REFERENDUM: Dix raisons pour dire
"NON" au projet de constitution
(Les Défis congolais
15/12/2005)
Basombaka nyama to mbisi na saki te ! On
n’achète pas de viande ni de poisson dans un sac. Le même adage de
nos ancêtres vaut pour le texte de projet de constitution que l’on
veut nous vendre dans un sac. Combien parmi nous, en ville en
province, dans notre localité dans notre district, dans notre
paroisse, dans CEVB, dans notre cellule, dans notre école, université,
institut supérieur ou encore dans notre maison ont en main le texte
de la constitution ?
Combien savent où ce texte de projet de constitution est distribué
ou encore vendu ? Un homme, une femme responsable et digne de ce nom
dira NON pour qu’il/elle se donne le temps de bien connaître le
contenu de la constitution afin de rendre un oui ou un non
responsable. Quant je ne sais pas de quoi il s’agit, je dis NON !
Je dirai NON parce que mes dirigeants ne me respectent pas et veulent
comme toujours me surprendre pour que je ne réalise ni ne comprenne
ce qui m’arrive. Aujourd’hui, ils affirment à qui veut les
entendre qu’ils nous ont consultés au moment de la rédaction alors
qu’ils ont fait une mascarade pour justifier leurs frais de mission.
Qui de ce peuple reconnaît avoir été consulté sur la constitution
à part ces quelques frères et sœurs rassemblés dans certaines
salles, à Kinshasa comme à l’intérieur, pour un coca aux conséquences
tragiques que nous commençons à réaliser aujourd’hui !
Mon NON sera une sanction contre leur manière de nous diriger par la
ruse, la méprise, le mensonge et la manipulation.
Aujourd’hui, je dirai NON, parce que je refuse d’être consulté
comme hier dans l’improvisation la plus totale, sans listes des
bureaux ni listes mises à jour des électeurs. Et pourtant, la loi
affirme que trente jours avant le référendum, le peuple sera informé
de la liste des bureaux, des électeurs et du déploiement d’autres
matériels de vote comme les urnes. Pour un référendum sensé se dérouler
en un jour sur toute l’étendue de notre pays, il n’y a aucune
garantie comme prévu par la loi référendaire. Quand est-ce que le
nettoyage des listes prendra fin alors que l’enrôlement continue
dans le Bandundu et l’Equateur ?
Aujourd’hui, je dirai NON, parce que je refuse le chantage et les
menaces que les uns et les autres profèrent à mon endroit. Si mon
choix doit être libre et en âme et conscience, pourquoi certains,
sur le plan national et international, s’acharnent à me dire que si
je vote NON ; Ce sera la guerre, la partition de mon pays, la
poursuite de 1+4 ; ce sera suicidaire ou encore irresponsable ! NON !
Voter NON sera l’occasion d’affirmer ma souveraineté contre
l’argent des autres qui achète âme et conscience et ne garantit
pas la liberté de ceux que l’on conduit à l’abattoir de la démocratie
de façade.
Je dirai NON parce que je ne suis pas le premier peuple au monde à
dire NON à un projet de constitution. La France a récemment dit NON
au projet de constitution de l’Union européenne sans qu’il n’y
ait de guerre en Alsace ou au rhône. Le Kenya vient de dire NON à un
projet de constitution ! Quelle branche armée ceux qui font et défont
les guerres en RDC vont armer et contre qui aurait dit NON à la
constitution ?
NON ! Si je dis NON le projet de constitution rentrera au parlement
qui aura entre 30 et 60 jours pour nous présenter une autre
constitution pour vote. Le projet qui sera renvoyé au parlement ira
dans l’hémicycle avec la force de nos 15 ou 20 millions de NON
majoritaire. Et c’est à ce moment que nous pourrons vérifier les
intentions des uns et des autres sur le plan national et international
d’accompagner de profonds changements dans ce pays au profit de
notre peuple.
Je dirai NON parce que je n’accepte pas de vivre dans un état dont
la forme est hybride empruntant au fédéralisme une décentralisation
de l’administration et du pouvoir en lieu et place de la décentralisation
des problèmes et des solutions et au centralisme un autoritarisme désuet
dont le résultat est un découpage du pays aux allures ethniques et
qui ne donnent aucune chance à l’unification de ce pays. Tout est
fait pour que ce découpage ainsi que les mécanismes de
fonctionnement soient les germes de la partition de ce pays, rêves de
bon nombre de personnes et lobbies sur le plan national, régional et
international pour des buts particuliers et propres aux uns et aux
autres mais toujours au détriment de ce peuple qui ne cherche qu’à
vivre paisiblement et pleinement sur la terre de nos ancêtres.
Je dirai NON parce que je n’accepte pas un régime politique hybride
qui, dans son fonctionnement semi-parlementaire et semi-présidentiel,
sèmera le désordre du déjà célèbre « Kasa-vubu révoque Lumumba
et Lumumba révoque Kasa-vubu » Hier ce conflit a eu pour conséquence
la rébellion qui a conduit à la fin de la première expérience démocratique
pour l’instauration de la dictature, vœux prémédité des
puissances coloniales qui ont accordé une indépendance dont elles ne
voulaient pas. Aujourd’hui, ce conflit aura pour conséquence une
nouvelle métaphore, celle de la partition ou mieux de la fin de la République
Démocratique du Congo comme état et espace géographique !
Je dirai NON parce que je n’accepte pas d’être gouverné par un
président de trente ans sans expérience ni professionnelle ni
scolaire. Je ne veux pas être, par cette constitution, le premier
peuple du monde qui en ce 21ème siècle accepterait d’être gouverné
par un Président, des Sénateurs et Parlementaires incultes et qui ne
me représenteront que par arrogance de leur silence lors des assises
internationales et nationales. Je ne serai jamais en paix lorsque mon
Président, mon Sénateur et Parlementaire de 30 ans et 25 ans, sans
expérience professionnelle ni scolaire sera en réunion, à huit
clos, sans conseiller ni Directeur de cabinet, avec d’autres Présidents,
Sénateurs et parlementaires des autres pays du monde pour qui l’accès
à ces fonctions est tributaire des études faites et d’expériences
professionnelles. Qui soufflera quoi et au profit de qui mon Président,
Sénateur et Parlementaire, inexpérimenté et inculte ?
Je dirai NON parce que croyant, chrétien, musulman, catholique,
protestant, Kimbanguiste et orthodoxe, vivant dans un état certes laïc,
mais qui n’accepte pas que notre constitution ouvre les portes au
mariage d’homosexuels dans un environnement culturel et religieux
qui ne s’accommodent nullement de ces soi disant avancées des
autres civilisations. Notre NON à l’actuelle constitution affirmera
que « toute personne est libre de se marier avec la personne de sexe
opposé, de son choix » et NON « avec toute personne de son choix ,
de sexe opposé,… » laissant entrouverte la possibilité d’une
interprétation, qui, demain ouvrira les portes au mariage homosexuel
dans notre pays. Il n’y a aucune honte à refuser pareille
formulation. Rome refuse, jusqu’à ce jour, le mariage des
homosexuels sans que Benoît XVI et ses prédécesseurs n’aient à
en rougir !
Je dirai NON parce que je veux être propriétaire de mon sol et de
mon sous-sol et non souverain pour que dans la suite on me demande,
lors des accords et traités internationaux d’abandonner une partie
de ma souveraineté, ou mieux de mon sol et sous-sol, au profit
d’une unité africaine dont les intérêts se trouveront ailleurs
qu’en République Démocratique du Congo !
14 Décembre 2005
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