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[Page principale] [Home page] FAIRE DE LA DISPARITION DE LD KABILA UNE OPPORTUNITEAuguste MAMPUYA K.T.Des interrogations, fortes et profondes, demeurent au lendemain de la mort du président Kabila. Elles se ramènent, toutes, liées aux préoccupations existant avant même la disparition du Chef de l'Etat, à la principale, celle de savoir si la paix a plus de chances aujourd'hui qu'hier. Il faut se poser cette question, la tête froide et avec ouverture d'esprit. Parce que par leurs prévisions, des analystes politiques, les uns plus "spécialistes" de l'Afrique que les autres, jouent aux prophètes des malheurs des mêmes l'annonce, encore alors incertaine, de la mort du président congolais. A la télévision, à la radio, dans les la presse écrite, comme dans les contacts privés, je n'ai entendu que de funestes prévisions, sur la relance de la guerre tous azimuts, le dépeçage inéluctable du Congo, la distribution de ses dépouilles non entre des puissances occidentales ni entre des affairistes internationaux, mais entre les Etats africains voisins. Dans ces "ainsi parle Yahvé", il n'y aura bientôt plus de Congo, à peine peut-être le "Nord-Ouest" (la province de l'Equateur) dont le sort n'est pas prédit, Nord-Est et l'Est étant pris par l'Ouganda et le Rwanda, Kinshasa, la Bas-Congo et le Bandundu par l'Angola, le Kassaï-Maniema et le Katanga accaparés par l'Afrique du Sud, voire le Zimbabwe. Je n'ai trouvé qu'un seul commentateur qui exprime quelque espoir sur le Congo, en la personne de Bernard LELOUP (Le Monde N° 17416 des 21-22 janvier 2001). Ce n'est pas par esprit de repartie ou de contradiction ni même par optimisme béat, que je me sens irrésistiblement poussé à imaginer, et à y croire, un avenir différent. Non pas, comme on le dirait par bon sens, parce qu'ayant "touché le fond", nous ne pourrons aller plus mal. Non seulement par conviction, mais aussi et surtout par une ferme foi dans le peuple congolais, au niveau de l'homme de la rue ou des associations les mieux inspirées de la société civile, dans les forces spirituelles prêtes à encadrer les masses, également dans la partie peut être minoritaire, la plus saine de la classe politique. Cette foi s'enracine dans la justesse de notre cause. FELIX CULPA - FELIX DOLOR A tous ces points de vue, la disparition de L. D. KABILA s'offre et doit être comprise ainsi, comme une opportunité, une occasion favorable. Il ne s'agit certes pas de se réjouir de la mort qui frappe une personne, encore moins celle d'un chef d'état alors que, visiblement, aucune suite politique ordonnée n'est mise en œuvre par les commanditaires de l'attentat. Mais le génie populaire et l'intelligence politique la transforment en une "felix culpa" ou "felix dolor" pour que, au delà de quelque motivation ou vengeance qui en serait à l'origine, cette mort soit utile, servant à quelque bien pour la nation. D'abord, voici le moment d'affirmer la justesse de la cause, non plus celle d'un individu ou d'un groupe d'individus cherchant, au delà de toute intelligibilité, à s'accrocher ou à a accéder au pouvoir. De fait, ce qu'avait pu être occulté par la personnalité, le tempérament et les motivations de L.D. Kabila ou par les enjeux, sincères ou faux, affichés par ses adversaires, se révèle aujourd'hui sous un autre éclairage. Ce n'est pas anodin de dire que tous les congolais, sauf peut être, pour des raisons claires, les dirigeants de la "rébellion", devraient reconnaître l'agression. Certes, quelques "chercheurs" de pouvoir ont pu nier cela, sans convaincre. Certes, les rebelles indépendamment de la guerre civile qu'ils livrent ou qu'ils ont été amenés à livrer n'ignorent pas que la présence à leurs cotés des armées de puissances étrangères est une agression. Mais il faut dire avec force que limitant cette qualification au seul épisode d'après Août 1998, le pouvoir et ses partisans avaient eux-mêmes affaibli l'argument, le rendant contestable, le vidant de son éfficacité. Tant il est vrai que depuis 1996 (le bombardement de BUKAVU, le 22 septembre, le cessez-le feu le 24…), l'Ouganda, le Rwanda ont soumis notre pays à l'agression, continue depuis cette date. Leurs enjeux demeurent identiques, au moins ceux avoués, leurs envies pour "le miel" congolais, leurs propensions expansionnistes à travers le supposé "empire Hima-tutsi", ainsi que les envies économiques des milieux internationaux, dénoncés aujourd'hui, l'étaient déjà par le pouvoir de Mobutu. De même que les intentions prêtées aux puissances de consommer la partition de notre grand pays, décriées sous Mobutu par la publication de cartes et plan "du Pentagone". Quelques ténors de ces thèses, récompensées sous Mobutu, le sont aujourd'hui, pour les même raisons. Il est temps de restituer cette vérité historique et juridique, car ne l'ayant pas dénoncée hier, l'ONU et les puissances se sentent gênés de le faire aujourd'hui, et le disent. Cette argumentation d'agression ne serait plus suspecte si tous nous nous y