UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL

 

 


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Chers Compatriotes,

Chers Frères et Soeurs,

 

En ce début de l'an 2006, je voudrai partager avec vous cet appel ultime que je lance à tous ; que je NOUS lance pour essayer de sauver ce qui peut encore l'être dans le processus électoral en cours en République Démocratique du Congo notre pays ; pour essayer de sauver ce pays du chaos qui le guette si les démons de la division qui nous tiennent éloignés les uns des autres ne sont pas conjurés. 

Au lieu de nous entredéchirer et nous détruire mutuellement pour des futilités, pour servir plutôt les intérêts des autres, n'avons-nous pas plus intérêt à chercher à défendre ce que nous avons en commun devant ceux qui veulent nous maintenir dans l'esclavagisme et la misère ? Je pense particulièrement à notre dignité d’homme et à nos droits fondamentaux tel que le droit à la vie et au bonheur, le droit de penser, de s’exprimer et de choisir, le droit à l'auto détermination etc., qui sont continuellement méconnus par ceux-là même qui prétendent vouloir nous aider en ne lorgnant que sur nous ressources.

Je vous invite à lire le document ci-dessous et à agir, chacun selon les moyens en sa disposition.

Que l'année 2006 soit celle du bonheur et de joie pour tous nos compatriotes.

André Kabanda

Bruxelles

 

UN APPEL ULTIME

 

Après le dialogue inter congolais tenu à Sun City, en Afrique du Sud, après la signature de l’accord global et inclusif qui a permis de mettre en place les institutions de la transition en République Démocratique du Congo, la logique aurait voulu que l’action politique menée par la classe politique de ce pays s’imprègne du consensus pour la préparation des élections libres et démocratiques devant permettre de mettre fin à la crise de légitimité qui sévit dans le pays depuis des longues décennies ; crise qui a été aggravée par l’agression du Congo par ses voisins, le Rwanda et l’Ouganda, sous forme d’une pseudo guerre de libération menée avec la complicité de certains fils du pays regroupés au sein de l’AFDL dirigée par L. D. Kabila. Guerre qui avait brutalement mis fin au processus de démocratisation en cours au Congo.

La tentative, malheureusement tardive, de Kabila de vouloir se libérer de ceux qui l’avaient porté au pouvoir se solda par une deuxième pseudo guerre de libération, cette fois ouvertement menée par le Rwanda, avec la complicité de ceux qui brusquement voulaient affirmer leur citoyenneté congolaise par la force, les Banyamulenge. Malgré le concours des nouveaux alliés que furent principalement le Zimbabwe et l’Angola, Kabila ne réussira pas à mettre fin à la nouvelle guerre qu’il savait d’avance longue et difficile à gagner. On assista ainsi à la naissance d’un conflit intercontinental qui dura près de cinq ans et aux conséquences graves pour le Congo : plus de 4 millions de morts, destruction de toutes les infrastructures du pays, pillage systématique de toutes les ressources du pays par tous les acteurs impliqués dans le conflit. Considéré dès lors comme l’obstacle principal à la paix dans la région (à tort ou à raison ?), L. D. Kabila sera éliminé de la façon que l’on connaît pour être remplacé par son fils qu’aucun pari n’aurait cité. Une répétition de l’histoire post-indépendance immédiate du Congo et un affront que certaines forces intérieures n’ont jamais digéré, mais que les Congolais semblent avoir accepté au nom de la paix.

A la place d’une transition consensuelle et inclusive, comme le voulait l’accord de Sun City, on assista plutôt à l’émergence de deux camps. L’un, composé essentiellement de ceux à qui les agresseurs avaient cédé les armes pour leur servir de couverture dans les horribles crimes qu’ils allaient commettre sur les populations innocentes, et que l’on retrouvera au pouvoir. L’autre, composé de ceux qui avaient refusé de cautionner la prime à la guerre la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité, et qui avaient choisi de rester en dehors des institutions mises en place à Sun City. Malheureusement, la Communauté internationale, induite en erreur par certaines personnalités parmi lesquelles, le Belge Louis Michel, commissaire européen à la coopération internationale qui avait d’abord soutenu à quatre bras un accord conclu et signé en dehors du dialogue entre les Congolais de Sun City avant de se rendre compte de son erreur, ne fit rien pour redresser la barre. Le fossé entre les deux camps se creusa encore un peu plus. Il faudra signaler que c’est ce fameux accord de l’hôtel Cascade, à Sun City, entre le gouvernement de l’époque dirigé par Joseph Kabila et le MLC de Jean Pierre Bemba qui empêcha la réconciliation nationale, appelée de tous les vœux par le peuple congolais, et qui était et reste indispensable pour une transition apaisée ou pour toute autre démarche politique ultérieure. Aujourd’hui encore, la Communauté internationale et Louis Michel semblent déterminés à rééditer leur exploit vis-à-vis d’un processus électoral qui a pourtant tout intérêt à être soutenu par toutes les forces représentatives du pays afin d’aboutir à un résultat crédible et acceptable par la majorité.

