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[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] KABILA DOIT NEGOCIER
Depuis le 2 août 1998, notre pays vit une guerre que d'aucuns appellent déjà à tort ou à raison "La première guerre africaine" où s'affrontent sans merci sept pays africains dont le Zimbabwe, l'Angola, la Namibie et le Tchad aux côtés des FAC du Congo (ex-Zaïre) face aux forces rebelles (de la même armée) soutenues par le Rwanda et l'Ouganda.
Devant la complexité de cette situation et depuis le début des hostilités, l'opposition non armée par le biais de son leader M. Etienne Tshisekedi, Président de l'Udps n'a cessé de fournir des efforts colossaux pouvant sortir le pays de cette crise en proposant des mémorandums et plans susceptibles d'emmener une paix durable dans notre pays et dans la région de Grands Lacs. Son plan de paix du 04 Septembre 1998 a eu un échos très favorable auprès des organismes internationaux de haute instance: l'Union européenne et l'Onu.
Cependant, alors que la communauté internationale se mobilise (à travers différentes organisations telles que l'OUA, la SADC, l'EU, l'Onu …) pour tenter de trouver un dénouement pacifique à ce conflit, M. Kabila, l'actuel président de la RDCongo continue, malgré lui, à privilégier une option militaire que l'on sait désormais sans issue, mais qui aggrave davantage la misère d'un peuple déjà sinistré. Pour Kabila, il est hors question de négocier avec les rebelles qu'il considère comme des agresseurs venus du Rwanda et de l'Ouganda. Toutefois, malgré les discours d’intention de la guerre, il s'avère que les combattants n’ont pas encore le coeur à une guerre dont l’issue devient de plus en plus incertaine. Kabila l'a reconnu dernièrement lors de sa conférence de presse à la cité de l'OUA: "Nous ne nous sommes pas bien défendus, dit-il. D’où, l’humiliation d’aller à des négociations".
Dans le contexte actuel, M. Kabila qui clame à qui veut l'entendre que la RDCongo est attaquée par le Rwanda et l'Ouganda, privilégiant ainsi l'hypothèse de l'agression de l'Etat congolais par ses voisins, a-t-il réellement raison d'ignorer la rébellion congolaise la traitant ainsi d'agression et ne pas négocier avec elle?
Ici, nous sommes en droit de nous interroger sur les circonstances dans lesquelles Kabila est parvenu au pouvoir et les bases sa de sa légitimité. 1. Du soutien militaire du Rwanda et de l'Ouganda
L'Afdl, parti actuellement au pouvoir, est un mouvement rebelle créé le 18 octobre 1996 à Lemera (centre du territoire de Fizi au Sud-Kivu) par des rebelles (André Kisase Ngandu, L.D. Kabila, Déo Gratias Buguera, Bizima Karaha, Masasu Nindaga, etc…) avec pour objectif: chasser le dictateur Mobutu. Selon le protocole de Lemera, M. Kabila était le porte-parole du mouvement rebelle qui venait de voir le jour. Ce mouvement avait obtenu l'appui militaire visible (en hommes et en matériels militaires) du Rwanda, l'Ouganda et de l'Angola, etc… pour la conquête du pouvoir par l'Afdl entre le 9 septembre 1996 et le 17 mai 1997. 2. De l'illégalité et de la signature des contrats léonins
Pendant la guerre dite de "libération" (9 septembre 1996-17 mai 1997), alors qu'il était encore difficile de savoir qui assumait l'autorité "légale" du pays, M. Kabila étala au grand jour son esprit aventurier et mercenaire, sa cupidité et son manque de respect pour le bien commun et les richesses nationales. Il se mit à signer des contrats léonins, même pour des territoires non encore conquis comme le Katanga, par exemple, bradant ainsi le patrimoine stratégique minier national, avec des compagnies minières telles que Consolidated Eurocan Ventures du Lundin Group, Barricks Gold Corporation, Anglo-American Corporation, les "Juniors" comme American Minerals Fields Co. et son associée American Diamond Buyers et tant d'autres encore des Etats-Unis, du Canada, d'Afrique du sud et de l'Ouganda.
En ce qui concerne son pouvoir, aucun texte légal n'a été rendu public sur la désignation ou l'élection éventuelles de M. Kabila en qualité du Président de l'Afdl. Plusieurs membres de l'Afdl ne furent pas contents que Kabila se soit auto-proclamé président de leur mouvement, notamment André Ngandu Kisase qui fut commandant des forces rebelles. Et, pour s'accaparer complètement du pouvoir Kabila complota contre ce dernier avec les "Etrangers" (rwandais et ougandais) membres de l'Afdl, et, ensemble, ils tendirent une embuscade à M. Kisase qui fut tué et brûlé le 6 janvier 1997 à l'entrée du Parc de Virunga, près de Goma.
Ne jouissant d'aucune légitimité du peuple, Kabila s'auto-proclama Président de la République démocratique du Congo confusquant ainsi tout le pouvoir.
3. Des négociations pendant la guerre
En 1997, lorsque l'actuel Chef de l'Etat dirigeait la rébellion et progressait vers Kinshasa, le Président sud-africain, Nelson Mandela avait joué un rôle éminemment positif et déterminant, celui d'organiser le tête-à-tête Mobutu-Kabila au large de Pointe-Noire (Congo-Brazza) en vue d'une solution négociée et éviter ainsi un bain de sang inutile au peuple congolais. Par la même occasion, M. Kabila ainsi que sa délégation avaient été reçus à Pretoria par le vice-président sud-africain M. Mbeki qui avait également réussi à rencontrer M. Mobutu à Kinshasa pour le convier à la table des négociations avec les rebelles.
