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POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL





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Analyse rétrospective du fondement idéologique de Tshisekedi et bilan de son périple au Canada*

Mbuyi Tshitebua Albert


Au moment où nous couchons ces lignes la fièvre de l’événement qui a retenu notre attention des semaines entières est retombée; Tshisekedi a déjà quitté le sol canadien et entamé son périple chez nos voisins du Sud, les Etats-Unis d’Amérique.

Le moment n’est - il pas propice de faire une brève synthèse des principaux faits vécus; des moments forts à remémorer et des leçons utiles à tirer sur ce qui a semblé moins bien marché ! Faut-il blâmer les uns pour de nombreuses ratées qui se sont manifestées; et louer les autres pour leurs brillantes performances ?

Telles ne sont certainement pas nos intentions. Nous laissons à d’autres cette tâche. Il y a fort à parier qu’il y aura un débat interne au parti pour ces genres des choses. Dans l’hypothèse où ce débat aurait lieu, il est supposé que des questions touchant des aspects organisationnels prendraient le dessus sur des questions de fond. Or, sans minimiser ces aspects organisationnels, ce sont surtout les questions de fond qui nous intéressent. Quelles sont ces questions de fond ? On peut en faire une synthèse ci-dessous ; Tshisekedi a eu à livrer un message politique aux décideurs Occidentaux et à leurs opinions publiques respectives d’une part ; et d’autre part à la diaspora congolaise, toutes tendances confondues. Comment les uns et les autres ont réagi à ce message ? En effet, ce message a été reçu de diverses manières et les premières réactions que l’on a entendues ouvrent déjà des pistes de réflexion assez intéressantes et nos idéologues de l’UDPS – du moins tous ceux qui se considèrent comme tels au sein du parti – ont du pain sur la planche.

Message

Tshisekedi a dit oui, le Congo-Zaïre peut s’en sortir de son gouffre infernal où il est plongé depuis à peu près un demi siècle. Le remède s’appelle la démocratie, un Etat de droit. Les moyens d’y arriver demeurent la non-violence, le dialogue entre Congolais-Zaïrois. Ce dialogue peut revêtir plusieurs formes (Conférence Nationale Souveraine, Symposium, Dialogue intercongolais etc.) Le fond du problème reste le même. Ce choix du dialogue s’interdira le recours à la violence, à la lutte armée, à diviser le peuple en deux camps : celui des vainqueurs d’un côté , des vaincus de l’autre.

Ceux qui s’accaparent du pouvoir politique et économique d’un côté ; ceux qui en sont exclus de l’autre. Le dialogue au contraire, favorisera la recherche d’un consensus le plus large possible entre les fils et les filles de notre pays; quels que soient leurs choix et leurs opinions politiques.

Cette option en faveur de la non-violence n’est pas seulement l’affaire de Tshisekedi comme individu mais c’est une ligne politique inscrite dans les textes officiels de l’UDPS et demeure par conséquent un choix auquel adhèrent un grand nombre des membres de l’UDPS. Cette ligne est demeurée pour l’essentiel inchangée du temps de Mobutu jusqu’à celui de Kabila. Certes, il y a eu des infléchissements, mais ils ont été mineurs à telle enseigne qu’ils se sont révélées sans aucune influence décisive sur le fond.

Les gains de la non-violence Face à l’Occident, l’idéologie de la non-violence nous a permis de nous positionner comme deuxième interlocuteur à côté de Mobutu ou contre Mobutu. Ceci est très important pour tous ceux qui vivent dans un monde où la guerre froide n’est plus un spectre qui pèse lourd sur les consciences des dirigeants Occidentaux. Rappelons pour rafraîchir la mémoire de certains que dans les années 80 où l’UDPS a vu le jour Mobutu est encore le chou chou de l’Occident, à cause du rôle de chien de garde qu’il jouait contre la contagion virtuelle ou réelle du communisme au sein des Etats du continent noir ; même si les deux guerres du Shaba et l’arrivée du président Carter à la tête des Etats-Unis avaient contribué à desserré les liens d’indéfectible attachement de l’Occident envers Mobutu. Ce dernier est resté l’enfant chéri de l’Occident, malgré quelques critiques exprimées ici ou là. Nous avons séduit l’Occident comme une force d’alternance possible par notre non-violence, par notre projet de société qui somme toute n’avaient rien de révolutionnaire à la Mao ou à la Fidèle Castro.

