UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL




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République démocratique du Congo

 

Bientôt le dialogue intercongolais s'ébranle à Gaborone, capitale du Botswana (un pays étranger !) sous la houlette magique du facilitateur (complicateur) Ketumile « Kett » Masire. Manifestement désabusés par des actes irresponsables et ignominieux d'un pan de la classe politique, les Congolais de tous bords attendent énormément de cette grand-messe commanditée par la communauté internationale qui souffle dorénavant le chaud et le froid pour ce qui est de la situation dramatique dans l'ex-Zaïre. Va-t-il accoucher d'une souris ?

 

Le Martyr de la démocratie

 

‘‘Une dictature est en train de s'installer dans ce pays. Je vous demande de résister avec la dernière des énergies''. Étienne Tshisekedi wa Mulumba, leader charismatique de l'UDPS et chef de file de l'opposition démocratique, Kinshasa-Limete, le 23 mai 1997.

 

 

Par Joël Lévy

 

Dans le contexte des États vitrifiés par une dictature, très souvent militaire, au service exclusif des intérêts extérieurs, la démocratie africaine est en réalité une stratégie destinée à défaire le néocolonialisme en tant que filiation, prolongement du régime colonial. C'est une opération politique et idéologique dont l'objectif primordial est de recouvrer l'indépendance nationale du pays par la mise en place d'un système qui rend parfaitement la souveraineté au peuple pour que celui-ci ne soit plus réduit à la servitude. Cette démarche est profondément au coeur de l'entreprise politique de Dr Étienne Tshisekedi wa Mulumba et de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

 

Fondée substantiellement sur les droits de la personne humaine et les droits des peuples à prendre en charge leur destin propre (à disposer d'eux-mêmes), cette idéologie trouve naturellement sa consécration matérielle lors de la Conférence nationale souveraine (CNS) de 1992. En effet, l'édifice constitutionnel qui en est issu, s'articule autour du multipartisme et de la démocratie parlementaire. Ce qui donne au peuple la possibilité de choisir librement ses représentants légitimes. Il s'articule également autour de la typologie fédérale de l'État.

 

Légitimité du pouvoir, régime multipartite et système parlementaire

 

Pour le leader incontesté de l'UDPS Étienne Tshisekedi dont le combat politique remonte en réalité dans les années 1968-69 (période du durcissement du régime militaire mobutiste caractérisé par des exécutions politiques et le lynchage des étudiants au Campus universitaire de Lovanium à Kinshasa), la démocratie en qualité de système politique signifie pertinemment la liberté. Celle-ci implique le choix par les citoyens des représentants qui incarnent profondément leurs aspirations. Elle représente le choix éclairé de l'idéologie porteuse de leurs attentes sans pression ou pesanteur de l'État. Cette liberté ne peut s'exercer que dans un cadre plural. Ce choix ne peut s'opérer que dans un univers politique ouvert où la concurrence est de mise. En d'autres termes, le régime multipartite en tant que support du système démocratique concourt, selon Dr Étienne Tshisekedi, au suffrage universel et par voie de conséquence à l'expression de la volonté populaire. Ce dernier l'interprète comme une assurance et un processus de légitimation des acteurs politiques, comme une garantie de l'accomplissement des vœux du peuple par le biais de ses représentants dûment élus.

 

Pour Tshisekedi, un élu ne l'est politiquement que dans la seule perspective de la satisfaction des demandes populaires. En d'autres termes, un élu est d'abord et avant tout un serviteur du peuple. Ce dernier n'est pas désigné par ses pairs citoyens pour défendre les intérêts corporatifs nationaux ou étrangers comme ce fut le cas sous le néocolonialisme mobutien voire sous le régime pseudo-nationaliste de Kinshasa coopté pendant "l'épopée de la guerre de libération nationale de 1996-1997" par la fine fleur de la communauté financière et minière internationale. Par conséquent, l'on ne doit pas perdre de vue que feu le guérillero marxiste et maoïste Mzee Laurent-Désiré Kabila parrainé par des puissances extérieures a renversé moins le régime évanescent du Maréchal-despote Mobutu Sese Seko du Zaïre que la démocratie congolaise sustentée par les instruments de la CNS.

 

Force est de constater que les résolutions et dispositions constitutionnelles émises dans cette institution au coeur de la vie politique étaient, pour avoir solennellement réaffirmé le nationalisme congolais fondé sur la loi Bakajika de 1961, totalement incompatibles avec le statut d'un maquisard révolutionnaire à la solde de puissants intérêts financiers et miniers. Dans le cadre des agencements internationaux (la mondialisation des marchés), le rebelle affairiste Kabila est simplement perçu par les tenants de l'ordre mondial, et ce au même titre que son sinistre prédécesseur, comme un simple geôlier du peuple congolais, un surveillant des intérêts stratégiques de l'oligarchie financière et minière. C'est pour défaut d'engagements auprès de ses parrains et alliés qu'une guerre fatale au pays lui est malheureusement imposée le 2 août 1998.