rallions ; apparaissant alors comme autre chose qu'un simple plaidoyer pro domo dans le chef du pouvoir, elle pourra ainsi porter haut et fort nos accusations. Dans cette perspective, l'enjeu, même immédiat, ne sera plus la succession de Kabila, même pas le "pourquoi son fils?", ni le leadership de "transition", ni isolement, le dialogue inter congolais. Mais aujourd'hui que l'hypothèque ou le prétexte, Kabila est levée, il me semble que plus rien ne sera comme avant. LA LÉGITIMITÉ DE J. KABILA : FAUSSE ET VAINE QUERELLE La succession immédiate et le leadership ne sont pas, ne doivent pas être, un enjeu. Ainsi bien en ce qui concerne la contestation de la légitimité de Joseph Kabila que pour réclamer ce serpent de nier de la politique congolaise qu'est le "gouvernement d'union nationale". En effet, je ne vois pas en vertu de quoi le jeune président serait contesté. La succession ou le remplacement de chef de l'Etat n'est depuis 1997, réglé par aucune norme constitutionnelle. Plus et mieux, il n'existe pas de constitution en RDC, le décret-Loi 003 n'en est pas une , lui dont l'article 1er prévoit l'élaboration et l'adoption d'une "constitution de transition" qui n'a jamais vu le jour. Qui serait aujourd'hui en l'absence de norme constitutionnelle de dévolution, plus légitime que tel autre pour contester celui qui est là, si non en se conformant à la logique, aujourd'hui respectée, qui avait présidé aux débuts du régime, celle de prise de pouvoir ? Peut-on estimer Joseph Kabila incompétent ? Pour moi, rien ne m'autorise un tel préjugé gratuit ; comme tout prétendant, Kabila Jr doit pouvoir bénéficier d'un jugement aux actes. Pour autant, il n'est pas impossible que la contestation soit à l'intérieur même du pouvoir, où l'on fait état de "clans", et quand on entend les ministres des affaires étrangères affirmer sur LCI que Joseph Kabila a été une solution de compromis qui ne peut être que provisoire et transitoire. Quant au gouvernement d'union nationale, il est une vieille revendication de la classe politique du Congo-Zaïre, venant des mêmes milieux qui, pourtant, contestent la légitimité. J'ai toujours affirmé, depuis l'avènement du régime AFDL de L.D. Kabila, que cette revendication était une mauvaise querelle faite au nouveau pouvoir. Il me semblait normal et conforme à la pratique que l'AFDL fût placée, avec son chef, en position de gouverner après avoir défait l'ancien régime. La seule exigence pouvait, on devait et on doit encore, lui présenter c'est de garantir le pluralisme et la liberté des activités politiques. Il s'agissait alors de revendications à base de principes d'une vie politique démocratique, approfondissant le processus qui était déjà en cours. Alors que la recherche d'un gouvernement d'union nationale n'est que l'impatiente de politiciens de profession qui ne se voient et peuvent se réaliser qu'à des postes et des fonctions politiques gouvernementaux ; la soif du pouvoir…pour le pouvoir. Je sais qu'on prête au pouvoir actuel l'intention de former assez rapidement un tel gouvernement. J'imagine que de nombreuses abeilles de "l'opposition" seraient prêtent à aller butiner à cette ruche et … se coller les ailes au miel. Est-il vraiment difficile de comprendre que, toute revendication (pour "l'opposition") ou proposition (pour le pouvoir) d'un gouvernement d'union nationale ; alors qu'existe un schéma complet de rénovation de l'ordre politique et de processus de paix pas l'Accord de Lusaka, est contraire à la lettre et, par sa perniciosité, à l'esprit de cet Accord ? LE VRAI ENJEU : UN DEFI PATRIOTE L'enjeu primordial est ailleurs, dans la recherche, acharnée et convaincante, de la paix. Celle-ci est possible si tout le monde s'y met. Dans ce sens, toute velléité de relance de la guerre est à condamner. Les prétextes pour une telle relance sont nombreux et variés. Ce peut être la tentation des belligérants congolais (armée et rébellions), de démonter que, malgré la disparition de Kabila, leur détermination est intacte et, spécialement pour le nouveau pouvoir à la victoire et, pour les rebelles, d'en finir avec un pouvoir supposé diminué par le décès de celui qui l'incarnait. Ce peut être, concernant les belligérants étrangers, la tentation de s'occuper, à présent que le pouvoir parait affaibli, directement de leurs propres intérêts au Congo, ceux avoués et d'autres officieux ou cachés en particulier, le pillage auquel les uns et les autres se sont allégrement livrés depuis deux ans et demi. Face à toutes ces tentations et ces appétits, une réalité s'impose comme une évidence, c'est que la disparition du président Kabila change fondamentalement la donne. Il est clair que, quelle que soit sa bravoure, ou ses ambitions, le nouveau pouvoir n'aura plus les mêmes ressorts, ni ne disposera de mêmes moyens, sans oublier la dimension, l'équation, la personnalité, le feeling et les motivations subjectives du défunt président, pour soutenir avec le même état d'esprit la même guerre. Il me semble que l'escalade guerrière