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Etienne Tshisekedi "surprend" l'Union Européenne!


Autour du processus électoral

 

Par  Le Potentiel
 
Dans 24 heures, le peuple Congolais ira aux urnes pour se prononcer sur le projet de Constitution. Il est prématuré de prédire l'issue du scrutin, tant il demeure vrai que les clivages constatés à travers les médias, lors de la campagne référendaire, entretiennent le suspense. C'est le cas, en particulier, de l'appel au boycott lancé par l'Udps, lequel a suscité des commentaires en sens divers. Aussi bien dans les milieux politiques que diplomatiques.

 

«Nous sommes surpris par les propos de Tshisekedi». Cette déclaration est de Andy Spakers, ambassadeur de la Grande Bretagne en Rdc, parlant au nom de l'Union européenne. Déclaration faite en sa résidence vendredi 16 décembre 2005 lors d'un point de presse à moins de 48 heures du référendum constitutionnel. Les ambassadeurs des pays membres ont saisi cette opportunité pour livrer le point de vue de l'Union européenne sur les conséquences du vote de demain. Aussi, ont-ils insisté sur les différents cas de figure suivant que le vote serait positif ou négatif.
A une question de la presse sur les concertations qui se sont déroulées au siège de la Monuc sous la supervision du Ciat, ils ont laissé entrevoir que ces discussions, selon leur propre terminologie, ont échoué. S'appuyant principalement sur l'appel au boycott du référendum lancé par le président national de l'Udps, l'ambassadeur britannique a déclaré qu'il a été surpris par cette déclaration.
Quant à l'ambassadeur belge, il a tenu à apporter des précisions utiles sur les «discussions» et non les «négociations» qui se sont déroulées au siège de la Monuc. «Le Ciat ne s'est pas comporté en modérateur et, moins encore, ne pourra se substituer aux hommes politiques congolais. En acceptant de faciliter les contacts entre Congolais pour qu'ils échangent, s'écoutent, jettent les bases d'un dialogue permanent dans le but de décrisper le climat politique, il a été convenu de ne jamais revisiter l'Accord global et inclusif au risque d'ouvrir la boîte de Pandore», a précisé le diplomate belge.

 

Rendez-vous manqué

 

Surprise, le mot traduit une certaine déception, car dans les milieux diplomatiques on voit mal un grand parti politique comme l'Udps s'absenter du processus électoral. En attendant, l'Union européenne se prépare à prendre acte de la volonté du peuple congolais.
Toutefois, dans les coulisses, Le Potentiel apprend que la déclaration de Tshisekedi a même surpris certains de ses collaborateurs. Et pour cause. Une stratégie aurait été mise en place pour contourner le piège tendu par l'adversaire et pousser l'Udps à s'auto-exclure du processus électoral.
Toujours est-il qu'il y a beaucoup de non-dits dans cette «surprise». Au terme de plusieurs recoupements, il nous revient qu'un rendez-vous aurait été mis au point pour que le président Kabila rencontre Tshisekedi. Mais en dernière minute, l'une des parties aurait évoqué une rencontre avec une personnalité politique étrangère en séjour en République démocratique du Congo. Vérification faite, il n'en était rien. Ce rendez-vous manqué, dit-on, serait à la base de toutes les déclarations tranchantes observées ces derniers temps dans le camp des oui et des non. Et pourquoi pas dans celui des absentéistes.
Pourquoi l'échec s'est-il substitué à l'espoir ? A dire vrai, les observateurs avertis expliquent «l'échec des discussions à la Monuc» et l'intransigeance des uns et des autres par ce rendez-vous manqué à cause de la méfiance. D'autres analystes rappellent que Tshisekedi est un animal politique, qui sait jouer et parfois déjouer les pièges. A l'époque, les conseillers de Mobutu ne rataient pas une occasion pour inventer des négociations entre les deux adversaires, lorsqu'une certaine tension menaçait le pouvoir du maréchal. Dès qu'un vrai faux semblant de dialogue commençait et que la tension sociale baissait, Mobutu en tirait partie au point d'en arrêter le processus. Tshisekedi ne peut oublier ce jeu-là.

