UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL




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17 mai 1999  17 mai 199 :
deux ans de pouvoir, deux ans de cul de sac institutionnel

Le lundi 17 mai 1999 marque la 2ième année de la prise de pouvoir par l'AFDL(substituée aujourd'hui par les C.P.P.) de l'autoproclamé président de la république, Monsieur Laurent Désiré Kabila. Des manifestations sont organisées un peu partout pour commémorer cette date anniversaire. Comme à l'ancien temps du régime dictatorial de Mobutu, les gens s'y rendront plus par contrainte que par conviction. La mobilisation qui précède cet événement, que cela soit dans la manière ou dans le ton utilisé, ressemble en tout et pour tout aux mobilisations style M.P.R. Il ne serait pas fâcheux de tracer un parallélisme entre le fameux slogan du M.P.R. "olinga olinga te", scandé dans le temps à longueur des journées jusqu'à la paranoïa avec les méthodes en usage utilisées par les autorités à l'égard des membres de comités du pouvoir populaire.

Si telles sont les prémisses qui prévalent au lendemain de cette date fatidique, le peuple congolais a toutes les raisons de ce monde pour s'inquiéter vivement. Au demeurant, les deux années qui ont caractérisé le pouvoir de Kabila ont été, en dépit des intentions affichées, catastrophiques. Au lieu de s'améliorer, ou du moins, au lieu de jeter les bases d'une croissance soutenue pour sortir les pays du cercle infernal de la misère et du sous développement endémique, la situation générale de la population n'a fait que régresser. Dans le sillage de cette décroissance, tous les indicateurs socio-économiques sont au rouge et le pays sombre misérablement au bord du gouffre suite aux conséquences et aux coûts très élevés qu'impose la guerre de rébellion en cours.

Raisonnablement, suite à cette situation belliqueuse qui entraîne une partition de fait du pays en deux blocs, on n'aurait dû pas s'aventurer à commémorer, avec faste, cette date anniversaire. L'occasion aurait pu servir, tout le moins, à tout le monde de méditer, à la lumière des résultats palpables, chaotiques, que nous avons tous devant nos yeux, sur le cheminement entrepris jusqu'ici par les autorités de l'AFDL.

Le verdict, pour tout homme doté d'un bon sens de jugement, est sans appel. Kabila a lamentablement échoué. Sa gestion politique a conduit le pays au chaos en approfondissant le déchirement de son tissu social. De ce fait, il devrait, au lieu d'éluder le problème, assumer toutes ses responsabilités devant la nation entière. L'heure des faux fuyants est révolue. Il faudra remettre la pendule à l'heure pour sauver le pays du marasme dans lequel la prolongation de cette guerre est en train de le plonger chaque jour davantage. Vouloir s'y astreindre en alléguant les circonstances atténuantes ou en voulant à tout prix faire croire que les choses marchent mieux quand, manifestement, le pays est en proie à une balkanisation, c'est faire montre d'une malhonnêteté flagrante et d'un sens de jugement erroné. C'est aussi une façon de se moquer impudiquement du peuple congolais.

Le "Mzee" pour ne s'être pas plié à la sagesse dont il se réclame pourtant a fini par payer un lourd tribut à sa ligne politique. Plus grave encore, par son entêtement et par ses graves erreurs, il a entraîné tout le pays dans le crépuscule. Or, la sagesse de nos aïeux était affermie, lors des palabres, par une pratique courante de démocratie directe. La consultation avec les autres "Mbuta", dignitaires du village se faisait davantage sur la place publique que dans les couloirs du pouvoir. Elle était dans son essence inclusive et devenait même impérative lors qu'il fallait faire front commun devant les difficultés menaçant la vie de la collectivité.

Ce qui est tout le contraire du "Mzee" Kabila qui avait choisi dès le départ de faire cavalier seul, trouvant toute sorte des prétextes pour minimiser et banaliser l'apport des autres dans ce qui se préfigurait comme une "victoire face à la dictature". Pire encore, ce que les autres avaient entrepris avant lui ne comptait pas du tout, s'estimant être le seul à détenir le monopole de la vérité.

Malgré les nombreuses tentatives entreprises pour le ramener à la raison, le "Mzee", enfermé dans sa coquille d'or, ne se souciait d'autres choses que de consolider son pouvoir conquis grâce à l'apport militaire des pays voisins.

Certaines personnes s'indignèrent et s'insurgèrent contre la présence de ses "étrangers" aux postes stratégiques de l'Etat. Mais, c'était comme si on parlait à un sourd qui ne voulait pas du tout entendre. Sa réaction fut celle de les incarcérer pour atteinte à la sûreté de l'Etat !

