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Dialogue : deux
questions à l’ordre du jour
(Kenge Mukengeshayi)
Les dernières versions du
dialogue en circulation sont le fait de ceux qui tiennent à
galvauder l'idée pour mieux l'étouffer. Ainsi en est-il de la
rumeur sur une formule qui réunirait seulement les candidats
président de la République… Des candidats ne détenant aucun
mandat mais parmi lesquels se trouveraient, selon la
dénonciation de l'Eglise catholique, de nombreux alimentaires.
Ce dialogue serait paradoxalement convoqué par le Président de
la République pourtant l'un des protagonistes de la crise.
La deuxième formule est une
négation pure et simple de l'esprit et de la lettre du dialogue.
La démarche consiste à démontrer que les Congolais sont des
incapables. Eternels enfants, ils ne seraient pas en mesure de
se mettre ensemble et de produire un travail qui soit à la
hauteur des attentes de la nation. C'est, notamment, le point de
vue de certains membres de la communauté internationale et,
particulièrement, de l'Union Européenne. Dont les représentants
s'interrogent à mots plus ou moins couverts sur les critères de
désignation et le nombre des participants, de même que sur
l'ordre du jour, la durée des travaux et leur financement.
Cette démarche qui survient après le refus de la réouverture des
bureaux d'enrôlement par la même Union Européenne est évidemment
contestée par de nombreux congolais. Ceux-ci font prévaloir,
notamment, le fait que récemment, la Côte d'Ivoire n'a pas eu
besoin de faire appel à tous les oiseaux du ciel pour évaluer
les progrès réalisés dans le cadre de l'Accord de Linas
Marcoussis et investir de leur confiance le 1er ministre Konan
Banny. Mutatis mutandis, il tombe sous le sens qu'au 30 juin, il
s'agira pour les Congolais de reconduire ou non l'Accord global,
de lui trouver un avenant ou de dégager un nouveau consensus,
faute de quoi, ce sont les contestations qui vont pleuvoir.
C'est déjà là le premier point à l'ordre du jour du dialogue et,
en même temps, un critère précis de définition du cadre et des
participants, à charge de ceux-ci de désigner, sous la conduite
de l'Union Africaine assistée par le Ciat et la Monuc pour la
logistique et le secrétariat technique, leurs délégués aux
assises. Le deuxième point consistera, tout naturellement, à
répondre à la question " un nouveau consensus pour quoi faire ?
" Une manière assez commode sinon élégante de retomber sur le
calendrier électoral, étant donné que toute nouvelle
prolongation ne peut qu'être limitée dans le temps et pour des
matières exclusivement liées à l'organisation des élections. De
là à évaluer le processus électoral pour le fiabiliser, le
sécuriser et le rendre plus inclusif, il n'y a qu'un pas que
tout analyste soucieux d'un atterrissage apaisé de la transition
congolaise devrait franchir.
Il est donc faux de prétendre que les Congolais chercheraient à
aller au dialogue uniquement pour parler partage du pouvoir
comme l'insinuent méchamment certains diplomates ; qu'il
n'existe pas de critères fiables pour la désignation de
délégués, ou assez d'argent pour regrouper une vingtaine de
représentants des grands courants qui se dessinent parmi les
signataires de l'Accord global : ceux qui sont dans les
institutions et ceux qui sont dehors et, au sein de chaque camp,
les groupes les plus représentatifs : partis politiques, société
civile, églises…
Le temps presse
Dans tous les cas, le temps presse, c'est indiscutable. Il eut
donc été plus sage de précéder les événements au lieu de les
subir. Il eut été encore plus sage d'imprimer une dynamique
claire à la volonté unanime d'aboutir à un atterrissage apaisé,
au lieu de chercher à passer par l'épreuve des déchirements et
des affrontements. Déjà, la guerre médiatique qui bat son plein
promet des lendemains imprévisibles. D'autant plus que dans la
rue, les marchés, les quartiers populaires, l'affaire Kuthino a
fini d'apporter la preuve qu'il suffit désormais d'une étincelle
pour que les éléments se déchaînent.
2006-05-23 |