Le CALCC appelle à voter "NON" au referendum
Les laïcs chrétiens catholiques appellent à voter
"NON" au referendum de ce dimanche 18 décembre 2005! Le
"NON" sera la démonstration de la
maturité du peuple congolais. Voici le communiqué de presse et
le texte de CALCC:
DECLARATION A LA PRESSE
Pour assurer effectivement le destin d’un Congo stablement
pacifié, harmonieusement développé et prospère, en bonnes et
fructueuses
relations avec ses voisins africains et toute la communauté
internationale, le Conseil de l’Apostolat des Laïcs Catholiques
du Congo appelle à voter
NON au référendum constitutionnel.
Analyse du contexte
C’est depuis le démarrage du processus de démocratisation
– précisément depuis la Conférence Nationale Souveraine –
que le CALCC cherche à
comprendre et à maîtriser les enjeux et les défis de la
construction, sur le sol congolais, d’un Etat moderne, prospère
et véritablement démocratique, capable de garantir, dans les
faits, les droits et les libertés des citoyens.
Récemment encore – à l’occasion d’un point de presse
organisé pour donner sa lecture de l’évolution de la situation
du pays à deux mois de la fin de la première tranche de la
Transition – le CALCC a formulé un certain nombre de
propositions pour ne pas laisser s’évanouir l’immense espoir
né de la signature, en décembre 2002 à Pretoria, de l’Accord
Global et Inclusif, censé à la fois mettre fin à la dernière
guerre en date et jeter les bases d’un Nouvel Ordre Politique au
Congo. Ces propositions répondaient à la nécessité
d’entreprendre, au cours de la dernière tranche de la
transition, des réformes structurelles et structurantes en vue de
créer les conditions d’une démocratie de développement au
Congo, une démocratie désormais axée sur le contenu ou la
substance et non sur la forme ou la procédure, une démocratie
qui placerait enfin l’accent sur le citoyen en tant
qu’individu, en tant qu’acteur autonome et, de ce fait, agent
de son propre développement. Il faut hélas constater que ces
propositions n’ont pas été prises en compte.
Pourtant, notre conviction à cet égard est définitive et sans
appel : une démocratie qui ne se fonde pas sur la participation
effective de chaque citoyen à l’exercice du pouvoir n’est pas
une démocratie digne de ce nom. Tout au plus pourrait- on parler
dans ce cas de démocratie de façade ou même de … médiocratie
!
Or, seule une démocratie participative – au sein de laquelle
chaque citoyen est en fait un « Citoyen–Gendarme » - pourrait
provoquer l’indispensable révolution de gouvernance et d’éthique
dans la sphère étatique, révolution sans laquelle rien de sérieux,
rien de solide ne peut être entrepris pour engager le pays sur la
voie du développement.
Nous l’avons encore tout dernièrement expérimenté à nos dépends
lorsque – dans un « Cahier des charges des Laïcs Catholiques
pour la gestion du pays pendant la prolongation de la Transition
» – nous avons, à la veille du 30 juin 2005, vainement proposé
des mesures concrètes pour installer la transparence des
Institutions étatiques et celle de leurs Animateurs, persuadés
que cette double transparence était la condition sine qua non
pour rétablir la confiance ( inexistante présentement) entre les
gouvernés et les gouvernants.
Aujourd’hui, il nous est demandé de dire ce que nous pensons du
projet de Constitution qui sera bientôt soumis au référendum.
La Constitution d’un pays étant la loi suprême, la loi des
lois, sa fonction n’est pas de résoudre – par la magie des
mots ! – les problèmes socio-économiques du peuple mais bien
de créer le cadre institutionnel et normatif susceptible
d’aider ce dernier (le peuple) à jouer pleinement son rôle de
patron. Le voilà le vrai défi : celui de concevoir, imaginer,
…inventer l’architecture institutionnelle, le cadre normatif
qui permettrait au peuple de jouer effectivement son rôle de
patron, depuis l’entité locale jusqu’au sommet de l’Etat.
Il s’ensuit que, pour répondre correctement aux attentes des
citoyens, la Constitution de la IIIè République devrait
instituer de nouveaux mécanismes politiques à la fois simples,
clairs et cohérents à même de garantir la participation
effective des citoyens à la vie publique.
