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République démocratique du congo: Les massacres de civils se poursuivent sans relâche dans l'est du pays

Service de presse 009/00
Index AI : AFR 62/04/00
Embargo : le 17 janvier 2000 à 00 h 01 T.U.

Les forces du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenues par des forces gouvernementales du Burundi, du Rwanda et de l'Ouganda, ainsi que d'autres groupes armés qui leur sont opposés tels que les Maï maï et la milice Interahamwe du Rwanda, se livrent à des exactions massives dans les régions de la République démocratique du Congo (RDC) passées sous leur contrôle, a déclaré Amnesty International aujourd'hui (lundi 17 janvier).

En novembre 1999, lors d'une visite effectuée dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l'est du pays, les délégués d'Amnesty International ont recueilli des informations tendant à prouver l'existence généralisée d'homicides délibérés et arbitraires, de « disparitions », d'arrestations arbitraires et de torture, tous ces actes se produisant pratiquement tous les jours.

« Les civils de l'est de la République démocratique du Congo sont sans relâche victimes d'exactions. Ni le RCD et ses alliés ni les groupes armés qui les combattent ne font quoi que ce soit pour épargner la vie des civils. »

Des milliers de civils congolais étrangers au conflit armé sont brutalement persécutés par des factions en lutte pour le pouvoir économique et politique. Des centaines de milliers de gens ont dû quitter leur domicile pour échapper à la violence.

« Prétextant le combat contre leurs opposants, toutes les parties au conflit se livrent massivement à des tueries, à des pillages et à des extorsions. La population tout entière vit dans la terreur et la misère. »

Amnesty International a rassemblé des informations sur de nombreux massacres de civils non armés, notamment dans les régions rurales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, commis à la fois par des hommes du RCD et par des groupes armés, entre autres par les Maï maï et les hommes de la milice Interahamwe.

Quelques exemples :

Le 23 octobre 1999, 50 civils au moins ont été massacrés par des hommes du RCD au marché de Kahungwe, près de Sange (Sud-Kivu) : après un affrontement entre combattants du RCD et Maï maï, beaucoup de personnes ont été abattues par des soldats du RCD qui tiraient sans discernement sur des véhicules.

Entre le 15 et le 20 octobre, à Mwenga, au Sud-Kivu, des soldats du RCD ont tué en public au moins 12 femmes accusées de sorcellerie. Certaines d'entre elles auraient été enterrées vivantes après avoir été torturées et violées. D'autres massacres de civils commis par des hommes du RCD à Mwenga ont été signalés pendant tout le mois de décembre.

En octobre 1999, quatre femmes au moins ont été tuées à Walungu (Sud-Kivu) par des Maï maï qui les accusaient d'avoir aidé les soldats du RCD.

Des militaires ougandais et leurs alliés du RCD auraient participé au massacre de membres de l'ethnie Lendu, dans le district d'Ituri (province Orientale), après une flambée de violence intercommunautaire entre Lendu et Hima en juin 1999. D'après certaines informations, des Lendu armés auraient tué des centaines de Hima.

En août 1999, à Kisangani, dans le nord du pays, 300 personnes au moins ont été tuées lors d'affrontements entre soldats rwandais et ougandais. Il s'agissait, pour la plupart, de civils non armés.

Dans les villes, en particulier à Goma et à Bukavu, arrestations et détentions arbitraires se sont généralisées, visant tout opposant présumé au RCD, y compris des journalistes et des défenseurs des droits humains. Amnesty International a rencontré plusieurs personnes qui avaient été arrêtées par les militaires du RCD et détenues dans des centres secrets ou non officiels, entre autres dans des maisons privées, après avoir été accusées sans fondement de soutien envers les Maï maï et la milice Interahamwe.

Beaucoup de détenus ont été torturés, fouettés et roués de coups ; nombre de femmes détenues ont été violées. Certains auraient été transférés au Rwanda où plusieurs ont « disparu ». À Burhale (Sud-Kivu), en août 1999, une femme qui avait été détenue à l'arrière d'un camion dans un conteneur utilisé par le RCD comme centre de détention est morte, faute d'avoir été soignée alors qu'elle avait été violemment rouée de coups.

Amnesty International a fait part aux responsables du RCD et au gouvernement rwandais de ses graves préoccupations quant à la situation des droits humains. Tous ont tenté de se justifier en déclarant qu'ils devaient répondre à la menace que présentent leurs opposants, alléguant le génocide commis au Rwanda en 1994 par la milice Interahamwe et les violations dues aux forces du président Kabila.

La grande majorité des victimes d'homicides, de torture et d'arrestations arbitraires par le RCD ne sont pas membres de ces groupes ni d'aucun autre groupe armé, a souligné Amnesty International. De même que les victimes des Maï maï et de la milice Interahamwe ne combattent pas pour le RCD. »

Amnesty International prie instamment toutes les parties au conflit ? y compris les forces du président Kabila ? d'adopter toutes les mesures possibles pour épargner la vie des civils qui ne prennent aucunement part aux affrontements. Amnesty International les prie également de respecter la législation internationale relative aux droits humains et le droit international humanitaire.

Historique

Le conflit actuel a débuté en août 1998 lorsque des factions de l'armée congolaise, soutenues par des militaires venus du Rwanda, de l'Ouganda et du Burundi, ont fomenté une rébellion ? sous la forme du RCD, groupe d'opposition ? pour renverser le président Kabila. La guerre n'a pas cessé depuis, des soldats venus du Zimbabwe, de Namibie et d'Angola apportant leur soutien au président Kabila contre le RCD et ses alliés.

En 1999, le RCD s'est scindé en deux factions, l'une appuyée par le Rwanda, l'autre par l'Ouganda, qui contrôlent chacune différentes régions de l'est du pays. En juillet-août 1999, un accord de cessez-le-feu a été signé à Lusaka, capitale de la Zambie. Mais ce cessez-le-feu semble inopérant sur le terrain car maintes fois violé. Et de graves atteintes aux droits humains sont commises sans relâche par toutes les parties au conflit

FIN.../

Pour plus d'informations, veuillez vous adresser à Ben Rowse du service de presse d'Amnesty International à Londres, au 44 171 413 5808 (portable 0966 361 131).


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