Il aurait fallu d'abord une fronde interne des composantes de l'AFDL dégénérée très rapidement en une rébellion armée contre son pouvoir, pour que le sens de l'autoproclamé président de la république s'éveille pour voir finalement le danger en face. Très tard pour le pays et pour l'homme du 17 mai 1997. L'engrenage de la mort et du pillage systématique de nos richesses était déclenché. Il ne restait plus au peuple congolais qu'à s'y abreuver malgré lui, ignorant momentanément son désir ardent de vivre en paix et son souhait naturel de connaître un essor économique favorable où chaque fille et chaque fils de ce pays y trouvera son compte.

Ainsi, toute la collectivité nationale paye aujourd'hui, au prix du sang et de la spoliation de nos richesses, les bavures monumentales d'un gouvernement irresponsable. L'intérêt du pays a été purement et simplement escamoté par Kabila et son entourage l'ayant carrément placé en deçà des préoccupations institutionnelles afin de sauver in primis leurs intérêts personnels. Comme si cela ne suffisait pas, il fallait nous ramener aux stratagèmes de Mobutu en utilisant un nationalisme délirant et déphasé pour embarquer un plus grand nombre de gens qui sont encore, malgré les dures leçons de l'ère "wazabanguienne", engloutis dans l'obscurantisme et aveuglés par des jeux d'artifices des apprentis sorciers qui n'ont aucun effet durable ni impact considérable sur leurs vies.

Deux ans de pouvoir kabiliste, deux ans de chaos. Telle est la pilule amère que le peuple congolais doit avaler. Après la célébration du deuxième anniversaire de la "libération", dans l'autre partie du pays sous contrôle du RCD de Ernest Wamba dia Wamba, on célébrera bientôt le premier anniversaire d'une autre "libération" du joug du dictateur Kabila. Ironie du sort, certains des acteurs politiques qui accusent aujourd'hui Kabila d'une dérive dictatoriale de son pouvoir, étaient hier, ses fervents défenseurs contre les critiques fondées de l'UDPS et de l'opposition démocratique dans son ensemble.

Au terme de deux ans d'exercice du pouvoir par Kabila le tableau qui s'en dégage est sombre, lugubre et très triste. Les bribes d'effort déployées pour la reconstruction du pays ont été anéanties par le tâtonnement et par les mauvais choix en matière de gestion de la chose publique qui ont caractérisé les actes du "gouvernement de salut public".

L'illustration typique de cette défaillance nous est donnée par les tergiversations qui ont accompagné la mise sur pied des négociations entre le "pouvoir" et les autres acteurs de la vie politique. Le Débat national, au-delà de la dénomination, ne décolle pas à cause du manque de pragmatisme de la part du pouvoir de Kinshasa. Kabila qui s'obstinait à vouloir imposer un schéma sans la participation des autres, ne se rendait pas compte qu'il allait droit vers un échec. En ne voulant pas dialoguer directement avec les soi-disant rebelles, et refusant ipso facto le plan de Paix de Tshisekedi sans tenir en considération de ses mérites, il s'enfonçait consciemment dans un cul de sac institutionnel.

Après bien de temps perdu, après avoir sacrifié sur l'autel de son pouvoir des nombreuses vies humaines et dilapidé une grande fortune dans une guerre sans lendemain car n'ayant pas d'armée digne de ce nom, il a été obligé par les faits, après les inutiles atermoiements, de suivre les indications émises bien avant par des personnes clairvoyantes et dotées du sens de responsabilité. Les accords de Syrte en Libye sous les auspices de Khadafi ne sont-ils pas intervenus tard ? Les dits accords confirment au moins une chose : l'option de la guerre à outrance jusqu'à la victoire finale a lamentablement échoué.

Maintenant que les deux ans de pouvoir sans partage sont consommés, maintenant que la transition exigée est à terme, le peuple congolais a le droit légitime de s'attendre rapidement à une autre solution. C'est le moment ou jamais où Kabila et les autres acteurs politiques doivent se mettre ensemble pour dénouer cette crise institutionnelle qui n'a fait que trop durer. Les armes doivent se taire pour laisser la place aux négociations. Celles-ci sont, à notre avis, les seules instruments capables de décrisper le conflit en cours et de jeter la base pour l'organisation des élections libres et démocratiques et pour l'avènement d'un Etat de droit au Congo.

Au peuple congolais de se réveiller et de soutenir les partis et les hommes qui luttent vraiment pour l'intérêt du peuple et pour la construction d'un Congo meilleur, porteur de paix et de prospérité dans toute la région des grands lacs africains.

La rédaction



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