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Edition 3784 du Lundi 24 Juillet 2006
Si les irrégularités constatées ne sont pas corrigées
Les abbés de Kinshasa invitent le
peuple à être prêt à s’abstenir des élections
Par Freddy Monsa Iyaka Duku
Le Comité régional des abbés de la ville de Kinshasa vient de
se prononcer sur le déroulement imminent des élections en République
démocratique du Congo. Au terme de leur assemblée régionale, les
abbés de Kinshasa, après examen de la situation générale du pays,
ont apporté leur soutien total à la dernière déclaration des Evêques
de la Conférence épiscopale nationale du Congo, Cenco. Dans cette
déclaration, les Evêques catholiques invitaient les organisateurs à
des élections libres, transparentes et démocratiques. Évoquant les
conditions de bonnes élections, les évêques avaient invité la CEI à
se pencher sans tarder sur les irrégularités soulevées par certaines
parties afin d’y apporter des améliorations conséquentes. Faute de
quoi, les évêques catholiques se réservent le droit de ne pas
reconnaître la validité de ces élections. Abondant dans le même
sens, les abbés déclarent : «Forts de la position de la Cenco de ne
pas reconnaître la validité des élections organisées dans les
conditions actuelles, nous invitions notre peuple « à être prêt à
s’abstenir de ces élections », si les irrégularités constatées ne
sont pas corrigées avant la clôture de la campagne électorale ».
Abstention. Le mot est lâché. Bien plus, les abbés de Kinshasa
s’adressent directement à la Communauté internationale, à la
Commission électorale indépendant, en les «invitant à s’abstenir de
toute manipulation ni tricherie et sans imposition de choix ». En
cas de dérapages, les abbés les avertissent qu’ils seront tenus pour
responsables. Que dire de cette attitude ? Elle souligne, une fois
de plus, la volonté de tous les Congolais de s’approprier le
processus électoral afin que tout se déroule dans la transparence
totale pour une après-élection apaisée. Il s’agit d’une marque de
réelle prise de conscience, de responsabilité politique pour que la
République démocratique du Congo sorte de sa torpeur et s’engage
résolument dans le processus de la renaissance d’un Congo nouveau.
Au fait, les abbés de Kinshasa ne sont pas à leur premier « haut
fait politique ». Grâce à eux, il y a eu cette fameuse « Marche du
16 février 1992 » qui avait obligé Mobutu à décider de la
réouverture de la Conférence nationale souveraine. Ils venaient de
sonner le tocsin de la fin de la dictature mobutienne. Pas plus tard
que dernièrement, lors du référendum constitutionnel, l’Église
catholique avait mis en place un « observatoire » au Centre
interdiocésain de Kinshasa. Sur base des résultats rendus publics
par cet « observatoire », la crédibilité du résultat de ce
référendum n’a pas été largement contesté.
Frères et soeurs dans le Christ,
L’Eglise de Kinshasa, après avoir fait le tour des événements de
ces derniers jours et particulièrement de la journée du 30 juin
2006, exprime son soutien total à la Déclaration spéciale de la
CENCO du 20 juillet 2006, aux fidèles catholiques et aux hommes de
bonne volonté, pour la fin de Transition dans la concorde nationale,
et réaffirme son adhésion ferme à l’organisation des élections dans
un climat de vérité et de transparence afin qu’elles soient libres,
démocratiques, transparentes, inclusives et apaisées.
Comme le relève la déclaration spéciale de la CENCO : «Au stade
actuel, en effet, toutes les conditions ne sont pas encore réunies
pour la tenue des scrutins réellement transparents, libres et
démocratiques. Bien au contraire, un ensemble de données confirment
les craintes de manipulation, de tricherie sinon de fraude:
notamment les déclarations contradictoires sur les listes
électorales et le nombre exact des électeurs, les explications
embarrassées sur celui des bulletins de vote excédentaires, les
suspicions sur la localisation du serveur central et sur les
programmes informatiques, l’absence du calendrier électoral complet
et les doutes sur la volonté réelle d’organiser toutes les échéances
électorales: nationales, provinciales et locales ».
Aussi, la présence de troupes de la Force européenne pose un
problème psychologique aux candidats et à la population qui voient
dans cette présence militaire étrangère une mise sous tutelle. De
même, le déploiement du GSSP à travers tout le pays n’est pas de
nature à favoriser la sérénité des élections.
Forts de la position de la CENCO de ne pas reconnaître la
validité des élections organisées dans les conditions actuelles,
nous invitons notre peuple à être prêt à s’abstenir de ces
élections, si les irrégularités constatées ne sont pas corrigées
avant la clôture de la campagne électorale. Nous exprimons
publiquement à la CEI; aux autorités politiques, au CIAT et à la
Communauté Internationale notre volonté de voir se tenir des
élections sans aucune manipulation ni tricherie, sans « imposition
de choix qui ne sont pas ceux du peuple congolais» (Pour une fin de
transition apaisée. Le peuple avait le cœur à l’ouvrage(Ne 3,38).
Message des Evêques du CPE de la RDC, 24 juin 2006, n° 9) ».
Si les conditions ne sont pas réunies et que le peuple arrive à
exprimer son mécontentement et sa réprobation des élections
truquées, les institutions précitées en seront tenues pour
responsables.
Que Dieu protège la RDC.
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