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QUI PROFITERA LA PRECIPITATION DE LA COMMISSION ELECTORALE
INDEPENDANTE ? Le
processus électoral en cours, en République Démocratique du Congo,
depuis bientôt 18 mois vient de connaître sa première sérieuse épreuve
avec l’organisation du référendum sur un projet de la Constitution
confectionné par les parlementaires de la transition. Autant
dire tout de suite que cette épreuve, qu’elle ait été un succès
ou un échec selon que l’on se trouve dans le camp de ceux qui
veulent à tout prix mener le processus jusqu’à sa fin en faisant
table rase de TOUT, ou dans celui de ceux qui pensent qu’il y a
moyen faire mieux avec les moyens mis en œuvre, constitue une tache
d’huile qui laissera des traces indélébiles et cela pour
longtemps. En
effet, depuis la mise en place de l’architecture politique complexe
(le fameux 1 + 4 que les Congolais considèrent comme une somme égalant
le ZERO) issue de « l’accord global et inclusif » de Sun
City et surtout la mise en place de la Commission Electorale Indépendante
(CEI), dirigée par un homme de l’église l’Abbé Malu Malu, le
climat politique dans ce pays n’a jamais été propice à la préparation
d’un processus électoral susceptible de déboucher sur un résultat
fiable et rassurant, aussi bien pour les observateurs réellement
neutres que pour le peuple congolais dans son ensemble. Loin de se
comporter comme un gouvernement d’union nationale, issu d’un
consensus, le gouvernement dirigé par 1 + 4 s’est toujours comporté
comme un groupe de personnes déterminées à protéger leurs « privilèges »
et à consolider leurs « positions », faisant
scandaleusement fi de la misère de la population au nom de laquelle
on a toujours prétendu « combattre » (la dictature de
Mobutu d’abord, celle de LD Kabila ensuite). Quant à la Communauté
internationale, après avoir non seulement « laissé faire »
ceux qui ont aggravé la crise politique interne du Congo, pillé ce
pays en le détruisant et provoqué une des graves catastrophes
humanitaires de la planète, mais surtout fermé les yeux sur des
graves violations aux droits des Congolais et au droit international
commises par les pays voisins du Congo, semble aujourd’hui vouloir
se ressaisir en soutenant et en finançant de façon tout à fait
carnavalesque un processus électoral dont l’organisation offre les
flancs à des nombreuses critiques. Parlons
maintenant du projet de la constitution et du processus référendaire
lui-même. La
démarche globale adoptée pour la rédaction, l’examen et
l’adoption du projet de la constitution par les institutions attitrées
souffre des telles insuffisances et anomalies que ni le gouvernement
dit d’union nationale, ni la Communauté internationale, qui dit
avoir investi énormément de l’argent, ne pouvait laissé
passer si l’on réellement résoudre la crise du Congo, celle de légitimité.
Sans entrer dans les détails qui risquent d’alourdir notre message,
la rédaction du projet de la constitution par des experts étrangers
n’a pas vraiment tenu compte de la riche potentialité nationale
(projets et textes constitutionnels existants, expertise nationale en
la matière, etc.) ; l’examen et l’adoption du projet
semblent avoir été faits avec beaucoup de légèreté tel qu’en témoignent
de nombreuses lacunes et erreurs relevées par certains spécialistes
nationaux en la matière ; et comme on a eu à l’apprendre la
veille du référendum, le projet de constitution soumis à
l’approbation du peuple n’est pas celui qui avait été adopté
selon la procédure parlementaire réglementaire, car portant des
corrections faites après et a l’insu du parlement tel que l’avait
reconnu le président du parlement lui-même dans une interview. Quant
au processus référendaire lui-même, sans rejeter toute la
responsabilité sur la CEI seule, qui a montré depuis sa mise en
place, son manque total d’indépendance, car dépendante en tout et
pour tout de ceux qui devaient la financer, et visiblement inféodée
au pouvoir en place, il a souffert d’innombrables insuffisances et
imperfections auxquelles il était possible de remédier si l’on
avait un peu d’amour pour le peuple congolais, qui souffre le martyr
depuis des décennies, et surtout si l’on avait la volonté
politique de résoudre la crise du Congo. L’autosuffisance naïvement
affichée par le responsable de cette commission, qui a pourtant d’énormes
difficultés sur le terrain, et surtout la précipitation dans
