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[Page principale] [Home page] L'accord de paix de LusakaIl aura fallu 11 mois et une semaine, jour pour jour, depuis le déclenchement des hostilités le 2 août 1998, entre la faction dissidente de l'AFDL qui s'est par après identifiée sous l'appellation de Rassemblement Congolais pour la Démocratie (R.C.D.) et les forces dites loyalistes qui défendent le gouvernement autoproclamé de M. Kabila, pour que les deux parties belligérantes et leurs alliés puissent s'accorder sur ce qui passera à l'histoire sous le nom d' «Accord de paix de Lusaka». Onze mois disions-nous d'affrontement et de déchirement. Onze mois de prédation et de spoliation des richesses du pays. Onze mois de nette régression et de résurgence des esprits dictés par le bas instinct de séparation, de discrimination ethnique et raciale. Bref, une période sombre dans les annales de notre histoire et de toute la région des Grands Lacs Africains. Il fallait bien que les belligérants arrivent le plus rapidement possible à cet accord. Car, les risques d'une partition de fait du pays étaient bien en l'air et plusieurs forces obscures, en dépit de la volonté de notre peuple et de notre parti l'UDPS de maintenir à jamais les frontières de notre pays dans ses limites héritées de la convention de Berlin de 1885 ou encore, dans celles fixées par la Déclaration de Bruxelles de 1884, oeuvraient indirectement dans cette direction. Nous avions à plusieurs reprises, dans nos éditoriaux et dans nos prises de position, démontré que la guerre qui était imposée au peuple congolais était dans son essence et dans ses effets, une guerre inutile et dispendieuse pour l'économie du pays. Nous avions à plusieurs reprises déploré le manque d'attention et de considération accordée à nos points de vue et à nos initiatives pour arriver au bout de cette guerre. Si les principaux protagonistes de cette hécatombe du peuple congolais avaient prêté écoute à la démarche exprimée par l'UDPS dès le début de ce conflit armé, nous aurions dû nous en sortir très rapidement et à moindre frais, sans trop compromettre les bases économiques de notre pays ni jeter un surplus de mort et de désolation dans nombreuses familles mutilées et éprouvées atrocement par la poursuite de cet affrontement armé. Dès l'aube du déclenchement de ces hostilités, l'UDPS par le truchement de son Président National, Étienne Tshisekedi, sétait vite prononcée pour une solution pacifiée du conflit. Dictés par la raison et par le sens pratique, nos dirigeants, exprimant la ligne du parti et interprétant la volonté populaire, étaient contre le prolongement inutile et insensé des souffrances du peuple congolais. Nulle personne n'est sensée ignorer le lourd fardeau que le peuple congolais a porté depuis l'indépendance jusquà ce jour. Meurtri et consumé par des actes des politiciens sans conscience et sans souci évident de mettre au premier plan leurs préoccupations et leurs intérêts réels, le peuple congolais a toujours été marginalisé, étouffé et à la rigueur, manipulé par les hommes au pouvoir. Le populisme et le nationalisme primaire semblent être des recettes privilégiées par une certaine classe politique pour masquer au grand jour leur jeu mesquin au détriment du souverain premier. La démagogie, exercice trop facile et à la portée de tous est une chose, tandis que, le réalisme conjugué à la rigueur de son propre jugement et de ses actions en est une autre, à notre avis, beaucoup plus responsable et digne d'un gouvernant. Que l'on se rappelle seulement les différentes positions prises par les uns et les autres pour se rendre compte, avec le recul du temps, celles qui se rapprochent, tout le moins, aux solutions auxquelles se basent l'accord de paix de Lusaka signé par les chefs d'Etat de six pays suivants: le Zimbabwe, le Rwanda, l'Ouganda, l'Angola (représenté par son ministre de la défense), la République Démocratique du Congo et la Namibie, impliqués dans cette guerre le samedi 10 juillet et qui n'a pas été signé - mauvais présage par la délégation du RCD d'Émile Ilunga suite au conflit de leadership qui les oppose à la faction dissidente de Wamba dia Wamba, qui a élu domicile à Kisangani et qui voulait à tout prix contresigner l'accord au nom de l'ensemble du mouvement rebelle. Aujourdhui, n'est-ce pas que ceux qui se vantaient d'avoir une force pour «écraser l'ennemi» et pour porter la guerre jusque dans le camp adverse se sont pliés face à l'impossibilité de réaliser leur rêve. Les deux camps n'ont-ils pas aussi appris à leurs