"La lettre ouverte" elle même qui consacrait la dissidence la plus élaborée intellectuellement que n’ait jamais affronté les partisans du parti unique, le MPR, n’était non plus un Manifeste du parti communiste. Face à ce document, l’édifice MPR qui avait toutes les apparences d’invincibilité connaissait pour la première fois des fissures les plus sérieuses pour la bonne raison que les critiques qui y étaient exprimées, leurs auteurs avaient connu pour certains le Mobutisme de l’intérieur. Les gains de la non-violence enregistrés contre Mobutu étaient évidents et réels. Mobutu, on le sait, son recours systématique à la violence et à la politique de la répression tous azimuts a été paradoxalement sa faiblesse la plus manifeste. Pour tuer une moustique doit-on utiliser des chars et des canons ? Mobutu s’est trouvé désarçonné face à des gens aux mains nues, comment utiliser des grands moyens spectaculaires susceptibles de semer la panique et de dissuader tout éventuel opposant ? Il était constamment devant un dilemme. Face à des opposants nébuleux et se dissimulant sans cesse dans la masse comme un poisson dans l’eau. D’où sa peur maladive qu’il avait fait fuir de Kinshasa pendant des longues années.

Tout observateur honnête de la chose politique congolaise doit reconnaître que Kabila nous a volé notre victoire. Mobutu usé par la non-violence était tombé comme un fruit que Kabila est venu ramasser. Face à la crise actuelle les gains de l’option non-violente sont manifestes. Nous avons appris une seule chose avec l’arrivée de Kabila porté au pouvoir par la lutte armée ; nous savons depuis lors que l’usage de la force pour organiser politiquement une société s’est avérée une solution qui mène à l’impasse. Les Kabila, Kagame, et les Museveni, découvrent la vertu d’une solution politique obtenue par la négociation. Les rencontres de Lusaka, de New York et nombreuses d’autres en sont la preuve éloquente. Combien de temps ces messieurs continueront-ils à se voiler la face sur ce qui semble évident aujourd’hui, à savoir que la violence a échoué sur bien des plans sauf sur celui de l’enrichissement personnel. Si bien que cette guerre congolaise semble à beaucoup d’observateurs avertis comme un conflit qui n’a rien à voir avec un idéal politique. Certains l’ont souligné avec raison d’ailleurs que ce conflit est avant tout une guerre des diamants. L’Ouganda et le Rwanda en sont venus même aux mains se disputant les diamants de la province Orientale. Nous attendons encore la suite de ce triste feuilleton qui n’a pas dévoilé tous ses coups bas.

Les déficits de la non-violence

Les délais pour accéder au pouvoir politique sont généralement des processus qui paraissent trop longs à certains. Il s’en suit des découragements et des abandons. Ceux qui perdent patience deviennent souvent la proie facile et succombent à la tentation du vagabondage politique. Le prix à payer du point de vue du coût humain est très élevé. L’option non-violence ne pourra réussir totalement que là où un effort particulier de conscientisation et de sensibilisation est fourni. Dans un pays où règne un régime dictatorial comme le nôtre les possibilités de sensibilisation sont très limitées. En plus, nous aurions même tendance à dire que c’est un choix qui a plus de chance de s’épanouir à bien des égards dans un environnement où le niveau d’instruction des gens est élevé.

