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[Page principale] [Home page] [UDPS Belux] Conférence-Débat de M. Etienne Tshisekedi, Président National de l'UDPS, sur le thème: Comment sortir de la grave crise congolaise? (samedi 8 avril 2000 à l'auditoire sciences 10 de l'Université Catholique de Louvain)L'auditoire Sciences 10, d'une capacité de 800 personnes, était totalement rempli. 1. Mot d'introduction du Président National Bonjour mesdames, Bonjour Mesdemoiselles, Bonjour Messieurs, La première des choses que je vais vous demander, c'est que nous observions une minute de silence en mémoire de nos pères et mères ainsi que de nos frères et surs qui ont perdu leur vie dans la guerre qui frappe inutilement notre pays. Je vous demande donc d'observer une minute de silence. ... Je vous remercie. Nous venons donc de nous souvenir de tous les nôtres qui n'existent plus et qui ont été emportés par la guerre notre pays. Je souhaite que ce geste reste chez vous permanent et que vous ne puissiez jamais oublier que vous appartenez à un des plus beaux pays de l'Afrique, un des plus grands et un des plus riches où il fait beau vivre. Je souhaite que quelque soit ce que vous fassiez où que vous soyez et quelque soit le mode de vie que vous vous menez ici, n'oubliez jamais que les vôtre souffrent tous les jours et mènent une vie en dessous d'une vie humaine. Je souhaite que - parce que vous savais que mon séjour ici consiste à sensibiliser les dirigeants des de l'Union européenne sur notre sort pour qu'ils puissent doubler leurs efforts pour continuer à faire pression sur les belligérants chez nous afin que qu'ils respectent les accords de Lusaka, lesquels sont la seule issue par laquelle doit aboutir le crise congolaise - l'exemple vienne de vous, que vous bougiez et que vous fassiez comprendre à tout moment par toute sorte de manifestations qu'il faut qu'il y ait la paix au Congo et que cette paix soit le début de la solution à la crise congolaise, car cette paix que l'ONU a exigé avant d'envoyer les troupes de la paix et avant qu'il ne puisse y avoir le dialogue intercongolais. Il est étonnant d'entendre, depuis mon arrivée, les informations selon lesquelles très peu de congolais se soucient réellement de leur pays. En effet, quand une manifestation est organisée autour d'un musicien congolais, il y a énormément plus de présence que lorsqu'il s'agit de véritables problèmes aux solutions desquelles dépendent l'avenir de notre pays. Je vous encourage donc à cesser cette habitude, à vous manifester et en même temps à manifester votre maturité, car en vous occupant de la crise de votre propre pays, cela encouragera les étrangers à s'investir eux aussi. Par contre, lorsque ces derniers constatent votre indifférence à vos propres problèmes, il est difficile que les étrangers s'intéressent à notre sort. Voilà le message que je voulais vous libérer au nom des vôtres qui sont en silence chez nous et vous informez que même dans le pays le peuple commence à bouger. C'est ainsi que mon parti a programmé une ville morte le 17 mai prochain, jour anniversaire de l'autoproclamation du pouvoir de Kabila, pour montrer que trop c'est trop on ne peut plus dépasser le niveau de la misère actuelle. Après une phase que nous appelons passive, c'est-à-dire la phase de ville morte qui consiste à rester chez-soi, le peuple commencera la phase active qui consistera à entrer dans la rue pour exprimer la fin de sa colère. Et j'aimerais que la communauté du BENELUX soit, à l'étranger, l'exemple de premières manifestations de notre souci de sortie de la crise, d'avoir la paix et d'instaurer en plein cur de l'Afrique un Etat de droit démocratique où il fait bon de vivre. Maintenant, je suis à votre disposition pour que ceux qui ont des points d'éclaircissement à obtenir, sur la manière dont nous entendons résoudre la crise chez nous, puissent poser leurs questions et avoir des réponses appropriées. Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, je vous remercie. 