dépens que l'histoire ne pouvait se répéter sous la même forme et sous les mêmes circonstances ! Le projet des rebelles d'une guerre éclair a vite échoué devant la détermination du peuple à ne pas se «vendre» au premier venu et devant la coalition pro-gouvernementale qui ne pouvait accepter le diktat ougando-rwandais de s'ingérer sans limite dans les affaires intérieures d'autres nations souveraines. Après l'accord du cessez-le-feu, à ce point, seulement partiel, il reste à gérer la période difficile de l'application scrupuleuse de toutes les recommandations émanant dudit règlement. La tâche n'est certes pas facile mais, il est à croire que toutes les parties concernées s'y attelleront pour consacrer la réussite des résolutions de Lusaka. De notre côté, nous ne cesserons de veiller à ce qu'il n'y ait plus aucun dérapage. Nous stigmatiserons à la première occasion toute velléité belliciste tendant à faire retomber le pays dans le chaos et dans la misère. L'UDPS qui a toujours prôné la concertation en vue de parvenir à une transition démocratique au pays se déploiera énergiquement pour que le dialogue inter-congolais qui sera une des étapes capitales de ces accords de paix puisse porter ses fruits. L'UDPS pèsera de tout son poids, en parfaite convergence avec les forces de l'opposition démocratique, pour qu'un échéancier strict soit mis en place afin de gérer la période transitoire devant amener à la tenue des élections libres et démocratiques. Cependant, les écueils sont encore nombreux sur la route d'une paix véritable. Le refus du RCD, faction Goma, d'apposer sa signature concomitamment à celle du RCD, faction Kisangani, et sa détermination de poursuivre la guerre, puisque nétant pas impliqué par cet accord, illustre à suffisance la fragilité de cet accord et son caractère précaire. En fait, la paix réelle et durable ne doit pas seulement se baser sur un protocole d'accords signé en présence des observateurs illustres. Plus que autre, elle est une question émanant de la volonté collective de vivre en harmonie avec soi-même et avec les autres. Sa réalisation concrète et permanente qui a des implications dans toutes les sphères de la vie sociale ne peut être a priori une question concernant seulement un individu ou un groupe d'intérêt particulier. Par dessus tout, le politique est appelé à y imprimer son cachet pour qu'elle réussisse et se matérialise dans la vie quotidienne. C'est par la façon dont les acteurs politiques sauront échafauder leurs rapports avec leurs vis-à-vis, c'est par la façon dont la collectivité ou les législations qui les sous-tendent sauront résoudre des épineux problèmes de convivialité entre les forces au pouvoir et celles à l'opposition, entre les groupes majoritaires et minoritaires, entre les exclus aux règnes du pouvoir et ceux qui en détiennent le monopole, qu'il sera finalement possible de construire une paix réelle et durable pour nos pays. Le défi est lancé. Nous de l'UDPS et les forces démocratiques non armées, nous nous plaçons et nous nous sommes toujours placés, par notre action et par notre engagement, du côté de la paix, de la démocratie, du peuple, de l'intégrité territoriale ainsi que de l'indépendance du Congo. C'est ainsi que nous remercions et nous saluons vivement tous ceux et toutes celles qui, de près ou de loin, se sont impliqués sans relâche pour arriver à cette solution. Les autres forces armées ou apparentées, à la lumière de cette guerre que nous espérons trouvera son dénouement avec cet accord, partiel soit-il, signé ce samedi 10 juillet à Lusaka, sauront-ils finalement retrouver la raison et se ranger du côté du sentiment populaire qui réclame à cor et à cri une paix durable et l'engagement de notre pays dans la voie de la reconstruction ? Qui d'entre tous les acteurs principaux de cette guerre en paiera la lourde facture ? Qu'adviendraient tous ceux qui ont commis des crimes abominables contre des civils et des femmes sans défense ? Ces questions et beaucoup d'autres demeurent sans réponse à l'heure actuelle. Au peuple d'observer et d'en tirer les leçons pour qu'au moment venu, il puisse accorder son suffrage à ceux qui sont supposés les défendre réellement contre les manoeuvres ourdies à l'intérieur ou à l'extérieur du pays contre leurs intérêts et leur prospérité. A bon entendeur salut !
Que vive la paix au Congo et que la sérénité, la grandeur, la force et la
prospérité qui s'en suivront puissent sétendre à tous les pays des Grands
Lacs Africains et du continent entier.
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