Voilà pourquoi nous analyserons le projet de Constitution en nous
posant constamment la question suivante : « En quoi telle
ou telle disposition du projet sous examen contribue-t-elle à
faire de notre pays une vraie République et une vraie Démocratie
où des citoyens jaloux de leur citoyenneté exercent au quotidien
tout leur rôle pour la bonne marche de l’entité rurale, de la
Commune, de la Ville, de la Province, de l’Entreprise publique
et du pays tout entier ? »
Si ce projet de Constitution est un savant dosage, un
laborieux compromis entre ceux qui nous ont gouverné hier, ceux
qui nous gouvernent aujourd’hui et ceux qui nous gouverneront
demain, nous allons rapidement démontrer ci-dessous que les
gouvernés que nous sommes ne sont dans ce texte qu’un
faire-valoir, un instrument politique dont ils se sont toujours
servi, dont ils se servent aujourd’hui et dont ils se serviront
demain pour conquérir et conserver le pouvoir d’Etat, ce sésame
qui permet à celui ou celle qui y accède de prendre possession
de ce qui ressemble chez nous à une véritable caverne d’Ali
Baba.
Mais avant de passer en revue les options fondamentales et
les préoccupations majeurs relevées par les rédacteurs de ce
texte, nous nous arrêterons un instant sur le climat et les
conditions qui entourent l’organisation de ce référendum et
sur une disposition qui, à nos yeux, tient lieu de symbole.
Il y a d’abord et avant tout ce scandaleux déficit
de communication.
Combien sommes-nous en effet à avoir eu la possibilité de
lire ce texte ? Est-ce par mépris pour le peuple congolais que
nos gouvernants et ceux qui les accompagnent ont jugé inutile de
l’informer correctement du contenu de ce projet ? Nos dirigeants
et ceux qui les accompagnent veulent-ils, comme toujours, nous
surprendre pour que nous n’ayons pas le temps de réaliser et de
comprendre ce qui nous arrive ?
Il y a ensuite cet odieux chantage assorti de menaces. Si notre
choix doit être libre et en âme et conscience, pourquoi
certains, sur le plan national et international, s’acharnent-ils
à nous dire que si nous votons NON, ce sera la guerre, la
partition du pays, la poursuite du 1+4, le suicide
collectif,…bref l’irresponsabilité suprême ? Cela ne
trahit-il pas leur crainte de voir les Congolais découvrir à
temps le piège qui leur est tendu ?
Car le piège est bel et bien là. Il s’agit notamment et à
titre illustratif de cette étrange disposition de l’article 9
selon laquelle l’Etat congolais cesse d’être propriétaire de
son sol et de son sous-sol pour être réduit au rôle de
…simple surveillant.
Cet exercice se subdivisera en trois parties :
A) Analyse des options fondamentales ;
B) Examen critique des « préoccupations
majeures » qui, selon les rédacteurs de ce texte, ont présidé
à l’organisation des institutions telle que proposée ici ;
C) Rapide survol des aspects
techniques.
A. Des options fondamentales
La première impression qui se dégage après une lecture
attentive de ce texte est qu’il n’a pas été conçu pour
permettre au peuple de jouer effectivement et efficacement son rôle
de patron mais probablement pour garantir aux gouvernants une
gestion plutôt laxiste de la chose publique. Cela est particulièrement
vrai en ce qui concerne le véritable patron de l’exécutif
qu’est le Président de la République qui, malgré les larges
pouvoirs dont il dispose, n’est en réalité comptable de ses
actes devant … personne !
Est-ce pour conforter ce pouvoir quasi- monarchique que les rédacteurs
de ce projet n’ont pas cherché à créer des conditions – en
innovant s’il le faut – pour que, autant que faire se peut,
des majorités réelles se dégagent à l’issue de chaque
scrutin ?
Du régime politique.
