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Diaspora congolaise: à ton tour de jouer

La guerre est inhumaine. Celle que les ennemis de notre pays imposent à notre peuple, qui commençait à se remettre du traumatisme mobutiste, est en plus injuste et injustifiée.

Injuste parce qu'historiquement, le Rwanda doit plus au Congo que le Congo ne doit au Rwanda. Que Kagame, du haut de son arrogance, revendique des royalties pour avoir aidé kabila à précipiter le départ de Mobutu, est tout simplement scandaleux. C'est faire preuve d'une étroitesse d'esprit qui frise la malhonnêteté. C'est vite oublier que le gros du bataillon des élites ruandaises a été accueilli, nourri, blanchi et formé par le Congo et aux frais du contribuable congolais. Les cadres sur lequel s'appuie le suffisant Kagame doivent beaucoup à la Nation congolaise. Que l'arrogant Kagame feigne l'ignorer, c'est son droit, mais qu'il ne compte pas sur le peuple congolais pour oublier sa barbarie. La présence des réfugiés ruandais sur le sol congolais n'est le fait d'une invitation collective, mais la conséquence de l'incapacité des ruandais à créer un cadre institutionnel susceptible d'assurer la paix ethnique. Le peuple Congo ne peut être tenu responsable de l'incapacité des hommes politiques ruandais à trouver des solutions aux problèmes purement ruandais. Le petit Rwanda n'avalera pas le grand Congo, que Kagame médite sur cette phrase du président Kabila.

Cette guerre est aussi injustifiée, parce qu'après quelques mois de gestion de l'Etat congolais, rien ne justifie le recours aux armes pour renverser un régime pour la simple et unique raison que le chef de l'Etat engage son pays dans la voie de l'indépendance véritable. Le président Kabila est condamné à mort parce qu'il a démontré par les actes, en matière d'indépendance nationale, qu'il se veut être le digne héritier politique de Patrice Emery Lumumba. Il lui a suffi de s'obstiner d'une part, à tenir à l'écart ceux qui partagent avec Mobutu la responsabilité du sous-développement intégral dans lequel se trouve notre pays et, d'autre part, à préserver notre souveraineté nationale des appétits des régimes expansionnistes de la région des grands lacs pour qu'une coalition contre nature entre les mobucrates et les tutsi expansionnistes agresse le Congo.

L'agression dont est victime notre pays ne vise pas monsieur Laurent-Désiré Kabila, le chef de l'Etat congolais, mais le nationaliste congolais qui a déjouer les plans machiavéliques des ennemis de notre peuple. A travers le président Kabila, la coalition mobuto-tutsi se dresse contre la stabilisation de la situation politique dans notre pays. Le but poursuivi par cette coalition ne vise pas à promouvoir la justice, la paix et la prospérité ni l'épanouissement socio-culturel du congolais, mais l'asservissement pur et simple de notre peuple.

En trente-deux ans de pouvoir, les mobutocrates ont largement eu le temps de nous démontrer ce dont ils étaient capables. L'etat dans lequel se trouver notre pays est l'uvre visible de leur action au pouvoir. Comment peuvent-ils encore avoir le toupet d'intenter un procès d'intention contre un régime qui n'a que le malheur de s'atteler à recoller les morceaux de leur gestion chaotique ? Comment peuvent-ils croire que notre peuple puisse encore faire confiance à une équipe qui s'est honteusement cramponnée aux privilèges, quand bien même que la fin de leur leader était devenue inéluctable ? Comment peuvent-ils parler de compétence et d'expérience quand on sait dans quel abîme ils ont conduit le pays ? Si le gouvernement du salut public a du mal à gouverner, c'est justement parce que les mobutocrates ont tout détruit.

Quant aux expansionnistes tutsi, ils ont mieux à faire dans la recherche des solutions viables pour instaurer la paix civile dans leur pays au lieu de chercher des noises à un voisin certes malade mais néanmoins grand. Comme l'a justement dit le président Kabila :  le petit Rwanda ne va pas avaler le grand Congo. Quelle que soit l'issue de la présente guerre, à terme, le Congo finira par écraser le Rwanda. Que le dictateur Kagame se le mette bien dans la tête ! Ceux qui ont pactisé pour déstabiliser notre pays rendront des comptes à notre peuple. L'époque ou le peuple congolais se contentait de recevoir des claques est révolue.