Tshisekedi apôtre de la démocratie, d’un Etat de droit et de la non-violence

Le message qu’il est venu apporter se présente sous ces trois aspects qui forment un tout cohérent comme nous venons de le décrire. Le phénomène Tshisekedi est à la fois simple et complexe à expliquer. Ce n’est pas ici le lieu de s’y attaquer. Néanmoins, avec le temps nous commençons à en discerner un certain nombre de constantes – l’homme est convainque de son affaire et ne s’en écarte que rarement. Que des preuves traversées ! Que des vents et marées affrontées ! Et jamais, il n’a renoncé à son combat. Nous en déduisons qu’il s’agit là d’une situation dont on peut parler de l’existence des "justes causes". Or, l’expérience montre que quand il s’agit d’une juste cause défendue avec acharnement les choses s’imposent d’elles-mêmes. C’est ce que nous avons cru discerné dans le personnage de Tshisekedi ces derniers jours.

Autre constante c’est le caractère fondamentalement paisible du personnage. Ces détracteurs ont beau multiplier des calomnies, des propos agressifs, l’homme répond par un calme presque olympien. Ses réponses sont courtes, incisives et dites sous un ton paisible. Les quatre jours que Tshisekedi a passés à Montréal ont été riches en enseignements. Des moments forts à retenir sont : son intervention à la télévision et la rencontre avec la communauté congolaise ont laissé des souvenirs indélébiles dans l’esprit de ses auditeurs. Il a réussi, on ne sait pas trop comment, à se tirer d’affaire sans qu’il y ait un moindre incident. Ne serait–t-il pas là un charisme particulier ?

III. Les réactions

Du côté des décideurs Occidentaux

Nous sommes de ceux qui pensent que cette fois-ci l’Occident s’est montré plus que favorable aux thèses défendues par Tshisekedi. Dans quelle mesure cette attitude de compréhension se traduira-t-elle de notre côté en capital politique ? C’est un gros défi auquel les idéologues de l’UDPS sont tenus de répondre. L’option qui est la nôtre ne peut aboutir à des résultats positifs que dans la mesure où investissement temps, réflexions, débats d’idées seront à la grandeur du combat à mener. Il faut sortir de l’esprit de LIKELEMBA, l’esprit d’amateurisme. Il faudra se montrer inventif. La médiocrité doit céder la place à l’excellence et la guerre des "petits chefs" doit cesser pour que s’engage enfin le vrai débat sur des problèmes réels.

Les réactions des congolais

Elles furent multiples, les unes sympathiques, d’autres opposées et d’autres encore haineuses voire même calomnieuses. Inutile d’y revenir dans l’intégralité. Nous retiendrons cependant une leçon : les gens de la famille politique de Tshisekedi ont un travail énorme à faire. Tshisekedi leur a donné un exemple à suivre dans ce domaine. Des jours durant, il a essayé le mieux qu’il pouvait d’expliquer et de convaincre et cela sans aucune violence verbale. Si nous sommes conséquents avec nous-mêmes, un parti comme le nôtre, par principe démocratique ne doit pas esquiver un débat de fond. Nous devons sans cesse expliquer et convaincre. Pour cela il y a une question préalable qui se pose. A savoir, sommes-nous nous-mêmes comme membres de l’UDPS convaincus du bien fondé de notre message politique et de l’option non violente ? Le problème se situe là.

Un dossier est resté ouvert. Celui de nos compatriotes, frères et ressortissants du Kivu. Les questionnements soulevés par ces frères, au-delà de tout autre considération mériteraient qu’un débat puisse s’ouvrir et qu’un dialogue constructif puisse se nouer. Là encore, nous devons convaincre. Nous devons considérer que le conflit qui endeuille notre pays est une épreuve à laquelle nous devons faire face comme Congolais et Congolaises tous unis dans le malheur. L’heure n’est plus aux accusations faciles, aux dissensions. Sachons nous parler et surtout convaincre.


*Texte paru dans La Renaissance n° 40, du mercredi 31 mai 2000. La Renaissance est un Mensuel de l’Union de la Diaspora Congolaise du Canada qui est publié à Montréal. Pour tout contact, prière adresser votre E.mail à l’adresse suivante : mwambakt@dsupernet.ca
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