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L’après élection en RD Congo : période de tous les dangers.
Après plus de sept ans d’un conflit qui a détruit toutes les infrastructures et endeuillé la population, après un accord de paix de Lusaka qui n’avait jamais été respecté et un dialogue inter congolais difficile et objet de manipulations de toutes sortes, un processus politique, initié par l’Accord global et inclusif (AGI) de Sun City, en Afrique du Sud, a été mis en place en République Démocratique du Congo (RDC) à partir de juin 2003. Un processus fortement soutenu par la Communauté internationale et l’Union européenne, dans un climat d’incertitude politique, de méfiance et de division profonde entre les membres de la classe politique congolaise. Un processus qui était surtout censé déboucher sur l’organisation des élections libres et démocratiques devant mettre fin à la crise de légitimité du pouvoir qui secoue le Congo depuis son accession à l’indépendance. Grâce aux efforts et à la détermination des parrains et organisateurs de ce processus, et à l’abnégation du peuple congolais, tous les espoirs allaient dans le sens de voir le Congo se doter des institutions démocratiques et surtout des dirigeants choisis par le peuple, au terme des élections législatives, provinciales et surtout présidentielles à deux tours qui viennent de se tenir. Malheureusement, le processus électoral a été tellement entaché d’innombrables irrégularités et défaillances qu’une bonne partie des Congolais croient aujourd’hui qu’il s’agit d’une « mascarade d’élection » qui avait pour but d’imposer à la tête du pays des dirigeants choisis à l’avance. Quoiqu’il en soit, demain s’ouvrira pour la RDC et son peuple une nouvelle ère : celle d’un double défi. D’une part, la « gestion » de la victoire et surtout du pays par les « vainqueurs ». Et d’autre part, la gestion de la défaite et des ambitions de « perdants », surtout quand on sait que les deux candidats, qui étaient restés en lice au deuxième tour de l’élection présidentielle, sont tous issus de la rébellion dont les armes demeurent l’unique moyen de se faire entendre, voire d’accéder au pouvoir. Il est de coutume d’entendre dire « qu’après la pluie, le beau temps ». Cet adage constitue indiscutablement aujourd’hui le vœu le plus ardent du peuple congolais, qui vit dans la misère et les tourmentes depuis de nombreuses décennies. Un peuple qui, tout au long de ce processus politique, a montré non seulement sa maturité mais surtout son profond désir d’avoir la paix et d’accéder à la démocratie, en se mobilisant massivement durant les opérations d’enrôlement et de vote. Obligés de ne devoir choisir que parmi ceux-là même qui, au lieu de la « libération » promise n’avaient fait qu’aggraver la misère et le désarroi de la population, depuis la chute de Mobutu, les Congolais ont également fait montre d’une capacité de tolérance hors du commun. Comme le déclaraient plusieurs d’entre eux, ils ont été contraints de choisir, en définitive, entre la « peste » et le « choléra ». Mais, au terme de ce processus qui a été entièrement financé par la Communauté internationale, qui l’a organisé et conduit à sa manière en n’écoutant que sa propre conscience, sinon ses propres exécutants ; après ce processus qui a été organisé en violation même de la base légale qu’était l’AGI de Sun City, avantageant indiscutablement les seigneurs de guerre au détriment de l’opposition démocratique et de la société civile congolaises ; on peut se demander si le Congo connaîtra réellement des lendemains meilleurs ? Surtout que tout à été mis en œuvre pour laisser de côté certaines forces significatives de l’espace sociopolitique congolais et que devant d’innombrables défaillances et irrégularités dont ce processus a été entaché, ses parrains et organisateurs ont gardé une indifférence suspecte, qui laisse trahir une certaine partialité. Vu le climat qui règne en RDC aujourd’hui, il est clair que l’avenir de ce pays n’a jamais été aussi menacé, et la chance pour les Congolais de connaître des lendemains meilleurs dépend essentiellement de la manière dont les parrains du processus en cours et les dirigeants qui sortiront demain des urnes sauront faire face aux défis qui se dresseront devant eux. Et la manière dont le processus électoral a été conduit laisse craindre l’avènement de sérieuses turbulences. Le premier défi qui risque d’assombrir dangereusement le ciel congolais, anéantir les espoirs de Congolais et surtout transformer en fumée l’énorme investissement consenti par tous sera la contestation du résultat de l’élection présidentielle. En effet, si les opérations de vote, lors du deuxième tour de l’élection présidentielle du 29 octobre dernier, semblent avoir étaient relativement transparentes, la compilation des résultats a souffert d’un manque criant de transparence qui s’est accompagné d’une logique de publication des résultats dont seule la Commission électorale indépendante (CEI) détient le secret. Ces deux faits ont indiscutablement exacerbé les suspicions à l’endroit de la CEI et surtout accru le risque de contestation des résultats. Ainsi donc, quel que soit le vainqueur qui sera proclamé demain, sa victoire sera contestée, avec le risque de voir le pays basculer dans la violence incontrôlable. La victoire très