2. Débat Longoya Jean-Marie: Je voudrais tout d'abord dire à M. Tshisekedi que je ne suis pas membre de l'UDPS, mais que je suis congolais; un des fils pour lesquels vous avez combattu et vous combattez jusqu'alors. Et c'est en tant que tel que j'aimerais vous poser une question de démarrage au niveau du bilan de votre oeuvre politique. Je me souviens que vous avez eu des contacts avec M. Nelson Mandela, que je considère personnellement comme un sage, et ce dernier a dit quelque part que lorsqu'un combattant politique de votre trempe a surplomblé des montagnes il lui arrive d'en remarquer encore tant d'autres. Donc, j'aimerai vous poser la question suivante: en tant que père d'une certaine révolution au Congo, quelles sont vos propres erreurs et comment comptez-vous y remédier? Etienne Tshisekedi: Il est difficile que j'énumère ces erreurs pour la seule et bonne raison que je ne les connais pas; ça ne veux pas dire que je suis parfait, mais dans tout ce que je fais, comme efforts, j'évite de commettre des erreurs et au contraire ce sont ceux des observateurs comme vous qui peuvent avoir l'amabilité de me rappeler ces erreurs. Donc, veuillez avoir l'amabilité de retourner au micro et de me rappeler ce que vous croyez être des erreurs. Longoya Jean-Marie: Personnellement, la première erreur que je vous ai toujours reprochée c'est cette sorte de naïveté politique. En effet, vous avez toujours pensé que sans les armes Mobutu allait être chassé, vous avez donné du temps au temps et il me semble que ce temps n'a pas servi du tout au pays. Première erreur, vous n'aviez pas écouté certains de vos militants qui disaient que Mobutu ne pourra jamais partir sans les armes. Deuxième erreur, en pleine campagne militaire de l'AFDL, alors que Kabila était déjà à Goma, vous aviez déclaré que Kabila était votre frère. En conclusion, je pense que votre action est ce que j'appellerai du romantisme politique. Etienne Tshisekedi: Si vous vous rappelez bien, nous avons commencé notre action politique par ce qu'on a appelé la lettre de 52 pages des treize parlementaires. A ce moment là, le monde était divisé, par la fameuse guerre froide, en deux: l'Est et l'Ouest. Si nous avions opté pour la violence, ça nous aurait été facile parce qu'il nous suffisait de nous adresser à l'Est pour avoir des armes et combattre Mobutu. Mais ça, c'est dans l'hypothèse où nous étions simplement intéresseé de changer de pouvoir, c'est-à-dire enlever Mobutu pour nous mettre à sa place, en d'autres termes ne rien changer du tout. Sachez que quelques temps avant que nous prenions cette grave décision de lui écrire, Mobutu s'était réuni pendant une semaine avec son bureau politique et son comité central, sur le bateau présidentiel parce qu'ils étaient conscients - malgré une certaine phraséologie - qu'ils avaient échoué sur le plan du développement du pays: rien n'allait dans le pays, le peuple était paupérisé et il n'y avait qu'un petit nombre de gens autour de Mobutu qui pouvaient se dire qu'ils avaient profités du régime. Donc, Mobutu s'était réuni avec tous les siens pour examiner la cause de l'échec qu'il ne voulait pas avouer à haute voix. A la fin de leur conclave, ils ont fait une déclaration, appelée les dix fléaux, révélant la cause de leur échec. Ceux sont ces dix fléaux qui ont alors inspiré les 13 parlementaires pour rappeler, dans leur lettre, à Mobutu qu'il avait oublié le fléau le plus important qui était Mobutu lui-même. Ce constat a été fait, en appliquant la propre constitution de Mobutu, après réflexion et interpellation de différents ministres de Mobutu. Nous avons donc conclu que ce qui était la cause de l'échec de Mobutu, c'était Mobutu lui même et que ce qui pouvait favoriser le développement du peuple congolais et son épanouissement dans tous les domaines: c'est l'instauration d'un Etat de droit démocratique. Et voilà le début de notre combat et voilà l'option que nous avons prise. Par ailleurs, je crois que si il suffisait de remplacer Mobutu qui était militaire par