laquelle on veut faire les choses constituent des failles graves qui
risquent d’hypothéquer le bon déroulement du processus et par conséquent
manquer d’atteindre les objectifs visés. Il est indéniable que le
Congo est un continent et le peu de ses infrastructures de
communication ont toutes étaient détruites. Ne parlons pas de la défaillance,
voire de l’inexistence de l’administration, qui expliquent le
manque des documents pouvant permettre d’identifier les citoyens, le
fait qui est en lui-même à la base d’exacerbation dans le chef des
Congolais de souche du sentiment d’usurpation de la citoyenneté
congolaise par certains étrangers. Vouloir mener à bien le processus
d’identification et d’enrôlement, et celui d’élections sans véritable
consensus et une réelle « inclusivité » de toutes les
forces réellement représentatives de la société congolaise est un
leurre. Et à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, la
CEI aura tout à gagner et sortira grandie si elle pouvait aussi
s’appuyer si ces évidences et ne pas considérer cela comme du
ressort des politiques. Car, diriger une CEI c’est en quelque sorte
faire de la politique. Avec
un projet de constitution et un processus électoral entachés de
nombreuses failles critiquables, la première épreuve que constitue
le référendum constitutionnel avait déjà difficile à passer la
trappe. Les choses ont été rendues encore difficiles par la précipitation
avec laquelle la CEI a fait montre dans l’annonce des résultats
partiels du vote, dans les réalités congolaises d’immensité du
territoire et d’inexistence d’infrastructures de communication que
l’on connaît, malgré l’investissement consenti par la Communauté
internationale. D’où ce questionnement qui nous a inspiré ce texte :
A QUI AURA SERVI LA PRECIPITATION DE LA CEI PAR LA BOUCHE DE MALU MALU ? Avant
de tenter de donner une quelconque réponse à cette question, je
voudrai souligner quelques remarques importantes. L’immensité et
l’état du pays expliquent indiscutablement les difficultés
rencontrées lors de l’enrôlement, processus préalablement
indispensable à toute élection et il est à supposer que les
responsables de la CEI étaient et sont conscients de cette évidence ;
si l’on a enrôlé près de 25 millions d’électeurs (pendant plus
d’un mois), chiffre toujours contestable par manque de listes vérifiables
par ceux qui sont intéressés, surtout que cela s’est fait grâce
à du matériel importé de Belgique et considéré comme de qualité
technologique incontestable, il était logique pour le référendum
constitutionnel d’attendre le même chiffre de votant ; si il
était nécessaire de mettre plus d’un mois pour arriver à ce
chiffre d’électeurs, le bon sens ne s’embarrasserait pas de faire
plus que deux jours pour le référendum constitutionnel quand on
connaît l’importance d’une constitution non seulement pour le
fonctionnement de la démocratie, que l’on veut instaurer au Congo,
mais pour le pays tout court. Comme
prévu, les 18 et 19 décembre 2005, le peuple congolais est allé aux
urnes pour dire « oui » ou « non » à un
projet de constitution que très peu de Congolais avaient simplement
vu. Très peu encore en connaissaient le contenu. Et pour tout dire,
presque personne n’en avait vraiment saisi la portée, et je prends
sur moi la responsabilité d’affirmer que même ceux qui l’ont
adopté au parlement. Comme on a eu à le lire à travers divers
reportages, certains de ceux qui se sont rendus aux urnes croyaient
voter pour le président (particulièrement dans l’est du pays où
les gens ont dit « oui » à celui qu’ils croient leur
avoir apporté la paix, Joseph Kabila), d’autres pensaient qu’ils
se prononçaient sur la fin de 1 + 4 (la majorité de ceux qui ont dit
« oui » se trouvent dans cette catégorie), d’autres
encore ont soit voté en âme et conscience sur un projet dont on leur
avait parlé peu ou pas du tout (c’est à mon avis le cas
principalement de la ville de Kinshasa où l’on trouve effectivement
un vote sensé, même si certains considèrent cela comme de la
politisation), soit décidé de rester chez eux pour des raisons
diverses, y compris l’appel au boycott lancé principalement par
l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (l’UDPS) présidée
par Etienne Tshisekedi. Alors que l’on devait logiquement attendre
25 millions de votants enrôlés pendant plus d’un mois, 48 heures
seulement ont été accordées aux Congolais pour remplir leur devoir
patriotique sur un pays de plus 2 millions et demie de superficie et