En refusant d’innover pour permettre au seul jeu des élections
de dégager des majorités, les rédacteurs de ce texte ont peut
– être cherché à faire apparaître leur choix d’un régime
politique hybride comme étant le meilleur. Mais, dans un jeu démocratique
où le peuple est réellement le patron, qui pourrait encore avoir
peur du présidentialisme, par exemple, si, pour faire face aux
enjeux de la modernisation et de la mondialisation, ce même
peuple souhaitait avoir affaire à un Exécutif fort, homogène et
responsable devant un Parlement tout aussi fort et capable de
sanctionner cet Exécutif ? Qui pourrait avoir peur du présidentialisme
lorsque le « peuple-patron » aurait pris des dispositions
constitutionnelles, législatives et réglementaires pour se doter
d’une justice indépendante à travers une magistrature digne et
incorruptible ? Non, dans un système politique où les citoyens
sont en fait des « citoyens–gendarmes », un régime politique
clair – présidentialisme ou parlementarisme – vaut nettement
mieux que ce bicéphalisme à la tête de l’Exécutif qui est,
à nos yeux, une source inépuisable de conflits au sommet de l’Etat.
De la forme de l’Etat.
Les hésitations constatées face au choix entre un fédéralisme
clair et net – pourtant préféré par la majorité – et un «
quasi fédéralisme » de façade (finalement retenu ici) semblent
dues au fait que les rédacteurs de ce texte ne font pas confiance
à la maturité politique du souverain primaire. Soit. Mais, que
proposent-ils pour rendre ce dernier plus exigeant et moins
manipulable ? En outre - comme le rappelle fort opportunément Mgr
Tharcisse Tshibangu dans sa lettre pastorale du 15 août
2005 - le vrai débat ici ne devrait mettre face à face que «
Unitaristes Centralistes » et « Unitaristes Fédéralistes ».
Des droits humains, libertés fondamentales et devoirs du citoyen.
En tentant d’incorporer dans la Constitution tout ce qui a été
écrit à ce jour sur les droits de l’homme et les libertés
fondamentales, les rédacteurs de ce texte ont probablement voulu
calmer ceux et celles qui, à l’intérieur et à l’extérieur
du pays, se battent pour l’avènement au Congo d’un Etat réellement
respectueux de ces droits et libertés. Mais cela seul suffit-il
pour transformer les citoyens en véritables acteurs capables de
pousser les gouvernants à mettre définitivement fin aux
violations massives des libertés fondamentales et des droits élémentaires
de la personne humaine ? La Constitution de la Transition
(actuellement en vigueur) ne regorge-t-elle pas des mêmes
dispositions sans que cela ait pu changer significativement la
situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales
dans le pays ? C’est que, en réalité, il manque toujours, dans
ce projet comme avant, les mécanismes de mise en œuvre et de
sauvegarde des droits humains.
Du Parlement bicaméral.
Bicaméralisme ou monocaméralisme, le problème pour nous est
ailleurs : il faut créer les conditions pour faire
participer effectivement chaque citoyen à la gestion de sa
Collectivité rurale, sa Commune, sa Ville, sa Province et son
pays en faisant de celui-ci le premier contrôleur de son élu. On
ne peut plus continuer avec un système où le mandant (c’est-à-dire
celui qui délègue son pouvoir) ne sait même pas de quoi
est constitué le mandat qu’il accorde !
Du Pouvoir judiciaire.
L’éclatement de la Cour suprême en trois juridictions
distinctes suffira-t-il pour mettre fin aux grands maux dont
souffre le système judiciaire congolais ? La justice
cessera-t-elle, par exemple, d’être clochardisée et d’être
instrumentalisée ? Cessera-t-elle de passer, aux yeux de nombreux
Congolais, comme un instrument destiné à museler la liberté
de la presse et la liberté d’expression de tous ceux dont les
vues sont contraires à celles des tenants du pouvoir ?
Cessera-t-elle enfin d’être perçue comme une structure
au service des puissances d’argent ? Non, en attendant l’éradication
de l’ignorance de masse - urgence absolue là où le
peuple est le véritable patron - ne faudrait-il pas
organiser autrement les citoyens pour qu’un pouvoir judiciaire
entièrement séparé du pouvoir exécutif devienne une
revendication fondamentale et permanente ?
Du découpage territorial .
Les hésitations quant à la cadence à observer pour la mise
en œuvre de ce découpage ne sont-elles pas dues, là encore, au
manque de confiance dans la maturité du souverain primaire ?
Notre conviction est qu’après avoir correctement organisé les
citoyens pour les rendre plus exigeants et moins manipulables, le
découpage et sa mise en œuvre apparaîtront comme un travail à
a ccomplir rapidement pour ne pas retarder inutilement la
renaissance du Congo.
