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Cap sur l'après deuxième tour

Le Phare (04-09-2006)

(Kenge Mukengeshayi)

C'est le 25 août dernier que cinq de ses représentants à l'extérieur ont signé un communiqué donnant la position de l'Udps (Le Phare n°2907 du 29.08.06, p.3) au stade actuel de l'évolution politique dans notre pays.

Réclamée, désirée, attendue, cette position prise par la fille aînée de l'Opposition congolaise démocratique survenait après les affrontements tragiques du 20 au 22 août à Kinshasa.

Au total, le parti d'Etienne Tshisekedi wa Mulumba constatait - sans grande surprise - l'échec du processus de transition piloté par la Communauté internationale et soulignait particulièrement la responsabilité de cette dernière dans ce terrible fiasco. Entre les lignes, l'Udps rappelait ses mémorandums antérieurs sur la nécessité d'une évaluation et d'un ajustement (requalification) du processus.

Sans tirer aucune gloire du fait qu'une fois de plus l'histoire avait fini - bien plus rapidement qu'on n'aurait pu le croire - par lui donner raison, l'Udps se disait désolée du deuil qui frappait, une fois de plus, le peuple congolais faute de dirigeants lucides et nationalistes, et surtout à cause d'une ingérence flagrante d'une communauté internationale imbue d'elle-même, aveugle, arc-boutée sur son argument financier, et finalement obligée de constater dans son habituelle hypocrisie que la prime aux belligérants constituait un véritable crime contre l'humanité.

Echec

Selon des échos parvenus au Phare, la position prise par l'Udps a fait l'effet d'une bombe dans le microcosme politico-diplomatique où elle a été commentée dans tous les sens. Des éléments de l'Eufor ont même fait, dans la semaine, le déplacement de la Permanence de l'Udps où ils ont conféré avec le président du Comité national, Valentin Mubake Nombi. Une question est souvent revenue au détour de chaque sujet abordé : que faut-il faire ? Et Valentin Mubake de rappeler ce qu'a toujours été la démarche de l'Udps :

exiger une évaluation sérieuse du processus, faire le constat de l'échec, établir les causes et les responsabilités avant de dégager, dans l'inclusivité de tous les Congolais, les voies consensuelles de la sortie de crise.

Reste qu'à l'Udps, on ne se fait aucune illusion sur le courage de ceux qui pilotent la transition à tirer les conséquences logiques de leur échec. "

Nous savons qu'il est difficile à la communauté internationale de reconnaître ses erreurs et d'avouer son échec. Comme à chaque tournant de l'histoire de l'humanité, l'Occident préfèrera de loin une solution de force, y compris par le déploiement des légionnaires ", a indiqué au Phare un membre du secrétariat national de l'Udps.

N'empêche qu'aucun analyste sérieux ne s'y trompe. Les affrontements sanglants du 20 au 22 ont consacré l'échec d'un processus dont le seul mérite, par le passé, est d'avoir mobilisé contre lui l'unanimité de la critique. Dans le même ordre d'idées, il est de plus en plus difficile de croire qu'un processus aussi contesté sera porteur de légitimité dès lors qu'aucun camp - et bien au-delà - n'est prêt à admettre sa défaite.

Cap sur l'après deuxième tour

Les observateurs de la scène politique congolaise se trouvent donc, globalement, face à deux hypothèses. D'abord la victoire de l'un des deux camps, avec son cortège de contestations susceptibles de relancer - c'est un minimum - l'instabilité. Ensuite, le refus d'accepter le verdict des urnes et donc le retour à la confrontation - les Kinois en ont déjà eu l'avant-goût - à l'arme lourde.

D'où cette proposition qui fait de plus en plus son bonhomme de chemin. Elle part de l'idée, simple, que les deux protagonistes du 20 au 22 août ont lamentablement failli dans leur volonté (vraie ou supposée) d'offrir aux Congolais le meilleur profil démocratique possible de leur projet de société, et que donc cette tendance doit impérativement être encadrée à défaut d'être corrigée.

Deuxième idée : il est faux, au stade actuel, et même archifaux de supposer que Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba seraient les représentants exclusifs de toute la société congolaise. Bien au contraire, la multiplication, d'une part, des contentieux électoraux devant la Cour Suprême confirme que tel n'est pas le cas, si l'on se fonde notamment sur les moyens dont pourrait, à son tour, se prévaloir par exemple le RCD pour exprimer ses prétentions.

D'autre part, il est indiscutable, au regard de la configuration politique dans notre pays, qu'en restant à l'écart du nouvel espace institutionnel, l'opposition historique conduite par l'Udps pourrait être amenée à réduire la capacité de manœuvre des nouveaux dirigeants, dont la légitimité serait par ailleurs sujette à caution.

Voilà pourquoi, tout devrait être mis en œuvre pour que l'après deuxième tour soit le plus inclusif, de sorte que bénéficiant du plus large consensus possible, les nouvelles institutions aient le temps et les moyens nécessaires pour articuler un programme cohérent. Ce qui ne saurait être le cas si le scénario actuel continue à réduire l'espace de la contestation au face-à-face Joseph Kabila - Jean-Pierre Bemba. Le réveil pourrait être brutal.

 

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