aux infrastructures de communications que l’on connaît. A-t-on réellement
donné la même chance à tout le monde de s’exprimer ? Quelles
ne peuvent pas être les conséquences de cela pour ceux qui
connaissent un peu le droit ? Après
ce délai aussi court, le referendum constitutionnel a été clôturé
le lundi 19 décembre au soir et le mardi 20 décembre le président
de la CEI, l’Abbé Malu Malu, annonçait les résultats partiels
avec une telle précision dans les chiffres que la simple addition des
« oui » et des « non » donnaient exactement
100 % de votants comme si le vote blanc était inexistant sur le 1/3
des bulletins dépouillés. Aucune référence sur le taux de
participation, même à Kinshasa où la CEI a pourtant son quartier général
et surtout immédiatement accès à tous les chiffres. Ceci peut
encore se comprendre dans la mesure où il ne s’agit que des résultats
partiels. Mais ce qui l’est beaucoup moins, ce que l’on se
comporte déjà à tous les niveaux, y compris au sein de la Communauté
internationale représentée par certaines personnalités belges et
certains diplomates occidentaux, comme si le « OUI »
l’avait définitivement emporté sur le « NON » alors
qu’il ne s’agit là que des résultats partiels. Est-ce une joie légitime
de ceux qui veulent voir le processus arriver rapidement à son terme
et se laver les mains en disant qu’ils ont résolu la crise du
Congo, et qui ne veulent surtout pas entendre parler d’un éventuel
« NON », ou est-ce un plan élaboré à l’avance et dont
l’exécution poursuit son bonhomme de chemin et que la prétendue
jouissance, par les Congolais, de leurs droits civiques (pour la première
fois depuis l’indépendance dit-on, comme si il n’y avait pas eu
des élections en 1964), n’est qu’une mascarade destinée à la
consommation extérieure ? Quoiqu’il
arrive (projet de constitution « accepté » ou rejeté),
la suite du processus électoral risque de connaître des lendemains
mouvementés. Et la précipitation qui caractérise le déroulement de
ce processus et qui vient d’atteindre son sommet avec l’acte posé
par le président de la CEI à la suite du récent référendum
n’aura servi ni au processus électoral lui-même dont le bon déroulement
et les objectifs demeurent à jamais incertains, ni au Congo qui est
toujours victime des pillages sauvages, ni au peuple congolais, qui
continue à souffrir et qui risque de voir son vœu d’en finir avec
l’architecture politique, ressemblant à un monstre à cinq têtes,
qui lui a été imposée (le 1 + 4) s’éloigner pendant quelques
temps encore, ni aux contribuables occidentaux qui risquent de voir
d’énormes sommes d’argent qu’ils ont données à leurs
dirigeants pour aider les Congolais s’envoler en fumer. Il
n’est jamais trop tard pour bien faire dit un vieux adage. Le Congo
demeure un vaste pays aux ressources incommensurables, où il y a de
la place pour tout le monde et où chacun
peut certainement trouver son compte, quelles que soient les règles
du jeu. Il a besoin de tous les bras et de toutes les intelligences
qu’il comporte pour se remettre sur pieds et se développer. Ce
serait donc avoir une vue d’esprit réduite et très dommageable à
ce pays et à tous les Congolais pour ceux qui continuent à croire
posséder le monopole de la vérité et des bonnes actions pour le
peuple et qui pensent qu’ils sont les seuls à être sur la bonne
voie. Mobutu et LD Kabila avaient certainement le même point de vue
et l’on sait comment ils ont fini. Leurs cas devaient non seulement
décourager tous ceux qui prennent les Congolais pour des idiots, mais
surtout les servir d’exemples à ne pas suivre s’ils ne veulent
pas terminer comme eux. L’occasion offerte par une paix de façade
et une volonté affichée par la Communauté internationale d’aider
le Congo à sortir de sa crise devait être saisi par tous les
Congolais en général, et les politiciens en particulier,
pour se réconcilier et surtout mettre de côté leurs différences
afin de se construire le terrain propice au jeu démocratique. Pour
terminer je voudrai rappeler à tous les Congolais qu’à un mendiant
on accorde souvent que très peu d’attention. L’engouement
manifesté par certaines personnalités occidentales à venir en aide,
avec la main sur le cœur, ne doit pas être prise pour une charité désintéressée.
Il a un prix, et ce prix peut dépasser parfois toutes prévisions. A
bon entendeur salut ! André
Kabanda Bruxelles
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