B. Des préoccupations majeures
L’exposé des motifs affirme que « les préoccupations
majeures qui président à l’organisation des institutions sont
les suivantes : 1.assurer le fonctionnement harmonieux des
institutions de l’Etat ; 2. éviter les conflits ; 3. instaurer
un Etat de droit ; 4. contrer toute tendance de dérive
dictatoriale ; 5. garantir la bonne gouvernance ; 6. lutter contre
l’impunité ; 7. assurer l’alternance démocratique ».
Le CALCC pense qu’aucune de ces préoccupations n’est rencontrée
de façon satisfaisante par l’actuel projet de Constitution.
Voici pourquoi.
1. Assurer le fonctionnement harmonieux des institutions de l’Etat
Notre histoire récente montre à suffisance que le bicéphalisme
à la tête de l’Exécutif ne peut pas être le meilleur choix
pour celui qui cherche un fonctionnement harmonieux du pouvoir Exécutif.
En optant pour un Premier Ministre faible mais responsable devant
le Parlement et un Président de la République fort mais …
irresponsable, ce texte affaiblit par ricochet les deux autres
pouvoirs (législatif et judiciaire) qui, en réalité, n’auront
que peu de poids face à un Président de la République aux
pouvoirs quasi-monarchiques. Est-il nécessaire, dans une république,
d’instituer en fait une quasi monarchie pour « assurer le
fonctionnement harmonieux des institutions de l’Etat » ?
2. Eviter les conflits
Pour les raisons évoquées ci-dessus, il est inexact de faire
croire que l’architecture institutionnelle mise en place par ce
projet de Constitution est de nature à éviter les conflits au
sommet de l’Etat. Il suffit, pour s’en convaincre, de visiter
les dispositions des articles 78 et 91 portant respectivement sur
les modalités de désignation du Premier Ministre et sur la détermination
de la politique de la nation. Il en est de même des articles 128,
166, 167, 222, 223, 224, 226, 227 et 229. A moins de tabler sur le
fait que chez les Africains, il n’ y a pas d’idéologie, de
projet clair, de vision autre que … le ventre!
3. Instaurer un Etat de droit
Autant on n’apprend pas à un vieux singe comment faire des
grimaces, autant on n’apprend pas à des citoyens conscients de
leurs droits comment protéger et défendre ceux-ci. En attendant
l’éradication de l’ignorance de masse – urgence des
urgences, répétons-le – quels mécanismes devrait-on mettre en
place pour que les citoyens parviennent quand même à défendre
et à protéger leurs droits à tous les échelons de gouvernance?
Ce texte – qui, à bien des égards, est la reconduction des
dispositions « pertinentes » de la Constitution de la
Transition – ne peut pas, tel qu’il est, prétendre parvenir
à instaurer un Etat de droit.
4. Contrer toute tendance de dérive dictatoriale
Avec des pouvoirs permettant en fait au Président de la République
de dessiner à sa guise une majorité à sa dévotion, il paraît
tout simplement indécent de faire croire que « contrer
toute tendance de dérive dictatoriale » a figuré parmi les préoccupations
majeures des rédacteurs de ce texte.
5. Garantir la bonne gouvernance
Si, selon les critères des institutions de Bretton-Woods, la
bonne gouvernance implique et commande : 1) la transparence du
processus de décision, 2) la bonne gestion, 3) la juste répartition
des richesses produites, 4) la responsabilité, 5) la
lutte contre la corruption, 6) le contrôle et la sanction, aucune
disposition du texte sous examen ne permet de fonder la conviction
selon laquelle « chaque sou dû à l’Etat tombera
effectivement dans ses caisses et n’en sortira que pour régler
ses vraies créances. »
Or, c’est cela, pour nous, la bonne gouvernance économique qui,
du reste, doit être concomitante de la bonne gouvernance
politique, sociale, juridique, environnementale, éducationnelle,
culturelle et autre.