probable du président sortant, Joseph Kabila, sera contestée non seulement par le camp de son concurrent, Jean Pierre Bemba, mais aussi et surtout par ceux qui ont été habilement poussés à l’auto exclusion, qui vont crier à la fraude. Il en sera particulièrement ainsi pour la population de Kinshasa qui a montré son antipathie à l’endroit de Kabila, tout au long de ce processus, et qui l’a lourdement sanctionné en votant massivement pour son concurrent. Les « anti Kabila » considèrent en fait ce processus électoral comme truqué à l’avance par les Occidentaux, qui ont eu du mal à cacher leur préférence pour le président sortant et par conséquent leur intention de l’imposer à la tête du pays. Tandis que la proclamation, peu probable, de Bemba comme vainqueur sera difficilement acceptée par ceux-là qui, depuis le début du processus et encouragés par leurs parrains occidentaux, se sont installés dans la logique de la victoire et n’ont jamais envisagé l’éventualité d’un échec. Et les évènements du 20 au 22 août 2006 sont là pour en témoigner. L’important investissement consenti pour la « prévention » et la « répression » des contestations post-électorales va certainement permettre aux troupes de l’ONU et celles de l’Union européenne de mâter toute velléité contestataire après la publication des résultats. Mais, pour combien de temps ces troupes resteront-elles au Congo pour protéger ces « résultats » ? Quelle sera la réaction de la population à court, à moyen et à long terme face à cette militarisation à outrance du pays ? Et qu’arrivera-t-il demain, après le départ de ces troupes dont la présence au Congo ne sera certainement pas illimitée ? Ces questions pertinentes et angoissantes pour les Congolais montrent combien il est difficile d’imposer la démocratie par la force. Les situations en Afghanistan et surtout en Iraq n’ont visiblement pas servi de leçon ni à l’ONU, ni à l’Union européenne, qui n’ont pourtant jamais cessé de critiquer, à juste titre, la politique du président Bush depuis l’envahissement de ces deux pays par l’armée américaine. L’acceptation volontaire ou non du résultat de l’élection présidentielle laissera la place à d’autres défis qui, s’ils ne sont pas relevés, risqueront aussi de déboucher sur des désordres et compromettre gravement l’espoir des Congolais. Il s’agit de réussir la réconciliation nationale et la cohésion sociale, qui ont été rompues tout au long du processus politique et qui sont pourtant indispensables à l’adhésion de la population aux programmes de développement. Il s’agit aussi d’apporter des réponses appropriées aux nombreuses attentes d’une population longtemps maintenue dans les privations de toutes sortes. Il s’agit enfin de gérer adéquatement les ambitions des perdants grâce à une gestion transparente des affaires de l’Etat et une gouvernance qui remet le Congolais au centre de toute action politique, en lui redonnant son pouvoir de souverain primaire. Ce qui ne sera pas une sinécure, car si l’élection des parlementaires et des représentants locaux semble avoir quelque peu laissé indifférents les Congolais, le choix du futur président de la république a par contre aiguisé des oppositions et creusé des divisions. Cela, indépendamment de toute idéologie politique ou de tout projet de société ; deux paramètres qui ont malheureusement été des grands absents lors de ce nième rendez-vous de l’histoire du Congo. Une division qui a consacré l’existence de deux camps qui vivent aujourd’hui dans un antagonisme viscéral que seule la soif du pouvoir peut justifier. Au lieu de résoudre définitivement le problème de légitimité du pouvoir qui se posait au Congo depuis des décennies, le processus le plus coûteux de l’histoire semble au contraire avoir plongé les Congolais dans l’inquiétude. L’atmosphère politique et l’environnement social sont nourris par des peurs de toutes sortes, imprégnés des violences latentes qui peuvent exploser à la première occasion. Les Congolais ont un désagréable sentiment qu’aucun des problèmes qui les préoccupent profondément n’est prêt à être résolu : on leur parle de paix et leur pays est l’un des plus militarisés au monde, mais ils vivent l’insécurité au quotidien ; on leur parle de la « démocratie » et de « l’exercice de leurs droits fondamentaux », mais ils ont aujourd’hui le sentiment d’avoir voté pour rien ; on leur parle des potentialités que renferme leur pays, mais ils sont toujours et encore dans la misère la plus noire ; et la série peut continuer… La conception belliqueuse de la démocratie, tel que l’Occident veut l’imposer au Congo, ne résoudra pas la crise dans ce pays. Car, la classe politique congolaise est encore fort tributaire des problèmes de survie qui font que le combat politique est pensé uniquement en termes d’intérêts personnels et non communautaires. Cette conception ne pourra engendrer que le chaos, parce que les vaincus d’aujourd’hui ne penseront à autre chose qu’à contrer, à neutraliser, voire, à casser les actions de vainqueurs qu’ils chercheront à remplacer par tous les moyens. La culture africaine est imprégnée de « consensus » et de « solidarité ». C’est sur cette base qu’il faut concevoir la « démocratie » en Afrique. Toute démarche contraire est vouée à l’échec. Dr André Kabanda
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