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Le modèle ougandais : mythe et réalité. Autopsie d'une autocratie qui se mobutise





L'Ouganda a souvent été présenté comme modèle de réussite économique et de stabilité politique par ceux qui veulent imposer au Congo un leadership venu de l'extérieur. Il convient de se demander si ce pays tel qu'il est façonné aujourd'hui par le Président Yoweri Museveni pourrait, effectivement, nous servir de modèle.

Pour y répondre, nous nous sommes adonnés à une lecture appliquée des éditoriaux de quelqu'un que d'aucuns considèrent comme l'un des meilleurs journalistes ougandais, en l'occurrence Charles Onyango-Obbo, distingué éditorialiste du grand journal The Monitor de Kampala.

Nous pouvons considérer Charles Onyango-Obbo comme l'équivalent ougandais du très regretté Léon Mukanda, fondateur du journal kinois Umoja.

De la lecture de ses éditoriaux, il se dégage une image politique bien peu reluisante de l'Ouganda de Museveni que nous vous présentons. Elle est, à notre avis, très peu recommandable pour le Congo.

Au début était la NRA

Le 11 Avril 1979, le dictateur Idi Amin était renversé par une invasion de l'armée Tanzanienne qui porta au pouvoir le Front National de Libération de l'Ouganda (UNLF).

L'UNLF connut une valse de gouvernements dont la durée de vie fut très courte. Le premier leader de l'UNLF, Professeur Yussuf Lule, fut forcé de quitter le pouvoir le 20 Juin 1979 pour être remplacé par Godfrey Binaisa. Ce dernier n'eut point, lui aussi, à exercer longtemps ses charges présidentielles car, il fut renversé une année plus tard en mai 1980.

La chute rapide de ces deux premiers présidents de l'époque post-Amin est essentiellement due au fait qu'aucun des deux n'était à la tête d'une branche armée. Ils n'étaient point des seigneurs de la guerre. Seule l'armée tanzanienne d'occupation faisait et défaisaient les présidents à cette époque comme bon lui semblait. Les puissantes organisations ougandaises qui, seules, pouvaient articuler un discours politique à cette époque, étaient les groupes armés du Congrès du Peuple Ougandais (UPC) de Paul Mwanga alliés aux forces ethniques Kikoosi Malum de Oyite Ojok et Tito Okello, le Front National du Salut (FRONASA) de Yoweri Museveni et le groupe pan-ethnique du Mouvement Sauve-l'Ouganda (SUM).

En fait, Binaisa était en quelque sorte, une oeuvre de Yoweri Museveni qui l'a tiré de l'obscurité et l'a fait président. Ce qu'il ne l'a pas empêché de le défenestrer lorsqu'il tenta de le déplacer du poste de ministre de la défense à celui, sans grands enjeux, de la coopération régionale.

Charles Onyango-Obbo décrit la période de Lule et Binaisa comme étant "an unprecedented period of press freedom" depuis le coup d'état constitutionnel de Milton Obote en 1966. A ses dires "the interim Parliament then, the National Consultative Council (NCC) had powers which are comparable only to that of the US Congress. They routinely used to throw out budgets, hold up contracts and the president's appointments." (The Monitor, April 16, 1997) Et C. Onyango-Obbo de poursuivre: "It was a standard no politicians who followed after Binaisa wanted to be held to, or to let people know existed."

Parmi ces politiciens, figurent en bonne place bien sûr Yoweri Museveni. Lorsqu'à la chute de Binaisa, Obote revint au pouvoir, il adopta un comportement qui occultait complètement la contribution du FRONASA de Museveni ainsi que celle du SUM aux côtés des tanzaniens pour abattre le régime de Idi Amin. Il instaura par exemple une journée anniversaire de son retour d'exil en Tanzanie. Le comportement d'Obote frustra énormément Museveni lequel, sous la bannière de l'Armée Nationale de Résistance (NRA) initia en 1980 une guérilla contre le gouvernement en place. Et, c'est en tant qu'un autre seigneur de la guerre, qu'il parvint au pouvoir en Janvier 1986.

Bien que Milton Obote ait été un autocrate qui a régi son pays de manière brutale, corrompue et "ethnisante", et qu'à cause de cela, il subit le coup de force de Museveni, accueilli avec soulagement par une partie de la population, le même Museveni, très habilement, mettra en place une autocratie encore plus pernicieuse au point de s'attirer les sympathies des bailleurs de fonds occidentaux. C'est cette évolution du régime de Museveni que nous voulons retracer brièvement.