6. Lutter contre l’impunité
Lutter contre l’impunité jusqu’à quel niveau de la hiérarchie
? Certes, les articles 138, 146 et 147 fixent
respectivement les moyens du contrôle parlementaire sur le
gouvernement et la mise en jeu de la responsabilité du
gouvernement par les procédures de la question de confiance, des
motions de censure et de défiance. Pourquoi le Président de la République
qui est le vrai patron de l’Exécutif ne répond devant personne
? S’agissant de la responsabilité pénale des
gouvernants, les dispositions y afférentes sont tellement précises
et les conditions de leur mise en œuvre tellement draconiennes
qu’on peut raisonnablement se demander s’il ne s’agit pas
d’un leurre pour endormir le bon petit peuple.
7. Assurer l’alternance démocratique
A qui peut-on faire croire qu’une telle architecture
institutionnelle soit de nature à faciliter l’alternance démocratique
? Avec un Président de la République qui règne et gouverne sans
être responsable devant …personne, n’est-on pas plutôt assuré
d’une présidence à vie non déclarée ? En tous les cas, même
s’il y avait alternance, ce ne serait pas grâce aux
dispositions qui auraient été prévues à cet effet dans ce
texte.
Une alternance démocratique ne devient aisée que lorsque le
peuple, en maître absolu, s’assure que, quel que soit le régime
qui arrive aux commandes, les valeurs républicaines seront
toujours sauvegardées. Pour ce faire, il prend toutes les
dispositions nécessaires afin que, quelle que soit son ampleur
– du simple changement de style à un réel changement de vision
– cette alternance ne remette pas en cause les valeurs
fondamentales de la République. C’est loin d’être le cas
avec le texte qui nous est présenté aujourd’hui.
C. Des règles de technique législative
Ce texte aurait satisfait aux exigences de fond épinglées
ci-dessus qu’il aurait quand même été « renvoyé » à cause
de ses nombreux écarts par rapport aux règles élémentaires de
technique législative. Nous ne pouvons pas accepter de léguer à
la postérité une Constitution dite de la IIIè République truffée
de tant d’incorrections.
Les spécialistes en technique législative nous apprennent que
les premières qualités d’un texte de cette nature et de cette
importance sont : la clarté et l’harmonie. Le non respect des règles
de compétence et la violation des règles de grammaire normative
ne peuvent que déboucher sur un texte confus, indigeste et
finalement peu compréhensible pour le citoyen, son premier
destinataire.
Les spécialistes déplorent également l’emploi abusif des
majuscules, le manque de rigueur dans l’utilisation du
vocabulaire normatif, le non respect de la ponctuation du texte
normatif, le non respect des règles relatives à la division en
articles, le manque de rigueur dans la division des articles, le
non respect de la règle relative à l’emploi judicieux des
normes, etc. Même les références et les renvois à tel ou tel
article ou groupe d’articles ne sont pas toujours exacts, ce qui
est excessivement grave !
De nombreux cas d’incohérences sont également constatés. En
voici quelques uns : des infractions ordinaires de droit commun
deviennent des infractions « politiques » parce qu’elles sont
commises par le Président de la République ou le Premier
Ministre. Il y a mieux, la date de l’entrée en vigueur de la
(nouvelle) Constitution risque de faire coexister, pendant au
moins six à sept mois la « nouvelle » et … l’actuelle
Constitution !
Conclusion
Nous avons, d’entrée de jeu, fait remarquer que ce texte
publié en plusieurs versions distinctes (la dernière par le
journal Officiel à une semaine du référendum constitutionnel),
inconnu de la grande majorité de notre peuple et présenté dans
la précipitation et sous des pressions multiples, internes et
externes n’a pas été conçu pour permettre au peuple congolais
de jouer pleinement et efficacement son rôle de patron. Ce texte
est même, à bien des égards, une sorte de conspiration des
politiciens contre l’Etat et les Congolais. La preuve la plus éclatante
de leur souci de marginaliser perpétuellement le peuple se lit à
travers la nonchalance avec laquelle est abordée la question
relative à la lutte contre l’ignorance, ce plus grand ennemi de
la «démocratie-participation ». Pourtant, outre la santé
publique, l’alphabétisation des adultes, la formation, l’éducation
sous toutes ses formes devrait être le socle sur lequel
construire la nouvelle société congolaise. L’objectif central
d’une Constitution faite par et pour le peuple doit être l’éradication,
au plus tard dans les dix prochaines années, de l’analphabétisme
afin que, chaque Congolais adulte soit au moins capable de lire
(dans sa langue) et de comprendre les grandes articulations de la
Constitution. Car, comment peut-on être un patron exigeant et
rigoureux, capable de sanctionner correctement les bons et les
mauvais serviteurs lorsqu’ on est … aveugle, incapable de lire
sa Constitution (qui tient ici lieu de «Tables de la loi »), les
rapports ou les livres comptables de ses mandataires ? C’est
cette ignorance de masse qui est le mal absolu à combattre
absolument. Dès lors se pose la question de la réhabilitation de
l’école dans notre société. Comment montrer à ceux qui n’
y ont jamais été qu’il leur manque quelque chose de vraiment
très précieux qu’ils doivent se hâter d’acquérir ? En tout
état de cause, le choix de la démocratie participative en lieu
et place de la médiocratie ambiante impose – en attendant l’éradication
de l’analphabétisme dans deux législatures – une sorte de démocratie
à plusieurs vitesses.