 

C'est pour cette raison fondamentale que Dr Étienne Tshisekedi se bat corps et âme pour l'avènement d'une véritable démocratie qui soit la manifestation de la volonté du peuple congolais. Ce personnage politique se bat aujourd'hui pour l'avènement d'un paysage démocratique incarné par des élus qui sont vraiment moins des pantins des États ou intérêts étrangers que des commis de la nation. C'est cette exigence qu'il entend à tout prix faire valoir dans le cadre du dialogue intercongolais. D'autant plus que la légitimité des autorités politiques de facto de la République démocratique du Congo, procède directement, ironie de l'Histoire, non pas de la nation congolaise (puisqu'elles se targuent d'être des nationalistes) mais malheureusement de l'étranger ! Aujourd'hui, elles sont maintenues superficiellement en vie voire instrumentalisées par des forces extra-nationales. Face à ce non-sens idéologique, à cette parodie révolutionnaire, le célèbre héraut du panafricanisme et du nationalisme congolais, Patrice Emery Lumumba dont la mémoire est visiblement trahie, pratiquement déviée par des pseudo-héritiers nationalistes à Kinshasa, préférerait sans l'ombre d'un doute retourner dans sa dernière demeure, bien qu'il n'en ait jamais eu !

 

Si elle porte dans ses germes fondateurs la liberté, la démocratie se cristallise au sein du parlement. Elle s'y manifeste en tant que lieu du combat politique. Celui-ci est peuplé des commis de la nation, c'est-à-dire des représentants qui incarnent la volonté populaire. Et le rôle du parlement dans un État est d'encadrer l'action gouvernementale dont la mission est de mettre en demeure la politique de la nation, c'est-à-dire décidée par la population. Cette politique est menée par un Premier ministre responsable devant ses pairs, c'est-à-dire devant le peuple qui l'a élu, qui s'est prononcé via le suffrage universel. Ce droit de regard du parlement sur les affaires gouvernementales exprime la souveraineté de la Nation. C'est cette vision idéologique que cherchent à faire valoir Dr Étienne Tshisekedi et l'UDPS afin que la République Démocratique du Congo (RDC) recouvre sa totale liberté et son entière indépendance vis-à-vis de puissants intérêts politiques, économiques, financiers et militaires extérieurs.

 

C'est effectivement pour cette raison que la communauté internationale dont le fantasme idéologique est d'asservir le peuple congolais, ne veut point cautionner cette démarche politique et démocratique. D'autant plus que cette dernière a pour corollaire d'extraire du régime d'exploitation coloniale voire impérialiste ce pays géant d'Afrique centrale considéré à juste titre de grenier des matières premières. Ainsi, elle préfère résolument coopter une série d'acteurs politiques susceptibles de perpétuer le calvaire national. La rébellion politico-militaire au Nord et à l'Est de la RDC est-elle étrangère à cette macabre vocation ?

 

Fédéralisme, démocratie et développement

 

Portant son dévolu sur le régime fédéral, la CNS fait en 1992 le choix de la démocratie institutionnelle, d'une part. En effet, le fédéralisme permet aux différentes collectivités locales (États ou provinces) de s'auto-organiser politiquement et de choisir leurs représentants qui siégent aussi bien dans les institutions publiques fédérales que fédérées en vue de défendre leurs intérêts primordiaux. Ce système comporte en pratique cette vertu fondamentale de rendre souverain chaque pan du territoire national.

 

Et, d'autre part, en donnant la parole à la base, aux localités, le fédéralisme donne en réalité à chacun la possibilité de construire son développement, d'être maître de son propre destin politique, culturel, social et économique. De ce fait, il s'oppose catégoriquement au modèle hégémonique du centre. Il rejette d'un revers de main le mythe centralisateur, le modèle uniformisateur, qui nivelle tout par le haut. C'est ce type de fonctionnement des institutions que recherche le juriste Étienne Tshisekedi. Pour le leader charismatique de l'UDPS, l'État est dans ce nouveau régime réduit aux seules fonctions d'arbitrage et de coordonnateur. C'est lui qui fixe les règles de jeu entre les différentes entités le composant. Force est d'admettre que cette vision centralisatrice, l'uniformisation qui assure l'hégémonie de l'État central, ont montré dans les faits toutes leurs limites abjectes avec le délire mobutiste. Après 32 ans de monocratie néocolonialiste incarnée par Mobutu Sese Seko sous la bannière inique du Mouvement populaire de la révolution (MPR), le bilan de la RDC en matière de développement humain et matériel est catastrophique. Une grande majorité de la population vit sous le seuil de la pauvreté, les infrastructures du pays sont quasiment inexistantes, etc. Qui dit mieux !

 

Ainsi, pour Étienne Tshisekedi, un système démocratique qui donne la parole à la base est en réalité le gage du développement national. D'autant plus que l'essor national est librement défini par les localités elles-mêmes, et ce en fonction de leurs aspirations et non plus en fonction des desiderata des intérêts étrangers. Il importe de souligner que ceux-ci sont par essence incompatibles aux attentes de la communauté nationale. La preuve en est que les entreprises minières actuellement exploitées dans le camp gouvernemental aussi bien que dans les zones occupées par la rébellion armée et les États agresseurs ne bénéficient nullement à la population. Partant de cette considération fondamentale et dans la perspective du dialogue intercongolais qui s'amorce, le moment n'est-il pas finalement venu de mettre sur pied en RDC une vraie démocratie, c'est-à-dire un régime politique qui soit l'expression manifeste de la volonté nationale en vue de garantir le développement du pays ou le bien-être collectif ? Pour épargner des souffrances à la population, le moment n'est-il pas venu d'asseoir un régime politico-institutionnel issu du suffrage universel, incarnant les intérêts sacro-saints de la population telle que le préconise le leader de l'opposition démocratique et légaliste Étienne Tshisekedi depuis la création effective de l'UDPS en 1982 ?


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