mamdani
dans son essai "When does a settler become a native?" (Mail and Guardian,
26 mai 1998). Etant donné la nature délicate et émotionnelle, et, surtout,
étant donné le danger que la question fait peser sur l'intégrité et la
stabilité du Congo, cette problématique mérite un espace à part ainsi qu'un
approfondissement conséquent. Vu que certains cercles proches des pouvoirs
dans les états voisins du Congo profitent aussi de cette question pour
envahir le Pays et faire main basse sur ses richesses, il serait nécessaire
de revenir aussi sur la question des rapports entre le Congo et ses
voisins.
---- La rédaction
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