 

Conséquences possibles

 

Cette expérience du passé lui est-elle remontée à l'esprit pendant que le Ciat organisait sa messe à la Monuc ? Interloqués, les observateurs font un parallèle entre le boycott en douceur des concertations par le Pprd, parti politique présidentiel, et le 'niet' du chef de l'Etat lui-même. Ils ne situent pas correctement l'opportunité des déclarations tonitruantes du Belge Louis Michel, commissaire européen à l'Aide humanitaire, en défaveur du président de l'Udps. Tout ce cocktail réuni, croit-on savoir, avait de quoi pousser Tshisekedi à la déclaration qui a «surpris». A qui la faute ?
«Il appartient au peuple congolais seul de décider de son avenir». L'ambassadeur britannique a tenu à le souligner dès l'entrée de jeu pour mieux exprimer l'attitude de l'Union européenne. Il s'est empressé d'attirer l'attention des Congolais sur les conséquences de leur vote. «Si le pays vote oui, on peut compléter le processus électoral avant le 30 juin 2006, l'échéance terminale de l'Accord global et inclusif. Si le pays vote non, on ne peut pas. Il va falloir réviser l'avant projet de la Constitution et cela va prendre du temps. Ainsi, la loi électorale ne pourra être traitée qu'après l'approbation de la nouvelle Constitution, car on ne peut pas tenir les élections sans pouvoir adopter cette loi».
Certes, l'ambassadeur Andy Spakers a reconnu que le texte constitutionnel n'a pas été suffisamment vulgarisé. Néanmoins, il demeure convaincu que ce projet apporte des bonnes choses, notamment l'équilibre des pouvoirs, un pays unifié et indivisible avec un meilleur élément de décentralisation ainsi que le principe d'égalité entre homme et femme. Et s'il s'avérait que des interprétations suscitent des débats, il reviendrait à la nouvelle Assemblée nationale d'apporter des modifications nécessaires. Et de conclure : «Si vous votez oui le dimanche, vous votez les élections dans les délais prévus. Si vous votez non, vous votez pour la continuité de 1+4 pour une transition prolongée et de graves incertitudes».

 

Renaître ou disparaître

 

L'ambassadeur de Belgique, pour sa part, a insisté sur la « responsabilité du peuple congolais», tandis que Carlo de Filipi, représentant résident de l'Union européenne en Rdc, s'est réjoui du résultat de l'enrôlement dans la perspective de l'établissement d'un Etat de droit, avant de relever que l'adoption du projet de Constitution par le peuple congolais permettra de passer à l'étape suivante. Etaient également présents à ce point de presse, les ambassadeurs des Pays-Bas, de la Suède et de la Grèce.
Les dés sont jetés. A partir de maintenant, tout le monde est accroché au déroulement du référendum et à la publication de ses résultats. Y compris l'Union européenne. Ainsi, dans le débat qui a suivi l'exposé de l'ambassadeur britannique dont le pays assume la présidence de l'Union européenne, il est interdit de rêver. Entre les lignes, on peut deviner ce qu'il adviendra.
En effet, contrairement au Ciat, l'Union européenne n'a donné aucune consigne, mais invite seulement les Congolais à se rendre nombreux aux urnes. La raison est simple, le Ciat est une «institution de la transition».
Cependant, si l'on analyse sereinement les conséquences relevées par l'Union européenne, un oui serait le bon vote et l'Union européenne, qui a largement contribué sur le plan financier, pourrait se justifier vis-à-vis de ses contribuables. En plus, elle trouverait ses intérêts en Rdc, selon les représentants de l'Union européenne.
Voilà pourquoi l'on envisage d'accélérer certains programmes, notamment les questions militaires et sécuritaires. A ce sujet, l'Union européenne est satisfaite du fait que le gouvernement ait approuvé «le Rapport Eusec». Désormais, la paie des militaires ne relèverait plus de la chaîne des dépenses mais du mécanisme proposé par l'Union européenne.
Cependant, dans l'hypothèse d'un non, tout peut arriver. L'ambassadeur britannique, à une question de la presse, s'est attardé sur le vide juridique, «et la guerre qui pourrait reprendre». Pas étonnant que les partenaires extérieurs se désengagent et abandonnent la Rdc à son propre sort.
Décidément, le devenir de la République démocratique du Congo se joue en ces moments. Doit-elle renaître ou disparaître ? La question est posée.

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