un autre Mobutu en civil, on aurait pu vous suivre c'est-à-dire la politique de ôtes toi que je m'y mette. Par contre, si on devait remplacer Mobutu avec son régime, appauvrissant pour notre peuple, par la démocratie - parce que nous croyons dans toutes les vertus de la démocratie - il fallait absolument choisir la voie de la non violence pour deux grandes raisons: - la démocratie est le régime par lequel le peuple a le pouvoir et il le confie périodiquement à ses représentants pour qu'ils puissent l'exercer à sa place et en même temps le peuple garde la haute main sur ce pouvoir en contrôlant, en permanence, ses dirigeants et en les sanctionnant éventuellement. Cela suppose un certain degrés de maturité politique. Donc, il fallait préparer notre peuple à avoir cette maturité politique pour pouvoir désigner des représentants valables, pouvoir les contrôler et éventuellement les sanctionner. Par conséquent, il fallait la non violence avec tous ses aléas qui sont 20 ans de lutte, de difficulté, de relégation, d'emprisonnement, de torture et de bannissement intérieur parce que c'est la souffrance qui fait mûrir un peuple et il ne fallait pas avoir peur de cela. Vous parlez de la naïveté parce que vous croyez que Mobutu devait nous donner le pouvoir sur un plateau d'argent. C'est évident que nous devions nous attendre à ce que Mobutu résiste fortement et c'est cette résistance qui a permis à notre peuple de mûrir. Comme vous le savez, Mobutu criait, à tout moment, que jusqu'à sa mort il n'y aura jamais deux partis politiques au Zaïre et vous avez vu que, le 24 avril 1990, Mobutu a dû verser des larmes pour proclamer, le contraire de ce qu'il a toujours dit, le multipartisme. Si Mobutu a tout fait pour saboter l'oeuvre construite par notre peuple à la CNS, c'est tout simplement parce que la classe politique, qui n'était encadrée que par le MPR, n'avait pas acquis de culture politique capable d'écarter réellement Mobutu: tout simplement par l'unanimité et la conviction pour qu'à partir du 24 avril 1990 un gouvernement responsable puisse prendre les choses en main. Donc, la voie que nous avons choisie c'est celle de l'endurance, de la souffrance et de l'effort. Comme maintenant nous avons encore un autre dictateur après Mobutu, je vous invite à rédoubler d'efforts, à mettre tout ce que nous pouvons dans la balance et vous verrez le résultat. D'ailleurs, un des plus proches collaborateurs de Mobutu, Ngwanda, a écrit dans son livre qu'après avoir fui la Capitale, Mobutu passait tout son temps, pendant la transition, à trancher des palabres qui étaient de la compétence des chefs coutumiers traditionnels. Cela vous démontre que c'est le produit de l'effort, des sacrifices et de la souffrance. Nous devons donc avoir le courage de continuer au lieu de laisser tomber les bras et croire que c'est de la naïveté car c'est par cette voie qu'un peuple met fin à un régime de silence et impose la liberté car comme on dit seule la lutte libère. Pour la deuxième question, vous avez dit que j'ai appelé Kabila mon frère et il s'est finalement retourné contre nous. Kabila reste toujours mon frère au jour d'aujourd'hui, mais il a été inspiré je ne sais par qui: il a peut être eu comme idole Mobutu et, maintenant qu'il a les armes, il essaie de l'imiter. N'empêche que cela ne l'a conduit nulle part. Il est arrivé à Kinshasa le 17 mai 96 et le 23 mai 96 je tenais, au nom de notre peuple silencieux et de la vrai classe politique, un conférence de presse pour dire à Kabila que nous n'accepterons jamais la légitimité issue des armes. De plus, je l'ai invité, pour résoudre la grave crise congolaise, à nous mettre autour d'une table pour convenir d'un cadre juridique consensuel qui devait régir le pays pendant la transition, avant d'organiser les élections afin que le peuple souverain puisse élire ses dirigeants pour la troisième République. Kabila a ignoré cette voie, mais le 17 mai 99, il a fait un discours dans lequel il parlait du débat national. Il est même allé plus