Congolais de la diaspora, s'il est vrai que nous n'avons pas tous la même opinion sur les intentions du président Kabila, nous avons au moins en commun l'amour que nous portons tous à notre cher pays. Beaucoup de nos compatriotes, ceux de la diaspora, en particulier, attendaient un signe fort en matière d'indépendance nationale avant de se mettre en mouvement aux côtés du président Kabila. C'est pour rallier cette franche de la population qui exigeait une clarification de la souveraineté nationale par rapport aux pays de la région des grands lacs et la renégociation des contrats que le chef de guerre Kabila avait signés avec des groupes étrangers que le président Kabila est aujourd'hui condamné à mort. Qu'avons-nous à lui reproché aujourd'hui ? Il a fallu qu'il satisfasse à l'une des revendications majeures des élites congolaises dispersées à travers le monde, pour qu'il perde la confiance de tous les étrangers. En affirmant l'indépendance du Congo vis-à-vis des gouvernements expansionnistes de la région des grands lacs, le président Kabila a compromis les visés hégémoniques des dictateurs naissants de l'Est. En revendiquant d'obtenir un prix équitable sur nos matières premières, le nationaliste Kabila s'est dressé contre les intérêts des négriers économiques qui spolient les richesses des pays qu'ils maintiennent artificiellement dans en état de guerre permanent, donc dans la pauvreté.

Quand un homme d'Etat est attaqué parce qu'il a eu le courage de chercher à défendre les intérêts du plus grand nombre au péril de sa vie, il est un devoir pour tout nationaliste de se ranger à ses côtés. Les prises de position ambiguë de certains soi-disant "Poids lourds " du paysage politique congolais, alors que le pays est l'objet d'une agression manifeste, est symptomatique du comportement mobutocrate (opportuniste). En plaçant les autorités en place à Kinshasa sur un même pied d'égalité que les rebelles, les opportunistes mobutocrates jouent le jeu des gouvernements expansionnistes de la région des grands lacs au détriment des intérêts du peuple congolais.

Le spectre d'un grand Congo capable de catalyser l'émergence d'un pôle économique africain a toujours inquiété les puissances néocoloniales. Hier, pour se débarrasser de tout nationaliste vindicatif, elles se chargeaient elles-mêmes de la sale besogne. Aujourd'hui, par égard à leur propre opinion intérieure, elles se servent de leurs nouveaux valets. Ceux de nos compatriotes qui ont pactisé avec le diable, pour aider les ennemis de notre peuple a maintenir notre pays dans le sous-développement, se trompent de camps.

Peuple congolais, la situation qui prévaut actuellement dans notre pays nous appelle à plus de responsabilité et de cohérence. Nous ne devons plus nous contenter de paroles mais d'actes concrets et réfléchis. Nous devons chercher de formes de participations susceptibles de donner l'occasion, aux meilleurs d'entre-nous, d'offrir à notre pays les compétences dont il a besoin pour amorcer son décollage économique. Tant que notre pays ne se sortira pas de sa situation de pauvreté, l'intégrité territoriale ne pourra être garantie. Les victoires sur les agresseurs potentiels passent par celles que nous devons emporter contre le sous-développement.

Notre pays est certes riche, mais potentiellement seulement. Pour devenir un pays riche tout court, il faut que les filles et fils du Congo prennent conscience de cette réalité afin d'engager les efforts nécessaires visant à transformer le potentiel en concret. Car actuellement, force est de reconnaître que notre Congo bien aimé est un pays pauvre. Il est à tel point pauvre qu'un pays comme le Ruanda peut aujourd'hui nous défier et mettre en déroute notre armée.

