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Est-on
conscients qu’ on est en train de brader 300 milliards de dollars de
réserves minières, par la plus grande escroquerie des temps
modernes ?
J’avais été étonné et bouleversé en apprenant que l’Exécutif
congolais avait, en contradiction avec toute logique de
redressement, procédé au démantèlement accéléré de la Gécamines. Il
a octroyé des polygones miniers au mépris des critères de compétence
technique, de surfaces financières, et cela au profit d’opérateurs
non qualifiés et à des aventuriers aux méthodes douteuses. Je ne
pouvais pas rester indifférent. J' avais donc commencé par écrire au
Chef de l' Etat, et je lui avais suggéré une procédure d'audit pour
s' assurer du caractère complet et sincère des offres de
partenariat, et éviter la faillite de l' exploitation minière
katangaise avec ses conséquences sur le plan national. Cet exercice
conditionnait également la crédibilité internationale de la RDC.
Comme le démantèlement n' est pas le fait par de puissants groupes
miniers, mais d' "aventuriers non-miniers", j' avais conseillé de
suspendre tous les accords de privatisation et de les renégocier.
Les gisements cédés devraient être placés sous une gestion
contrôlée par L' ETAT, en attendant les résultats d'expertise des
accords provisoirement suspendus. De même, il fallait prendre en
compte le rapport de la Commission Lutundula.
Mais je n’avais pas reçu de réaction de la Présidence de la
République. Idem, pour une seconde lettre. C' est pourquoi je me
suis adressé aux intellectuels et à la presse de la RD Congo afin de
susciter un débat public sur la question. J’ai ainsi formulé des
propositions pour la République, n' en déplaise aux intérêts
étrangers que cela dérange. J’assume mes propos. Et je continuerai à
le faire. A ce stade, si mon message a été perçu par les médias
congolais, il y a un manque flagrant d’intérêt de la classe
politique qui assure la succession du système MOBUTU, mais en pis.
Une question me trotte: y a-t-il un politique candidat au Pouvoir,
et déterminé à défendre le Pays ? En effet, la volonté décisionnelle
ne m'appartient pas. Cette volonté est même difficile à identifier
dans des décisions qui se prennent en dehors de toute transparence.
Mais dans le Peuple, il y a sans doute beaucoup de personnalités et
de propositions de valeur qui sont malheureusement submergées par
des actions hostiles qui les réduisent au silence, à l’inaction, au
découragement et à l’autodestruction. A ceux-là, je suis en mesure
de léguer quelque savoir, quelque expérience. Ne serait-ce que la
foi à recommencer et à persévérer.
Les problèmes et les solutions miniers sont
constants. Pour preuve, j’ ai retrouvé des notes que j’ avais
écrites lors d’ un voyage de 1995. Elles restent d’actualité.
« Les réserves katangaises en
minerais à haute teneur en cuivre, cobalt et zinc ont été
démontrées. Elles représentent plus de 25 années de production se
répartissant comme suit :
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Métaux contenus
Tonnes métriques |
Production annuelle
Tonnes métriques |
Valeurs annuelles
X$1000 |
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CUIVRE |
16.000.000 |
450.000 |
1.350.000 US$ |
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COBALT |
1.500.000 |
18.000 |
400.000 US$* |
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ZINC |
2.700.000 |
70.000 |
80.000 US$ |
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METAUX RARES |
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100.000 US$ |
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TOTAUX |
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1.930.000 US$** |
* estimation plancher faite en 1995
** montant minimal évalué en 1995
« La
Gécamines qui exploite ces réserves est dans une situation
désastreuse à cause de nombreuses années de mauvaise gestion et de
pillage. La production minière est presque tombée à zéro, et cette
entreprise d’Etat survit encore grâce au traitement de remblais
provenant d’extractions passées. Ceci est tout simplement ridicule,
alors que les capacités minières existant à Kipushi, et dans les
secteurs de Likasi et de Kolwezi permettraient un redressement
rapide de la société d’Etat. De même, la solution à ses problèmes se
trouve dans un contrat d’exploitation et de gestion internationales.
De même, les réserves de Tenke-Fungurume pourraient permettre de
lancer une nouvelle compagnie avec des investisseurs internationaux
privés.
« Cette
stratégie nécessite une décision gouvernementale de privatiser le
secteur minier. En effet, la garantie de livraisons futures de
produits miniers ne devrait pas être anéantie par l' instabilité
politique temporaire que connaissent certains Pays, et cela pour des
raisons sociales et macro-économiques évidentes. L’autre condition
est la nécessité de créer un « groupe de travail » de techniciens de
haut niveau à la charge du partenaire privé.