loin en fixant en autre à l'ordre du jour le problème de la légitimité du pouvoir; ça veux dire qu'après deux ans, Kabila a pris conscience que son pouvoir n'est pas légitime. Voilà enfin que les accords de Lusaka on consacré, comme issue de la crise congolaise, le dialogue intercongolais après le cessez-le-feu. Isaac Bakuku: M. Tshisekedi, vous avez commencé votre allocution par des mots comme "je souhaite, je vous encourage" est-ce que c'est votre testament politique? Quand comptez- vous passer le flambeau? Le Congo est victime d'agresseurs, avez-vous une idée sur leurs préoccupations? Etienne Tshisekedi: Pourquoi parlez nécessairement en terme de testament et pourquoi ne pouvez vous pas percevoir mon discours comme un message! Il y a un proverbe qui dit "aides toi, le ciel t'aidera". Vous savez que notre pays est en souffrance et que je suis venu sensibiliser les décideurs belges, mais comme je vous ai à la portée de la main, vous devez comprendre que cet appel soit plutôt adressé à vous les premiers intéressés. Vous devez donc vous pencher jour et nuit pour trouver des solutions relatives à la grave crise congolaise. D'abord, tachez de vous imprégner du contenu de mon message et de vous débarrasser de petites considérations de postes et de pouvoir. Pendant les 32 ans de mobutisme, qui n'a pas eu de postes et qu'en est-il advenu? J'aimerai que vous puissiez approfondir, comme des responsables, mon message. Si testament il y a, j'aimerai laisser mon peuple dans un Etat de droit démocratique. Vous parlez d'agresseurs, il faut replacer les choses dans leur contexte. Comme je le disais tantôt, Kabila est entré à Kinshasa le 17 mai 96 et le 23 mai 96 je lui ai demandé de remercier tous nos frères africains pour leurs concours et de leur demander la facture de leur intervention pour qu'ils puissent rentrer chez eux. Kabila répondra qu'il n'y a pas d'étrangers dans l'armée coongolaise. Cependant, il faudra qu'un jour Kabila puisse nous dire le contenu des accords qu'ils ont signés. Le problème ne doit donc pas se poser en termes d'agresseurs; ce que nous savons, ce sont les agresseurs qu'ils l'ont placé là où il est. Aujourd'hui, nous en sommes aux accords de Lusaka qui doivent apporter la paix et le dialogue intercongolais. Kapumba Alphonse: Je voudrais faire remarquer que le discours de l'UDPS/BELUX est différent de celui de son Chef qui a un discours modéré. Qand je pense à l'agitation qu'il y a eu lorsque le Chef de l'Etat est venu ici en Belgique. Il aurait fallu l'accueillir avec les égards dûs à son rang. Cela dit, lorsque l'on regarde l'histoire on voit constate que des personnes comme De Gaulle, Guei, Sassou on pris le pouvoir par les armes en vue de restaurer la démocratie. Vous préconisez des marches: qu'apportent-elles? En ce qui concerne les accords de Lusaka, la logique de la guerre les rend irréalistes: comment pouvons-nous faire sortir les agresseurs de notre territoire? Etienne Tshisekedi: Concernant les accords de Lusaka, vous n'ignorez pas le temps que cela a pris pour les rédiger. Malgré le fait que je ne me suis déplacé, l'UDPS était présent comme observateur: les accords de Lusaka constituent une avancée. Jusqu'à il y a peu, Kabila refusait de signer ces accords avec des personnes qu'il ne reconnaissait pas, mais il a fini par signer. Donc, ne compliquons pas la tâche de ceux qui nous aident à la réalisation de ces accords. Notre objectif est de construire un Etat de droit démocratique comme la CNS l'a demandé. Lorsque j'avais demandé, le 23 mai 96, à Kabila l'élaboration d'un cadre juridique devant régir la transition, Kabila avait donné son accord pour échanger 4 juristes: j'ai directement désigné 4 juristes de l'opposition intérieure et nous avons attendu que Kabila face de même pour que ces juristes se mettent au travail. Malheureusement, ce n'est que quelques jours avant mon départ pour l'Afrique du Sud que Kabila avait désigné ses juristes et je peux vous dire qu'à présent nos groupes sont en contact. Je peux également