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Elections: la tension croît


(La Libre 22/05/2006)

Le climat optimiste du début 2006 a fait place à une hausse des tensions. Les exclus du processus poussent à la xénophobie. L'importance du rôle de la communauté internationale fournit une «justification» à celle-ci.

Le climat optimiste qui prévalait début 2006 a fait place, ces derniers mois, à une aggravation des tensions au Congo-Kinshasa, en particulier depuis que la date des législatives et du premier tour des présidentielles - scrutins attendus depuis une quarantaine d'années et d'abord prévus pour avril - a, une nouvelle fois, été reculée.

En cause: les retards pris dans l'organisation des élections. Volontairement, par ceux qui occupent des postes publics aujourd'hui et veulent s'y maintenir le plus longtemps possible pour avoir accès aux prébendes qu'ils permettent; involontairement, parce que le pays est immense, appauvri et que ses citoyens, «clochardisés» par des décennies de mauvaise gouvernance, ne font guère confiance à leurs dirigeants.

Nous avons interrogé à ce sujet Mgr Laurent Monsengwo, archevêque de Kisangani, président de la conférence épiscopale du Congo et ancien président du premier Parlement de transition, sous Mobutu - fonction qui ajoute une expérience politique à sa stature morale.

Or le prélat s'oppose aux positions adoptées par les gouvernements amis du Congo sur deux points. Il estime indispensable qu'un «dialogue» réunisse politiques et société civile du Congo pour établir un consensus sur le prolongement de la transition que suppose le nouveau délai imposé aux élections. Selon l'accord de paix et la constitution de transition, celle-ci devait finir, au plus tard, le 30 juin 2006. Les autorités congolaises et la Commission électorale indépendante (CEI) estiment que la constitution de la 3 éme république, adoptée par référendum en décembre 2005, prolonge la transition jusqu'à la mise en place des nouvelles autorités élues. Mgr Monsengwo, qui cite «des constitutionnalistes», récuse cette position. Quoi qu'il en soit, les Congolais n'ont, en tout cas, pas suivi le raisonnement de la CEI et considèrent qu'elle a pris unilatéralement et illégalement sa décision.

Autre point sur lequel Mgr Monsengwo prend le contre-pied du processus en cours: l'UDPS, le parti d'opposition d'Etienne Tshisekedi, doit participer au processus électoral, juge-t-il. Ce parti a boycotté ce dernier, avant de poser, pour y participer, des conditions dont certaines ont été rejetées par la CEI.

Plus généralement, on assiste à une montée de la xénophobie. Pour récuser certains candidats, accusés de ne pas être Congolais. Par rancoeur devant la puissance de la communauté internationale, qui finance les élections et intervient sur la conduite du processus. Pour saboter des élections et maintenir le statu quo profitable à certains.


Marie-France Cros

Mis en ligne le 22/05/2006
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