Plus précisément, une démocratie à trois vitesses. Au niveau
communal ou local, où les problèmes à régler sont plus «
terre à terre », la vitesse qui s’adapte aux acteurs les «
moins outillés » ne peut pas être la même qu’ailleurs. Au
niveau provincial ou de l’Etat fédéré, les choses commencent
à être relativement plus complexes surtout pour ceux et celles
qui ne peuvent même pas lire et écrire dans la langue du
terroir. D’où, une vitesse différente de celle pratiquée au
niveau local. A l’échelon national enfin, les problèmes sont
franchement plus complexes parce qu’ils ont parfois une
incidence à la fois nationale, continentale et mondiale. D’où
une exigence de rapidité nécessairement plus grande à ce stade
pour pouvoir s’insérer, tête haute, dans la mondialisation et
la globalisation.
En fait, la seule vraie option se situe à ce niveau : soit, nous
choisissons la démocratie véritable et nous nous soumettons à
ses exigences, soit nous optons pour la poursuite de la mauvaise
gouvernance généralisée qui nous accable depuis 60 … et nous
sombrons définitivement dans quelques années.
Conscients d’être « sel de la terre et lumière du monde »,
nous avons, au C ALCC, décidé de faire preuve d’imagination et
de créativité. A travers notamment le « Projet DEPART pour la
renaissance du Congo » - qui est joint à la présente déclaration
- nous avançons des propositions concrètes pour que notre pays
soit une vraie République et une vraie Démocratie.
En le lisant, tout le monde comprendra facilement pourquoi
nous ne pouvons pas nous identifier à un projet de Constitution
qui soit si éloigné des véritables préoccupations du patron
qu’est le peuple.
Ne perdons jamais de vue que la médiocrité institutionnalisée
est incompatible avec l’ambition de grandeur, d’éclaireur et
de précurseur qui est pourtant, à nos yeux, la vocation
naturelle de notre pays.
Lorsqu’elle magnifie une certaine paresse intellectuelle, la médiocrité
tourne en fait le dos à la rigueur, à l’excellence, au
meilleur…pour se conforter dans l’insignifiant, le minimum, le
dérisoire, l’à peu près …. En considérant comme quantité
négligeable le savoir, le savoir-faire et le savoir être de ceux
et celles qui sont appelés à nous gouverner, ce projet de
Constitution semble avoir été conçu pour installer le Congo et
les Congolais dans une médiocrité permanente ; cela, nous ne
pouvons jamais l’accepter.
Nous ne pouvons en effet jamais accepter cela car, après plus de
quarante cinq ans de gestion calamiteuse des ressources du Congo,
gestion dont l’une des conséquences est la clochardisation de
tout un peuple, nous pensons au CALCC que l’heure du
redressement a sonné. Nous pensons que ce redressement doit être
désormais fondé sur une nouvelle façon de gouverner l’Etat.
Or, gouverner autrement le Congo, c’est d’abord organiser
autrement les Congolais. Et c’est notre Constitution qui, en
première instance, doit refléter cette nouvelle façon
d’organiser les citoyens.
& nbsp;
Voilà pourquoi, le CALCC appelle le peuple congolais à voter
NON à ce référendum constitutionnel.
Docteur Pierre Anatole MATUSILA
Président d u Bureau National
Kinshasa, le 13 décembre 2005