L'humiliation que nous sommes en train de subir nous oblige à remettre en question notre conception de l'engagement patriotique. Tous les Congolais doivent méditer sur les vraies origines de nos faiblesses. Ce n'est pas en nous agglomérant en petits clans inefficaces que nous mobiliserons le potentiel humain dont a besoin notre pays pour engager son développement. Ce n'est pas en exaspérant nos prétendues différences de sensibilité que nous offrirons au peuple congolais les raisons de revendiquer l'appartenance à une communauté nationale. Peuple uni, pays fort. Congolais unis, Congo fort. Nous devons amorcer notre combat contre le sous-développement par la victoire sur nos infécondes rivalités. Chacun de nous doit participer à une réflexion sur les voies et moyens à travers lesquelles nous devons emmener le plus grand nombre d'entre-nous à participer au mouvement de reconstruction nationale. Seule une réussite économique collective peut nous donner les moyens d'une politique sociale d'envergure et d'une défense nationale à la hauteur de l'importance que représente notre pays sur l'échiquier continental.

Chers compatriotes, je vous invite à participer à une grande réflexion sur la mise en commun des ressources humaines au service du développement de notre pays. Il ne s'agit pas de nous enrôler dans un parti politique ou nous mettre au service d'un quelconque leader politique, mais tout simplement de mettre sur pied un espace de rencontre des spécialistes congolais, professionnellement qualifiés et expérimentés, susceptible de favoriser l'émergence d'un courant de pensée privilégiant l'excellence. Pour prétendre influer sur les cours des choses, l'intelligentsia congolaise se doit d'exister, en tant que partenaire. Pour ce faire, nul n'est besoin de faire de la politique. Pour être une puissance de proposition et travail, il faut tout simplement exister. C'est à quoi je vous invite à souscrire. Mettons-nous ensemble, sous la forme qu'il conviendra de définir, pour mettre à la disposition de notre gouvernement des idées, projets, expertises, etc. mais aussi des professionnels qualifiés et expérimentés (chefs de projets, experts, spécialistes, etc.). Il est de notre devoir de créer les conditions pour que la compétence et de l'initiative individuelle deviennent le moteur du développement multiforme de notre pays. C'est le chemin obligé si nous voulons accélérer le développement de notre pays.

Les Congolais professionnellement qualifiés et professant dans les pays développés ont le devoir de trouver des formes de collaboration adaptée pour jouer un rôle à la mesure de leurs compétences. Il est anormal que le gouvernement recourt aux experts étrangers alors que les filles et fils du Congo, détenteurs des mêmes qualifications, s'en vont servir d'experts ailleurs. Avec la guerre de la libération, le président Kabila a affranchi notre peuple de Mobutu et de ses amis. Il est de notre devoir de créer les conditions pour remplacer le règne de la médiocrité par l'ère de l'excellence.

Il est urgent de se mettre en ordre de marche pour déjouer la stratégie des hauts fonctionnaires étatiques qui favorisent le maintien des comportements mobutistes pour saboter l'action du gouvernement du salut public. Il est vrai que l'inertie administrative héritée du mobutisme a anéanti beaucoup d'initiatives individuelles et découragé plusieurs entrepreneurs. Le refus d'engager des vraies reformes structurelles et la propension à s'entourer des collaborateurs sur des bases irrationnelles ont fini par maintenir notre pays dans un état d'évolution stationnaire.

La mise en uvre de cette sorte de bourse aux compétences me semble être une forme appropriée pour mettre les responsables politiques de notre pays en face de leur responsabilité. Notre pays ne comblera le retard accumulé que dans la mesure ou il s'engage dans un schéma de développement privilégiant la production des richesses selon les règles de compétitivité universelles. C'est en fédérant les compétences dans cette bourse que nous pourrions constituer une certaine force de proposition positive, sans aucune ambition de pouvoir, à même d'aiguiller les choix des autorités politiques de notre pays et de participer aux études et à la réalisation des programmes mis en uvre.

J'attends vos avis sur cette proposition et compte sur chacun pour l'enrichir. Cordiales salutations.