pourrait être plus le fait des puissances étrangères engagées sur notre territoire que des congolais eux mêmes ; déjà Ougandais et Rwandais d'un côté, Angolais et Zimbabwéens de l'autre, s'entraccusent, tandis que l'Angola aurait renforcé de 8000 hommes sa présence militaire. Mais je suis convaincu que quelque scrupule et l'opprobre sur ce cynisme éhonté de poursuivre la guerre contre vents et marées, alors que la mort du président enlève au moins une partie de la motivation des protagonistes, pourront retenir les ardeurs de ces derniers. Mais c'est surtout sur les Congolais eux-mêmes que reposent mes espoirs. L'expérience de cette guerre, depuis 1996, nous instruit que c'est la détermination nationale qui a toujours donné le la et orienté les événements. Ainsi les espoirs des agresseurs et de leurs soutiens de diviser le territoire national ont été déçus par la détermination des congolais y compris celle des rebelles des deux périodes, à sauvegarder l'unité nationale et l'intégrité du territoire, que la presse actuelle désigne comme étant le seul point positif du bilan du régime Mobutu. Ainsi, lorsque, ayant regretté le soutien accordé à L.D Kabila, les USA cherchaient à récupérer le mouvement et à organiser une issue qui allait écarter Kabila de la prise du pouvoir, ils ont trouvé sur leur chemin la farouche volonté du mouvement rebelle et le souhait populaire de voir partir Mobutu. Ainsi, enfin, aujourd'hui, me semble t-il, si les Congolais sont unanimes dans la rechrchje de la paix par un processus de véritable réconciliation nationale. Le peuple y est favorable et y aspire de toutes ses forces, lui qui est la victime du conflit. Quant à la "classe politique", elle a ici l'occasion de prouver qu'elle n'est pas aussi "bête" ou "idiote" que la presse l'a traitée la semaine de la mort de LD Kabila (Libération). En s'engageant, sans réticence, avec sincérité et avec la ferme volonté d'aboutir, dans le seul processus conçu pour la paix et pour la réconciliation. En n'exigeant du pouvoir que les seuls actes qui lèvent les obstacles jusque là rencontrés par ce processus, (instituant un pluralisme effectif, loin du simple ralliement que veut le pouvoir, libéralisant les activités politiques ; revenant à la facilitation de Ket MASIRE, les conditions du déploiement dela MONUC, etc.). La classe politique ferait également cette preuve en renonçant à l'exclusive et en établissant les contacts utiles entre les différentes composantes, sans préalables, sans anathèmes, y compris avec le pouvoir et la rébellion, mais toujours en vue de faire aboutir le processus de Lusaka. De cette manière un signal national et patriotique fort sera envoyé en direction des états étrangers et de leurs armées pour décourager leurs velléités. Un signal patriotique fort sera également ainsi envoyé en direction des grandes puissances, de l'ONUet de la communauté internationale pour les déterminer à ne pas encourager d'une manière ou d'une autre les propension guerrières des uns et des autres et à prendre enfin en les mesures concrètes et efficaces dans le cadre de la mise en œuvre de l'Accord de Lusaka, à commencer par l'application dans toutes ses dispositions, de la résolution 1304(2000) du Conseil de Sécurité, notamment pour sanctionner les récalcitrant quels qu'ils soient. Dans ce processus, le dialogues inter congolais est une étape capitale, mais ne peut être isolé du cadre global de l'Accord de Lusaka ; ce dernier est, en effet, notre seule arme pour obtenir le retrait de toutes les forces étrangères lesquelles ont, chacune, leurs enjeux stratégiques ou économiques qui n'ont rien à voir avec les préoccupations congolaises, et sont seules à avoir, pour cela, un intérêt à perpétuer la guerre. D'ailleurs, qu'il s'agisse des agresseurs ou des alliés extérieurs, l'enjeu stratégico-sécuritaire qu'ils ont avancé ne sert plus que de prétexte, un paravent dissimulant des intérêts bassement hégémoniques et matériels. La preuve c'est qu'alors qu'ils multiplient les exploits sur le territoire congolais où ils sont soit disant pour réduire leurs rébellions nationales, on n'a pas connaissances des opérations d'envergure entreprises sur leur propre territoire, ni même sur le nôtre, par le Rwanda contre sa rébellion armée et les Interhamwés, par le Burundi contre les forces MDD - FDD, ni pour l'Angola contre l'Unita. L'occasion est à présent propice pour ouvrir les yeux et ne pas servir les intérêts étrangers et les luttes des puissances extérieures pour le leadership régional qui est leur vraie motivation actuelle, sur les dépouilles d'un Congo sans frontières officielles, traumatisé dans le deuil, s'il restait sans projet national et sans pouvoir effectif. Une seule force nationale peut être le catalyseur de ce patriotisme vrai : la société civile, face à des acteurs plus ou moins intéressés à la poursuite de la guerre. En est-elle consciente ? Les vrais patriotes relèveront-ils le défi ? Et c'est l'intérêt du nouveau président ? [Page principale] [Home page] | |