Ce bref rappel des évènements historiques pour mettre en exergue la grave contradiction qui existe entre, d’une part, la détermination et la volonté clairement affichées par certains milieux, particulièrement occidentaux, qui prétendent vouloir aider le peuple congolais, et d’autre part, les actes que posent ces mêmes milieux sur le terrain. Comment peut-on prétendre vouloir aider les gens quand on ne fait que poser des actes ou soutenir des logiques qui les divisent ? Comment peut-on prétendre vouloir permettre aux Congolais de jouir de leur droit de vote quand on leur nie en même temps leurs droits fondamentaux que sont la liberté de penser et d’expression, la liberté à l’autodétermination ; quand on leur confisque leur souveraineté ? Pourquoi le commissaire européen, Louis Michel, et tous ceux qui le soutiennent, préfèrent-ils recourir à la manipulation au Congo et abandonne ce sens aigu de négociation et cette combativité politique qui les ont toujours caractérisé dans le rapprochement des points de vue politiques, souvent diamétralement opposés, dans leurs propres pays ? Est-ce à dessein pour maintenir le Congo dans le chaos et les Congolais dans la misère, ou est-ce pour faire preuve d’une discrimination condamnable dans le respect des droits des citoyens ou dans l’application des principes de bonne gouvernance et de la démocratie ? Les Congolais ne devraient-ils peut-être pas penser à faire appel aux vrais « démineurs » ou autres vrais négociateurs politiques comme le Belge Jean-Luc Dehaene, le Français Bernard Kouchner, le célèbre diplomate américain Henri Kissinger, ou d’autres personnalités respectueuses de l’éthique politique et démocratique, puisqu’ils continuent apparemment à croire que les solutions à leurs problèmes ne viendront que de l’Occident en général et de la Belgique en particulier ?

Contrairement à ce qui se passe ailleurs où les frères ennemis sont souvent séparés par des murs, des chars et des bombes humaines, rien de sérieux ne sépare réellement les Congolais entre eux, et particulièrement les acteurs politiques de ce pays, si ce n’est que les opinions qui sont d’ailleurs fort dépendent de ceux qui manipulent ces acteurs politiques. La tâche dans la crise congolaise parait donc un peu plus aisée que ne prétendent ceux qui, visiblement, ne sont préoccupés que par des objectifs inavoués et fort éloignés du sort des Congolais. Il s’agit ici essentiellement de favoriser le rapprochement des vues entre les acteurs politiques congolais, en rappelant aux uns et aux autres l’intérêt qu’ils ont à s’adapter à l’évolution de la situation politique dans leur pays et à privilégier en toutes circonstances l’intérêt collectif en lieu et place de l’intérêt personnel.

En cette phase ultime pour l’avenir du Congo, après le déroulement du référendum constitutionnel et les résultats qui en sont sortis, tout le monde devra se rendre l’évidence. La réussite du processus électoral en cours dans ce pays n’accouchera de quelque chose de crédible que si le principe d’inclusion est respecté, si un minimum de consensus est obtenu sur l’essentiel entre les forces sociales et politiques représentatives du pays. Et l’essentiel c’est de pouvoir offrir aux Congolais des élections crédibles et relativement transparentes, préparées dans le consensus et la transparence. Le contraire ne fera qu’aggraver la crise, conduire le pays vers le chaos après ces élections et nuire  les intérêts de tous.

Ce qui est déjà fait, grâce à l’investissement de tous et particulièrement de la Communauté internationale qui y a mis beaucoup de moyens, est déjà fait même s’il y a beaucoup à redire. Il est maintenant primordial de sauver ce qui peut encore l’être si l’on veut réellement aider les Congolais comme on ne cesse de l’affirmer. Il est indispensable que le train du processus électoral embarque TOUT le monde pour le trajet qui reste à parcourir et tout doit être mis en œuvre pour atteindre cet objectif. Si la question relative à la future Constitution, la base même de l’organisation et du fonctionnement de l’Etat dans un pays où la majorité de la population méconnaît ses droits et ses devoirs, a été traitée avec une relative légèreté lors du dernier référendum, la conscience de tous (acteurs politique et peuple) est aujourd’hui interpellée pour que le tire soit rectifié ; pour que les prochains élus soient des personnes capables de corriger les erreurs déjà commises et permettre au pays de se mettre effectivement sur la voie de la démocratie.

La méfiance, la diabolisation et le mépris de l’autre, l’arrogance et l’égoïsme qui dominent les relations entre les acteurs politiques congolais doivent céder la place à l’acceptation de l’autre, à la tolérance de la diversité, au respect des autres et surtout à la compassion vis-à-vis du peuple. Personne ne doit croire détenir le monopole de la vérité, ni celui de la justesse de ses actes, encore moins celui du pouvoir. Car, il n’y a de vérité que ce qui sort du choc des différentes idées ou de la confrontation des diverses opinions ; seuls les destinataires de nos actions sont à même d’en apprécier la vraie valeur ; tandis que le vrai pouvoir n’est que celui qui émane du peuple, le reste n’étant qu’illusion.

Nous lançons aujourd’hui un appel ultime à la Communauté internationale, à l’Union Européenne, à tous ceux qui sont impliqués dans la problématique du Congo, à tous les amis du Congo et à la diaspora congolaise éparpillée à travers le monde pour que tout soit mis en œuvre pour que le reste du processus électoral soit effectivement inclusif. Le même appel s’adresse aux acteurs politiques congolais pour qu’ils soient conscients de la lourde responsabilité qu’ils ont devant le peuple, devant l’histoire et devant Dieu. A tous les Congolais, nous rappelons que quel que soit le type du processus qu’on leur offrira, quelles que soient les promesses qu’on leur miroitera, le dernier mot leur revient ; c’est à eux de faire le choix responsable, ce choix dont dépend l’avenir du Congo ; c’est de ce qu’ils décideront dans le secret de l’isoloir pendant le vote que dépendra leur propre avenir.

André Kabanda

Bruxelles


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