Roger-Shimba Kankwende
Ingénieur civil EPFL-SIA / Ingénieur de gestion dipl.
54B, chemin de Bois-de-Ban
CH-1066 Epalinges
E-mail : roger.kankwende@lausanne.ch


Réponse:

Monsieur Kankwende,

Bien que nous soyions d'accord avec certaines opinions exprimées dans votre appel, d'autres par contre nous semblent erronées et dangereuses. Nous voulons discuter brièvement les deux opinions suivantes:

  1. Kabila serait "un homme d'Etat ... attaqué parce qu'il a eu le courage de chercher à défendre les intérêts du plus grand nombre au péril de sa vie, il est un devoir pour tout nationaliste de se ranger à ses côtés."
  2. "Les prises de position ambiguë de certains soi-disant "Poids lourds" du paysage politique congolais, alors que le pays est l'objet d'une agression manifeste, est symptomatique du comportement mobutocrate (opportuniste). En plaçant les autorités en place à Kinshasa sur un même pied d'égalité que les rebelles, les opportunistes mobutocrates jouent le jeu des gouvernements expansionnistes de la région des grands lacs au détriment des intérêts du peuple congolais.

Kabila n'est ni un homme d'état, ni soucieux des intérêts des congolais

Kabila n'a fait jusqu'ici montre que d'un népotisme, d'un tribalisme et d'un régionalisme digne d'un Mobutu Sese Seko. Les preuves sont nombreuses à cet égard: son fils est chef d'état major de son armée; il a formé une brigade présidentielle composée essentiellement d'originaires des environs de Manono; enfin, les seuls de ses ministres qui comptent dans les grandes décisions sont originaires de sa province natale.

Si Kabila défend des intérêts, ils semblent n'être, au vu des tares de son régime évoqués ci-haut, que personnels, familiaux, ou, tout au plus, régionaux. Ses intérêts étant ce qu'ils sont, Mr Kabila ne fait pas figure d'homme d'état.

Mr. Kabila n'a mis sa vie en jeu que parceque ses anciens amis planifiaient un coup d'état contre lui, pas par nationalisme. Il a simplement voulu sauver son pouvoir personnel de fait.

Mr. E. Tshisekedi est un personnage politique clef au Congo

En parlant des "prises de position ambiguë de certains soi-disant "Poids lourds" du paysage politique congolais", vous faites visiblement allusion aux multiples interventions du Dr. E. Tshisekedi, notre Président National. L'UDPS n'est ni pour le pouvoir autoproclamé de L.D. Kabila, ni pour un "mouvement" ayant à nouveau l'intention de s'autoproclamer gouvernement du Congo à partir de l'extérieur, comme le fit Kabila en Mai 1997. Nous soutenons que quiconque sort du schéma de la Conférence Nationale Souveraine ne peut avoir l'aval de l'UDPS. Cette position n'a rien de "mobutocrate";car ceux que vous designez du nom d'"autorités en place à Kinshasa" n'ont aucune légitimité de droit. Leur pouvoir est un état de fait sanctionné par les armes. En outre, ceux qui sont en rébellion contre cette autorité de fait, n'ayant d'autre intention que se subsituer à elle par la fortune des armes, ne peuvent avoir en fin de compte qu'un pouvoir de fait, et non de droit. L'UDPS veut éviter ce cycle infernal sans issue à notre pays. C'est là le véritable amour pour le Congo, et non le ralliement à un homme, Kabila, qui jusqu'ici n'a montré que népotisme, tribalisme et régionalisme dans sa "gestion" du Congo.

Mr. E. Tshisekedi est, qu'on le veuille ou pas, un personnage politique clef au Congo. Il a été le premier à dénoncer le fait que Mr Kabila, que vous présenter aujourd'hui comme courageux, était prisonnier d'étrangers inconnus. Nous nous souvenons qu'à cette époque là, beaucoup d'entre ceux qui versent dans le sentiment anti-tutsi aujourd'hui étiez en train de soutenir avec force que tous ceux qui entourait Kabila étaient congolais. S'il y a donc opportunisme et "mobutocratie", c'est dans le chef des partisans de Kabila. Ce dernier lui-même n'a d'ailleurs jamais hesité à engager des mobutistes notoires, jusqu'à ceux passibles de crimes contre l'humanité et génocide.

Mr. E. Tshisekedi est, qu'on le veuille ou pas, un poids lourd de la politique congolaise sans lequel rien de durable ne peut être entrepris politiquement au Congo. Pour preuve, alors que l'AFDL tend à devenir une coquille vide dont la substance se retrouve à Goma, l'UDPS est sans conteste la seule force politique intacte qui, dans la constance, marche vers l'installation d'un état de droit au Congo.

---- La rédaction


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