« Il
faut également tirer les leçons des évolutions extérieures au
Congo. La démocratisation de l’Afrique du Sud pousse les financiers
traditionnels de ce pays à tenter de s' approprier des compagnies
minières d' Afrique centrale. (La Chine et l' Inde sont également
parties à la chasse des matières premières africaines). Ces
offensives doivent préoccuper l' approvisionnement mondial en
métaux. Bien entendu, il faut les déjouer.
« Il s' avère ainsi urgent et
nécessaire de mettre en place un consortium international qui
comprendrait des partenaires américains, des intérêts sud africains
et des investisseurs asiatiques, avec quelques participations
européennes nécessaires pour des actions particulières. Mais comment
réaliser un tel investissement privé? Cela nécessite la création
dans cette région du Pays d'une zone de stabilité qui engloberait
toutes les concessions minières ou certaines d’entre elles (par
exemple Tenke Fungurume) et de la sécuriser pour plusieurs décades,
soit une période nécessaire pour générer un retour sur
investissement raisonnable. Cette privatisation pourrait se faire en
deux étapes : le lancement de Tenke Fungurume avec une nouvelle
compagnie et ensuite la redynamisation des mines et installations de
la Gécamines. Un tel investissement coûterait environ un milliard de
dollars sur 5 années, avec un amortissement sur 7 à 8 années. Bref,
la proposition nécessite des études techniques et juridiques, mais
également des décisions politiques.
Ces réflexions datent du 12 octobre 1995. Elles démontraient que les
réserves katangaise assuraient des revenus miniers annuels de
l'ordre de 5 milliards de dollars, pour une évaluation d’ environ
50 milliards de dollars. Mais dix années plus tard, ces mêmes
réserves
sont passées à 100 milliards . Aujourd’hui et
avec un cours du cuivre à 8300$/t, ces mêmes réserves se
chiffreraient à 300 milliards de dollars. Comme on dit qu’il faudra
15 ans minimum pour restructurer l'économie congolaise, chaque année
perdue au plan minier prive la République de cette ressource, et la
population en "crèvera". Le Congo est-il conscient de son éventuelle
complicité dans la plus grande escroquerie des temps modernes,
engendrant un génocide permanent pour les prochaines décennies?
Tel est mon message.
La RDC est moribonde. La cause du mal est connue: c'est la
corruption institutionnalisée; elle procède d' actions
complémentaires des corrupteurs et des corrompus. Les corrupteurs
historiques poursuivent le pillage initié voici plus d'un siècle.
De 1906 à 1966, le pillage avait été cautionné par la puissance
coloniale, quoique atténué dans les années 30 par des actions
sociales destinées à répondre aux campagnes internationales à l'
endroit de l' exploitant et qui sont relatées par Adam Hochschild et
Jules Marchal. Sous le régime MOBUTU, la corruption est restée de
mise avec les mêmes sponsors. Mais Mobutu avait, par moments,
soutenu la GECAMINES. Je me souviens qu' en plein conseil des
ministres de 1980, la Gécamines avait été sollicitée pour avancer
quelques millions de dollars. J’avais refusé. Mobutu avait alors
levé la séance en disant: « je ne tue pas la poule aux oeufs
d'or... », alors que j’étais hué par les ministres… Avec la fin de
la guerre froide, MOBUTU a été déstabilisé à l'initiative des
Américains, et on connaît la suite. Aujourd'hui les prédateurs
historiques interviennent à nouveau, et ils sont rejoints par des
dragons asiatiques et la pègre internationale. Conséquence, les
réserves minérales katangaises sont anarchiquement démantelées,
comme les autres ressources naturelles congolaises. Le Pays agonise
et le génocide congolais laisse indifférent les Etats"amis", les
bailleurs de fonds et la plupart des leaders africains. La presse
occidentale, particulièrement francophone, est muette. Voilà qui
exprime mon exaspération et justifie ma prise de position en faveur
du peuple congolais. Il est de mon devoir de dénoncer le scandale
génocidaire perpétré par action ou par omission par certaines
puissances "libérales". Je défends le droit d'une nation à disposer
de son sous-sol, conformément aux "règlements internationaux". Je
dénonce le pillage d'un trésor minéral d’un ETAT SOUVERAIN. Je
dénonce le "crime contre l'humanité" avec ce pillage qui tue,
opprime et déstabilise au profit d'un capitalisme néocolonialiste
perfide. Les responsables historiques de ce génocide sont
l'ancienne puissance coloniale au travers de son industrie des
non-ferreux, le répondant en RDC qui commissionne et la Banque
Mondiale qui cautionne.
Il n'est pas trop tard, mais il est temps !
Robert Crem
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