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[Page principale] [Home page] [Editoriaux] [Editorials] Les leçons de la chute de Suharto
Lorsque, au terme d'un règne sans partage de 32 ans
et après une insurrection populaire, le dictateur-Président
indonésien Suharto annoncait sa démision un matin de Mai
1998, nombre de Congolais ont dû presqu'inévitablement se rappeler
d'autres dictateurs-Presidents, les leurs. D'abord Mobutu qui, lui aussi,
quitta le pouvoir au terme de 32 ans de dictature
absolue à la suite d'une défiance populaire de
7 ans ainsi qu'une révolte armée de 7 mois. Ensuite, Kabila
qui, depuis seulement une année, a été incapable de
camoufler la nature totalitaire de son pouvoir.
Les lecons à tirer de la chute de Suharto sont multiples. Il y a bien
sûr des parallèles évidents entre l'Indonésie de
Suharto d'un côté et le Zaire de Mobutu de l'autre, mais aussi
entre les derniers mois du règne de Suharto et la première
année du régime totalitaire de Laurent Kabila. Cependant il y a
aussi des différences manifestes entre les deux contextes.
Commençons pas les parallèles.
Le premier parallèle est l'extrême longévité des
règnes de Suharto et Mobutu. Tous les deux ont passé 3
décennies au pouvoir, exerçant un autoritarisme intansigeant et
excessif allant jusqu'à la barbarie.
Le deuxième parallèle est la similitude des étapes
critiques des deux carrières respectives. Issu des rangs
de l'omniprésente armée dont il était le commandant de la
réserve stratégique, Suharto arrive au pouvoir à la suite
d'un coup d'état rampant entre 1965 et 1968. Par ce coup
d'état, il s'accaparait du pouvoir au détriment du
Président Sukarno, père de l'indépendance
de l'Indonésie, à l'ombre et sous la protection duquel
il a jusque là fait carrière. Commandant en chef de
l'armée en 1965, Mobutu,de son côté,
dépose le Président
Kasavubu, un des pères de l'indépendance du Congo,
auprès de qui il jouissait jusque là de la confiance totale.
L'extrême brutalité de ces 2 tyrans constitue le troisième
parallèle qui les rapproche. Suharto n'a jamais hésité
à écraser dans le sang toute veleité de contestation;
voire de simple expression d'opinion contraire à la
sienne propre. Jugeons en: En 1965, plus de 500.000
communistes, communistes suspectés et autres dissidents
sont assassinés pour s'être opposés au capitalisme sauvage
indonésien alors naissant; en 1974, une manifestation
estudiantine contre la présence trop massive de capitaux
étrangers dans l'économie du pays est reprimée dans le
sang; en 1975, Suharto ordonne l'invasion de l'ancienne
colonie portugaise de Timor-Est; et, enfin, en 1996,
Suharto interdit arbitrairement à Madame M. Sukarnoputri,
fille ainée de Sukarno et leader du principal parti
d'opposition de se présenter aux élections
présidentielles auxquelles il se déclare candidat unique.
La brutalité de Mobutu n'est pas moindre: au début de son
règne, il assassine froidement ses adversaires --
P. Mulele et les anciens gendarmes Katangais en sont
quelques uns des examples les plus notoires -- qui
avaient cru en son prétendu désir proclamé de
réconciliation nationale: ils sont rentrés au pays
et ils ont été executés
froidement; en 1969, il réprime dans le sang une protestation à
l'université Lovanium de Kinshasa, assassinant au passage plusieurs
centaines d'étudiants, futures cadres d'un pays qui
en avait tant besoin; à partir de 1975, il pratique
une politique interventioniste brutale et sans enjeu
pour les intérêts du Congo dans les pays limitrophes;
à partir de 1992, enfin, il empêche à Mr. E. Tshisekedi,
élu à une majorité écrasante à la
Conference Nationale Souveraine, d'accéder à ses fonctions
de premier ministre de la transition vers une république
réellement démocratique.
Les parallèles entre les derniers mois du règne de
Suharto et la première année du régime totalitaire de
Laurent Kabila sont nombreux. Mentionnons en deux.
Le premier réside dans cette manie à vouloir penser
que le problème c'est chez les autres qu'il faut le
chercher. Suharto n'a point réalisé que le problème
c'était sa personne bien anachronique en un moment où
le monde n'avait plus besoin de dinausores de son
espèce datant de la période de la guerre froide.
De même, Kabila ne réalise pas que le problème au Congo,
c'est bien sa personne, instituée référence
absolue de la vie politique nationale, à la manière
de l'époque où, au nom de l'équilibre Est-Ouest,
les grandes puissances fermaient les yeux sur les abus des dictateurs sous
leur protection. Autoproclamé président de la
république, il est au dessus de la loi et gouverne par
décrets, changeant ses gouvernements au gré des
glissements des rapports de force dans son Afdl. Cette
valse des "gouvernements" nous ramène de plein pied dans un
système où le gouvernement n'est responsable devant
personne, si ce n'est devant la personne de celui qui s'est
auto-proclamé Président.
Le deuxième parallèle entre Suharto et Kabila est le fait
que, contrairement aux effets escompté par eux, leur
intransigence de potentat a nourri la volonté de libértés
démocratiques de la population. Suharto a été
emporté par cette volonté; il est presque certain que, au vu
du désir d'espace démocratique animant la population congolaise
depuis la Conférence Nationale Souveraine, Kabila tombera
comme un fruit mûr.
Passons aux différences.
Bien que s'étant tous les deux scandaleusement enrichis
durant leurs règnes respectifs, Suharto a modernisé
l'économie de son pays et l'a poussée vers des taux de
croissance extraordinaires durant les années
quatre-vingts. En revanche Mobutu a ruiné l'économie du
Congo et l'a fait se dégringoler vers des abîmes
insondables de décroissance.
Suharto a su tirer les conséquences de la grogne
populaire de la fin de son règne ainsi que de la fin de la
guerre froide en démissionant afin de limiter les
dégats pour son oligarchie. Mobutu,quant à lui, s'est
entêtéjusqu'à l'opprobre pour lui-même
et les siens. Malheureusement, c'est ce même chemin que Laurent
Kabila a choisi de suivre: Il s'entête à ne pas voir
la grogne populaire ambiante et à ne pas vouloir limiter les
dégats pour son auréole de "liberateur", si auréole
il y avait, ainsi que pour la tranquilité future de ses parrains
d'Afrique orientale.
Une dernière différence à mentionner: Le peuple
indonésien en a eu assez de Suharto, il s'est faché et
a décidé de le chasser du pouvoir, quoiqu'il en coute.
Notre peuple en a eu assez de Mobutu mais il ne s'est pas assez faché
avec lui. Aujourd'hui il en a assez de son émule Kabila;
jusqu'à quand attendra-t-il pour rugir tel un volcan
en erruption, de se facher et de jetter ce despot dehors ?
Une donnée est en tout cas très claire et Mr. Kabila ferait
mieux de la voir: Le temps des dictateurs-Présidents
a touché à sa fin au Congo depuis le début
des années quatre-vingt-dix; faut-il vraiment le rappeler ?
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