vous dire que ma présence en Afrique du Sud a permis de rapprocher le point de vue du gouvernement et celui de l'opposition sud- africaine sur la question du dialogue intercongolais. En ce qui concerne votre constat sur l'apparente différence entre l'UDPS/BELUX et la Direction politique, je dirai que pour acquérir justement cette maturité politique, à l'UDPS nous souhaitons cette diversité. La Base donne des avis et considérations que la Direction suit. Nous ne sommes pas dans une structure monolithique comme celle du MPR. Cela dit, ne me faites pas dire que Kabila est un Chef d'Etat: juridiquement et légalement à mes yeux, il n'est qu'un chef de guerre. Kalonji Wani: Je suis heureux que le Premier Ministre ait dit qu'il fallait encourager tous les efforts et les soutenir. Je vous informe que je suis candidat aux élections communales d'octobre prochain à Namur. Par ailleurs, j'ai rencontré le Sénateur Philippe Mahoux et c'est sur mon conseil qu'il a rencontré M. Tshisekedi. Enfin, je voudrais également connaître votre point de vue sur la question des minorités au Congo et savoir les lignes directrices de l'UDPS. Etienne Tshisekedi: C'est votre droit de faire tout ce que vous pouvez pour votre pays. Nous ne demandons pas à être un super pays, mais nous voulons, tout simplement, être comme chez vous à Namur, c'est-à-dire dans un Etat où l'individu s'épanouit parce qu'il a occasion de développer toutes ses facultés et il a toutes les libertés fondamentales. S'agissant des problèmes des minorités, il faut respecter leur droit et leur citoyenneté, car au moment où on parle de la mondialisation - le monde est en train de devenir un village - nous n'avons pas d'autres considérations de non seulement respecter la minorité dans notre pays mais aussi d'étendre cette considération à tous les hommes pour vivre comme des frères et surs de l'humanité. Pendant qu'on parle des difficultés que nous rencontrons chez nous, n'oublions jamais que le monde est déjà à l'étape de grands ensembles et nous devons aussi avoir l'ambition de nous considérer comme citoyen du monde au lieu de nous considérer seulement citoyen du Congo. Pour les lignes directrices de mon parti, je vous renvoie à la Charte des Nations Unies pour comprendre la philosophie qui sous-tend la démarche de l'UDPS. Jean Feugang: Je vais poser des questions qui vous sembleront peut-être naïves. Je suis camerounais et je maîtrise pas très bien les paramètres de la question congolaise. Néanmoins, il y aura près de trois ans que Kabila entrait au Congo: ne peut-on dire qu'il y a trois guerres au Congo, Kabila contre les rebelles, Kabila contre les hutu et Kabila contre les pays limitrophes? Par ailleurs, vous faites appel aux congolais de l'extérieur pour qu'ils fassent des actions, mais quels types d'actions? Enfin quelle est la position de l'ONU sur le Congo? Etienne Tshisekedi: Les compatriotes doivent faire toutes sortes d'actions: ils doivent montrer aux belges qu'ils sont préoccupés par la situation du Congo. D'ailleurs, je vous annonce qu'aujourd'hui, il y a ville morte à Kinshasa, tout cela c'est pour faire pressions sur Kabila. De plus, les accords de Lusaka ne sont pas arrivés par un coup de baguette magique: il y a eu des tractations tant sur le plan interne que sur le plan externe. En ce qui concerne l'ONU, je vais m'y rendre très prochainement pour demander à ce qu'il fasse encore davantage par rapport à ce qu'ils ont déjà fait: il fallait d'abord qu'il y ait des accords et qu'il y ait des faiblesses dans l'application de ces accords pour que l'ONU fasse encore plus. J'ai également eu des contacts avec des pays africains. En Afrique du Sud, j'ai rencontré le Président Mandela, le Président Mbeki, le Ministre sud-africain des Affaires étrangères. Ici à Bruxelles, je rencontrerai le Président Chissano du Mozambique, mais c'est un problème de moyens qui fait que je n'ai pas eu beaucoup de contacts en Afrique. Vous pouvez peut être vous étonner que je n'ai pas eu beaucoup de contacts en