A la lumière de ce qui précède, M. Kabila (et ceux qui le soutiennent dans ses égarements) peut-il mieux nous décrire les circonstances, les lieux et les conditions dans lesquelles il a connu MM. Déo Gratias Buguera, Bizima Karaha, James Kabare et compagnie? Ces personalités ont respectivement occupé des postes de Ministre d'Etat à la Présidence de la République et Secrétaire général de l'Afdl, Ministre des Affaires Etrangères et Commandant en chef des FAC. Si aujourd'hui on nous les présente comme des étrangers rwandais ou / et ougandais, M. Kabila doit ipso facto être poursuivi pour haute trahison pour avoir fait gérer la res publica par des étrangers. Si tel n'est le cas, ceux qu'il fait passer pour des étrangers sont donc des citoyens congolais à part entière. S'il met dans le même sac les Ernest Wamba dia Wamba, Jean-Pierre Ondekane, Lunda Bululu, Arthur Z'ahidi Ngoma avec les premiers cités et refuse de négocier avec eux, c'est que M. Kabila est plus congolais que tous les autres fils et filles du Congo-Kinshasa!
A quel titre M. Kabila avait-il été reçu à Pretoria avant de recontrer Mobutu sur le navire sud-africain? Lors de la guerre de "libération", avait-on parlé d'agression rwando-ougandaise quand bien même on sait que, comme dans le contexte actuel, Kabila et sa bande ne disposaient de rien et que le Rwanda et l'Ouganda qui servaient de base-arrière disposaient de tout? Jouant le rôle de figurant, Kabila n'était qu'une simple marrionnette qu'on manipulait à volonté.
La rébellion du RCD contre le régime de Kabila nous est présentée plus comme une invasion étrangère plutôt qu'un soulevement d'une partie de l'armée contre le pouvoir en place, une résistance du peuple congolais contre la dictature naissante de Kabila. Pourtant, contrairement à la rébellion de 1996 où les soldats Banyamulenge et les armées étrangères (rwandaise, ougandaise, angolaise) avaient mené les combats avant l'arrivée des gendarmes katangais et le recrutement des Kadogo, exception faite de quelques 600 combattants de feu Commandant Ngandu Kisase, la rébellion actuelle comptait déjà au départ au moins 30.000 combattants congolais, des réguliers des FAC dirigés par un bon nombre d'officiers des ex-FAZ ou FAC. L'armée rebelle que commande Jean-Pierre Ondekane est, en effet, constituée des militaires congolais (de la 10ème brigade: 16.000, 22ème brigade: 10.000, 225ème brigade: 3.000 et 25ème brigade: 3.000), parmi lesquels on compte des Kadogo et de nouvelles recrues. Elle fait face aux FAC constituées également des ex-FAZ auxquels se sont ajoutés des Kadogo et de nouvelles vagues de recrues. C'est, en fait, la même armée qui change des colorations selon ceux la soutiennent.
Nous pouvons le constater, les deux rébellions sont semblables dans leur mode de déclenchement, toutes deux s'étant greffées sur les Banyamulenge ou "Tutsi congolais d'origine rwandaise".
L'objectif de la révolte armée de M. Kabila soutenu par les ex-guérilleros Paul Kagame (Vice-président rwandais et Ministre de la Défense) et Yoweri Museveni (Président ougandais) était de renverser un dictateur reputé pour sa corruption et considéré comme le plus grand obstacle à la démocration de son pays et à la stabilité dans la région des Grands Lacs. Le chef de la rébellion actuelle, le Commandant Jean-Pierre Ondekane, soutenu par les mêmes ex-guérilleros, vise à renverser un dictateur fraichement établi considéré comme l'obstacle principal à la stabilité et la poursuite du processus démocratique en République "démocratique" du Congo.
Tout comme en 1996, les termes de l'accord de collaboration entre le chef rebelle J.P. Ondekane et ses parrains ne sont pas connus du public. Tandis que le noyau initial de la rébellion de Kabila (1996-97) était constitué presqu'entièrement des Tutsi, celui de la rébellion d'août 1998 est manifestement multi-ethnique, avec prédominance de non-Tutsi. Plutôt qu'un guérillero, le leader congolais de la rébellion en cours est un officier militaire de carrière, commandant de plusieurs bataillons d'une armée régulière, les FAC.
Nous pouvons donc affirmer sans crainte d'être contredit que le peuple congolais a depuis des décennies vécu dans la paix et en harmonie avec ses voisins. C'est M. Kabila et ses complices tutsis qui ont emmené la guerre et la culture de la guerre au Congo-Kinshasa. Quand tout allait bien entre eux, ils se la coulaient douce, pillaient et jouissaient des richesses de notre pays sans nous en rendre compte. Aujourd'hui que ce ne va plus, Kabila prend le peuple à témoin. Quelle ironnie: "Quand les éléphants font l'amour, l'herbe qui est en dessous de leurs sabots en souffre et, quand ils se battent c'est toujours la même herbe qui périt!".
Aux yeux des démocrates congolais, Kabila est la cause principale de cette guerre. C'est toujours lui-même qui, par des réflexes mensongers, continue à flouer l'opinion tant nationale qu'internationale dans la recherche d'une la solution pacifique sur la crise congolaise. Mais au-delà des apparences parfois trompeuses, qu'il se rassure, personne n'est pas dupe devant cette scrabreuse situation!
En attendant, la progression lente mais sûre des hommes du RCD face à la déconfiture sur le terrain des opérations des troupes de Kabila et alliés peut être perçue comme un signe précurseur. L'histoire toute récente nous rappelle que le dictateur Mobutu avait regretté de ne pas avoir négocié avec l'Afdl au moment où le partage du pouvoir pouvait encore être négocié. A bon entendeur salut!
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