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[Page principale] [Home page] GOUVERNEMENT D'UNION NATIONALE : L'appât, l'aveuglement et la faute.
Tandis que le président J. Kabila engage des entretiens avec différentes composantes de la classe politique et de la société civile congolaises, la rumeur court les rues et radiotrottoir émet à Kinshasa, les salles de rédaction et les autoroutes de l'information sont encombrées de bruits sur l'imminente formation d'un gouvernement d'union nationale ou d'ouverture. Par rapport aux objectifs stratégiques, il serait intéressant et instructif de savoir à quoi pourrait correspondre en ce moment précis une telle initiative. Un gouvernement d'union nationale, de large union, de consensus, de salut public, de large ouverture, etc., ainsi que toutes les inventions dans lesquelles l'imagination foisonnante des politiciens congolais s'est toujours montrée très fertile, a un sens plus ou moins précis. Dans tous ces cas, il s'agit de former un gouvernement qui mette ensembles les différentes tendances ou familles de la scène politique ou, encore, dans une autre perspective, les représentants de toutes les composantes ethniques ou régionales de la société. L'objet d'un gouvernement d'union dépend de la situation dans laquelle il s'avère indispensable ou simplement utile; mais chaque fois il s'agit de faire face à une difficulté ou situation de crise, à un défi interne ou externe. Un tel enjeu peut être lié aux nécessités du bon fonctionnement des institutions ou du jeu démocratique, au besoin de conjuguer les efforts , mobiliser les énergies pour obtenir l'adhésion de tous les horizons autour d'une politique difficile à mener sans un tel consensus de la classe politique, à la nécessité de faire appel au sentiment national et au patriotisme pour faire face sans faille à une menace extérieure etc. Mais aussi, en cas de crise nationale, cette formule peut sanctionner un processus de réconciliation nationale, ou encore apparaître comme la plus conforme, sur le plan des principes et de la sagesse politique, à l'esprit d'une période transitoire, étant d'ailleurs la seule formule moralement et politiquement équitable et acceptable quand il n'y a pas encore élections et que l'on prépare un changement de "république". La situation de la RDC renferme plusieurs de ces enjeux. Mais tous ceux-ci sont dominés et conditionnés par le défi principal de la paix et de la réconciliation nationale, lui-même lié à la nécessité de l'évacuation du territoire national par les forces armées étrangères. Toutes ces dimensions sont prises en charges par un processus auquel notre pays, est partie. Il s'agit du processus de l' accord de Lusaka qui vise à la fois les aspects institutionnel, de la paix, de la réconciliation nationale et du retrait des forces étrangères. La question gouvernementale est liée, dans ce processus, aux aspects des institutions et de la réconciliation nationale. Dans ce sens, un gouvernement d'union nationale, devant viser l'association de toutes les tendances et sensibilités politiques les plus significatives, ne peut intervenir qu'à l'issue, et non en dehors, d'un processus de réconciliation nationale, pour couronner celui-ci. Il faut reconnaître que dans la situation politique nationale actuelle, à l'évidence, la nécessité de réconciliation ne se justifie, concernant le pouvoir en place, que par rapport aux mouvements rebelles qui sont avec lui en profonde contradiction politique s'exprimant par un conflit armé. Cela d'autant plus que, quoi que l'on dise, l'opinion publique, tout comme la classe politique est partagée dans ses sentiments, globalement entre ses deux camps. La réconciliation est nécessaire au sein d'une société si divisée et, cela, dans la perspective de consolidation de la paix. Tout le monde le sait, seul l'Accord e Lusaka organise tout cela dans un processus global qui, outre les questions militaires, institue le "dialogue national ouvert", "négociations politiques inter-congolaises" qui "mèneront à un nouvel ordre politique et à la réconciliation nationale en République Démocratique du Congo" (Art. III-19), et qui sont des négociations "inclusives" (Annexe A, chap.5.4). Répondant à l'économie générale que j'en ai esquissée ci-dessus, un gouvernement d'union nationale ne peut être que l'une des institutions de ce nouvel ordre politique, nécessairement de réconciliation nationale et de transition. Contrairement aux allégations tendancieuses et non fondées souvent répandues, le nouvel ordre sera non seulement l'expression de la réconciliation mais aussi un ordre de transition, c'est à dire des "institutions devant être mises en place en vue de la gouvernance en RDC" (Annexe A, chap. 5.5.c) devant "aboutir …à la tenue rapide des élections démocratiques, libres et transparentes" (Annexe C, définitions, sous "le dialogue national"). De fait, un gouvernement, et l'ensemble d'autres institutions, p.ex. le parlement, devant traduire la réconciliation et préparer les élections, ne peuvent être que des institutions de transition et d'union constituant l'ordre politique issu du consensus global obtenu par les négociations politiques dans le cadre du dialogue national. Est-il difficile de comprendre que, dans les circonstances actuelles et face aux enjeux nationaux bien compris, un gouvernement d'union ne peut se concevoir que dans ce cadre du nouvel ordre issu du dialogue national ouvert et sans exclusive ? Alors, pourquoi en parle-t-on en ce moment ? Il est vrai que le successeur du feu Président Kabila doit ou est amené à procéder à une restructuration, en particulier au niveau du gouvernement. Sans y être obligé, Joseph Kabila a le droit de remanier ou de changer le gouvernement, sanctionnant les incompétents, les indociles, les peu honnêtes, amenant les fidèles ou répondant à toute nécessité de sa politique extérieure, etc. Ce faisant, ce ne sera qu'une réorganisation des services et d'une institution qui ne sont que ses auxiliaires. Mais, quelle que soit l'ampleur du changement, et même s'il en modifiait la structure (p.ex. avec un Premier ministre), il n'est soumis à aucune condition (même constitutionnelle) et ce ne peut en aucun cas être un gouvernement d'union nationale. Disons sans hésiter qu'un gouvernement recevant une telle dénomination ou prétendant jouer ce rôle, tout en excluant la participation, aujourd'hui impossible et inenvisageable, des mouvements rebelles, ne serait pas un gouvernement d'union, et ce serait d'ailleurs une initiative dangereuse et néfaste. Si l'initiative en venait du pouvoir en place, elle pourrait signifier, au mieux, la volonté de ce dernier d'élargir sa base. Initiative légitime, ayant pour conséquence immédiate et logique l'intégration par ralliement de la mouvance présidentielle par les personnalités ou les mouvements qui accepteraient d'en faire partie ; il ne peut en être autrement. Autre conséquence intentionnelle, ce genre de gouvernement participerait de toutes les autres initiatives consistant à réunir derrière le président la majorité de l'opposition non armée et de la société civile, une sorte de front commun interne ou, même général, face aux mouvements rebelles, ainsi minorisés lors d'éventuelles rencontres. En cela cette initiative irait à l'encontre de l'esprit de réconciliation, éloignerait la perspective de paix ; elle serait alors dangereuse et néfaste. Si l'initiative en venait de la classe politique, en fait de l'opposition non armée et de la société civile, elle procéderait du vagabondage et de l'aveuglement de nombre de "politiciens" de notre pays. De fait, le "gouvernement d'union nationale" a toujours hanté l'opposition, revendication régulièrement exprimée et manifestée, tel un serpent de mer, à chaque occasion. Cette revendication n'est pas plus justifiée aujourd'hui qu'elle ne l'était du temps de L.D. Kabila. Fausse querelle cherchée à un pouvoir à propos du quel la question de la légitimité n'a pas à être posée dans les termes que nous avons entendus ça et là. En particulier il est vain de contester la légitimité de la succession qu'assume Joseph Kabila. En vertu de quelle norme constitutionnelle quelqu'un, sauf usurpation, s'attriburait-il le droit et le pouvoir soit de contester l'accession de Joseph soit de l'y autoriser ou de l'entériner, ainsi qu'ont prétendu le faire les gens jadis nommés à " l'Assemblée constituante et législative ?" C'est au nom de cette contestation qu'on réclame un gouvernement, ou encore, pince sans rire, des "élections immédiates" comme nous l'avons entendu. Sur quelle planète vivons-nous? Le président a le droit de former son gouvernement, sans contrainte et, autant qu'il veut, de compter sur les hommes qu'il estime dignes de confiance et compétents. Que de grâce, on ne l'encombre pas de préoccupations politiciennes des gouvernements d'union, de salut, etc. Qu'on lui laisse le temps, avec le gouvernement qu'il se donne librement, de remplir l'engagement pris, ensemble avec "l'opposition armée, à savoir… et l'opposition politique à entamer un dialogue national ouvert… associant également les forces vives de la Nation", et menant "à un nouvel ordre politique et à la réconciliation nationale en RDC" (Art. III.19) Faut-il être un génie pour comprendre que dans nos conditions actuelles et sans ce cadre et ce processus, un gouvernement d'union,, inconcevable, n' a ni sens ni fondement et que toute proposition ou revendication de ce genre est soit un appât pour piége à …, soit de l'aveuglement politique, soit une faute grave. On a le choix, y compris celui d'opter pour tous les trois à la fois. Professeur Auguste MAMPUYA Kanunk'a - Tshiabo [Page principale] [Home page] | |