Afrique, il ne faut pas oublier qu'en Afrique nous avons un réel problème de culture politique. Donc, nous avons beaucoup d'efforts à faire en ce qui concerne les dirigeants africains. D'ailleurs, beaucoup de ces dirigeants posent très mal le problème de leur propre pays, il est donc très difficile de résoudre le problème des autres pays. Basenga Christian: J'ai juste quelques suggestions à faire. A l'ONU, il faudra exiger des sanctions contre les agresseurs qui ont violé notre territoire. On se rappelle les cas de Irack- Kowët, Serbie-Kosovo. Ensuite, dans le dialogue intercongolais, il faudra éviter l'erreur commise par la CNS en individualisant les postes comme la Présidence et la Primature. Etienne Tshisekedi: Je le dis et je le répète: nous ne reconnaîtrons jamais chez nous une légitimité issue des armes, d'ailleurs c'est pour cela que Kabila a eu des difficultés jusqu'à ce qu'il parle du débat national. Lorsque vous parlez en termes des sanctions contre les agresseurs, cela démontre que vous n'êtes pas préoccupé par les problèmes politiques de démocratie. A Goma, Kabila avait déclaré qu'il allait s'insérer dans le processus de démocratisation initié par la CNS car le peuple aspire à la démocratie. Vous connaissez sûrement l'expression qui a cours à Kinshasa disant que le camion est le même mais seul le chauffeur a changé. Pour y a- t-il ce conflit, à mon avis c'est tout simplement la résultante de la marginalisation des collaborateurs, conséquence de l'absence de démocratie et de la tribalisation du pouvoir. Ces collaborateurs, instruis par le niveau de culture de notre peuple, ont fait appel aux anciens alliés de Kabila afin de le chasser du pouvoir. Et certains ont évoqué le problème de sécurité. Pour nous, le problème fondamental est celui de la démocratie. En ce qui concerne la CNS, vous avez le droit de la juger. Mais, je vous rappelle que la majorité des participants a reconnu la nécessité de mettre un terme à la mégestion de Mobutu. ces mêmes délégués, rappelez-vous, qu'ils étaient issus du choix des gouverneurs MPR de provinces et pourtant ils ont opté pour un changement démocratique. Donc, il fallait imaginer un système pour que le gouvernement gère le pays et que le pouvoir sensiblement diminué soit confié à Mobutu afin qu'il puisse accepter de réformer l'armée et les services de sécurité. Ce n'était pas une chose facile. S'agissant de la primature, je dirai tout simplement qu'il y avait 8 candidats et que la CNS a choisi démocratiquement celui qu'elle a jugé digne d'occuper ce poste. Lufuluabo Passy: Ma préoccupation a trait aux accords de Lusaka: qui y croit encore aujourd'hui? Chacun des belligérants les déclare caduc. Vous avez fait allusion à la culture politique, la classe politique a-t-elle atteint cette maturité? Etienne Tshisekedi: Pour les accords de Lusaka, c'est un problème de foi et moi j'y crois. Vous évoquez la question de la maturité de la classe politique, accepter que ce problème se pose également au niveau des belligérants. Souvenez-vous de la déclaration de Kabila qui se demandait avec qui il allait signer ces accords. Donc, il ne faut pas prendre au pied de la lettre toutes ces déclarations. Ma démarche a pour objectif de faire pression sur les acteurs du drame congolais. Vous savez dans le monde il y a comme une justice immanente dans le cosmos. Quelque soit le mal qui est fait, il ne perdure pas: il finira par passer et le bien triomphera. Pour que le changement soit porteur de progrès, il faut balayer l'ancienne classe politique. Mukenge: Qu'en est-il de la reddition des comptes? Si Kagamé refusait de retirer ses troupes, quelle sera la réaction de l'UDPS? Etienne Tshisekedi: La CNS a été claire sur le point de la reddition des comptes durant la période de transition: tout le monde est laissé tranquille. Ce ne sera qu'à l'issue des élections que les dossiers des Assassinats et des Biens mal acquis seront rendus publics pour jugement par les institutions compétentes. Beaucoup de choses sont arrivées parce