Évolution vers le parti-etat

L'Armee Nationale de Résistance, devenue entre-temps Mouvement Nationale de Résistance (RNM), perpétue une tradition déjà observée chez l'UPC de Milton Obote dans les années soixante. En effet, de même l'UPC vint au pouvoir en se présentant comme un "mouvement" incorporant plusieurs tendances en son sein, mais se mua peu a peu en un bloc monolithique, de même aussi le RNM de Museveni est devenu un bloc monolithique (Charles Onyango-Obbo, The Monitor, October 28, 1997). Toute tentative pour démocratiser ce mouvement soit de l'intérieur soit de l'extérieur a lamentablement échoué.

Onyango-Obbo décrit ce monolithisme en des termes peu équivoques: "The Movement has become "pure". It is no longer multi-ideological (with hard-line, moderate, and radical-reformist factions) and it is no longer pluralist (i.e accommodating the DP, UPC, CP parties). Being a moderate in the NRM today is risky. You will be "accused" of being a "multi-partyist" or rebel sympathiser. By this gimmick, all ideological arguments inside NRM have largely been killed." En d'autre termes le RNM a tué le multipartisme et s'est mu en parti unique, pire encore, en parti-état.

Que le RNM soit devenu un parti-état avec tous ses attributs cela se voit aux caractéristiques suivantes: culte de la personne de Museveni, cercles concentriques et pyramidaux du pouvoir du président, manipulation ethnique à des fins de pouvoir personnel, etc..

Museveni a peu à peu organisé son mouvement parti-état selon le modèle décrie par Mahmoud Mamdani de l'état post-colonial mal rénové fonctionnant comme un conglomérat de "bantoustans" (Voir The Guardian and Mail, 2 Novembre 1998). En effet, alors même qu'il hait le multipartisme comme étant le moyen par lequel le tribalisme ferait sa rentrée en force en Ouganda, le RNM est en fait organisé sur une base ethnique en appliquant la formule de quotas. Par exemple, les ministres, les hauts cadres de l'économie étatique, ainsi que les parlementaires sont fournis en fonction de quotas ethniques. Seul le RNM règne au dessus de tout ce jeu a formule ethnique en choisissant bien sûr, dans chaque ethnie, ceux qui sont dans les bonnes grâces de Museveni. Le RNM est devenu, comme le dit si bien Onyango-Obbo, un "multi-tribalisme".

La génération Museveni

L'on est en droit de se demander où sont passés les hommes qui - à juste titre, pour le reste du monde et pour beaucoup d'ougandais, mais certainement pas pour la plupart d'entre eux - ont fait tomber le régime corrompu de Milton Obote? Voici la réponse: "The story that these men and women have eaten their revolution is old. While their struggle in the bush has its fair share of heroic episodes, their journey since they took power is one of this country's most remarkable rags-to-riches tales. Through a combination of hard work, influence peddling, and outright corruption, they have become a distinctly wealthy club; "The 1986 Millionaires"."

A ces glorieux messieurs et dames de la lutte contre le régime Obote, aujourd'hui assemblés dans le dit club de millionnaires, se sont ajoutés d'autres éléments, généralement plus jeunes, qui se sont enrichis à l'occasion de la libéralisation de l'économie initiée par Museveni. Tous ensemble, ce beau monde forme ce que Onyango-Obbo appelle "la génération Museveni".

La génération Museveni se reconnaît par un certain nombre d'attributs bien propres à tant de régimes corrompus que nous avons connu en Afrique: Elle conduit des voitures de luxes, de préférence climatisées; elle se passe des soirées au Rotary Club; elle représente les compagnies étrangères de la place; elle porte des chaussures de marque, en peau de crocodile; elle se prélasse dans les hôtels 5 étoiles du coin; ses membres a accès au téléphone mobile; elle prend des vacances régulièrement, de préférence en Afrique du Sud; enfin, surtout, elle a des relations dans les milieux du pouvoir.

Ces attributs ne nous rappellent-ils pas ceux connus sous le ciel congolais sous feu Maréchal Mobutu Sese Seko? Nous autres Congolais ne voulons certainement pas d'un régime politique avec de tels attributs. Nous reviendrons sûrement sur le "Wild East" orchestré par les officiers ougandais à l'est du Congo; un "Wild East" qui rappele les rapts des généraux commerçants de Mobutu.


---- La rédaction


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