que le Zaïre n'était pas un Etat: le Congo-Zaïre était une foire où tout le monde pouvait entrer et sortir comme il voulait. Notre ambition au dialogue intercongolais est de remettre sur pied un Etat de droit démocratique fort. J'aimerai que nous commencions par là parce qu'on ne peut pas résoudre à la fois tous les problèmes des Grands Lacs. Une fois cela réalisé, si un certain Kagamé refuse de respecter sa signature, nous allons nous occuper de lui. Kabamba Blaise: On parle du dialogue intercongolais alors que le pays est occupé. Comment mobiliser la jeunesse si aucun homme politique ne reconnaît pas que le pays est occupé par des armées étrangères? Etienne Tshisekedi: Excusez-moi, mais je ne vais pas revenir sur des notions que j'ai déjà développées précédemment. Je ne voudrais pas faire perdre du temps à l'auditoire. Renseignez-vous auprès de vos compatriotes et vous aurez la réponse à votre question. Mpiana Didier: Vous avez parlé du changement et de ceux qui doivent changer. Pourquoi est-ce que vous vous ne changez pas? Etienne Tshisekedi: Je ne suis pas imperméable au changement, mais si je dois changer pour vous plaire, alors je ne vous ferai pas ce plaisir. Kabeya Albert (de France): Je ne suis pas membre de l'UDPS, mais je peux dire que je suis un sympathisant. J'observe qu'il y a deux mouvements: le premier est celui de la génération de l'indépendance et le second c'est celui de la jeunesse qui vit dans un monde de la vitesse. Je constate que le discours de l'UDPS est décalé par rapport à la jeunesse. Il faut agir avec qui, comment et avec quelle finalité? Etienne Tshisekedi: Vous tracez une ligne arbitraire entre les vieux et les jeunes. Les vieux n'ont rien à dire et les jeunes doivent prendre la place. Mais en même temps, vous demandez à ces vieux de vous dire ce que vous devez faire. Je constate donc que votre discours est ambigu. Par ailleurs, vous dites que l'UDPS a un discours décalé. Je ne pense pas que cela soit le cas. Je vous invite à consulter les documents de l'UDPS pour connaître sa vision, même vous déclaré ne pas être membre de mon parti. Par contre, comment voulez-vous apprendre ce qui doit être fait et ce qui ne doit pas l'être si vous ne militez pas! C'est dans un parti politique que vous pouvez acquérir une culture politique. Si vous avez de la culture et de maturité poliques en dépit de votre jeunesse, vous dirigerez le pays. Mais, ce n'est pas parce que vous êtes jeunes qu'il faut vous laisser conduire le pays à la catastrophe. Maintenant, que nous sommes majeurs, après 40 ans d'indépendance, nous devons pouvoir nous en charge et nous organiser: c'est ce que avons fait à la CNS. Obedi: Nous déplorons la situation actuelle. Ne pourrait-on pas dire que d'une manière ou d'une autre que M. Tshisekedi est responsable de ce qui nous arrive, car il a été Premier ministre 8 fois. Etienne Tshisekedi: La lutte de l'UDPS se mène à un double niveau: rendre le peuple souverain et solliciter les suffrages de ce peuple. Le Premier ministre avait pris l'engagement devant le HCR de montrer les fonds de caisse avant de demander les sacrifices au peuple. Pour ce faire, il fallait changer le Gouverneur de la Banque Nationale. Pendant que le dossier du candidat Gouverneur était au Parlement pour approbation, la Banque a été cernée par la DSP. Quelle armée aviez-vous donné au Premier ministre pour qu'il puisse s'attaquer à la DSP qui cernait la Banque? Kayibanda Bénédicte: Je pense à mon avis que le problème de la guerre au Congo vient du Rwanda. Ne pensez-vous pas qu'il faille pour régler ce problème travailler en synergie avec l'opposition démocratique rwandaise et burundaise? Etienne Tshisekedi: Excusez-moi, mais ce n'est pas par synergie que l'on va amener la paix dans la région des Grands Lacs. Il faut que les pays en guerre retirent leurs armées. Une fois cela fait, on verra quel sera le prétexte invoqué pour la sécurisation des voisins. Louvain-La-Neuve, le 12 avril 2000
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