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[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] Un conflit béant ! *par Mwamba K. TshibanguLa décrispation politique au pays du majestueux fleuve Congo demeure chimérique et toujours à rechercher. Le calendrier fixé lors de la signature de laccord de paix de Lusaka le 10 juillet dernier, nest nullement suivi et ne semble même pas décoller. Au lieu dasseoir davantage une paix encore chancelante, de part et dautre, on renforce les positions, visiblement pour passer à une contre-attaque. Le climat est fort tendu et les suspicions des violations du cessez-le-feu, pour utiliser un euphémisme, saccompagnent ponctuellement des démentis formels. Et pourtant, sur le terrain, on dénombre encore des victimes, pour la plupart des civils. Dans certaines zones du pays, occupées ou non, les paisibles citoyens vivent assiégés et ne savent plus à quel saint se vouer. Or, apparemment quoiquil ait été difficile de croire à la bonne foi des signataires de laccord de paix, nous espérions que, cette fois-ci, pourrait être la bonne. Car, la volonté pressante de tout un peuple de sortir rapidement de cette guerre se justifiait dautant plus fortement à cause du risque de la partition qui guette toujours notre pays. Ce risque potentiel mais en réalité déjà factuel, vaut à lui-même, un engagement ferme de tous les congolais afin de sauvegarder lintégrité territoriale et lunité de notre pays. Le sentiment dappartenir à une nation est pour tout congolais un acquis réel auquel on ne pourra plus sen défaire aussi facilement que certains le pensent. Cest principalement, au nom de ce risque majeur que les différents antagonistes devraient prendre conscience de lenjeu quils ont devant eux et du péril auquel, leurs actes, consciemment ou inconsciemment, pourraient porter gravement préjudice aux intérêts de toute la nation. Malheureusement, il nous est donné de constater que de part et dautre, en dépit de déclarations solennelles, on joue non seulement à lattentisme, mais plus que cela, on se livre à un vrai jeu de cache-cache qui a cependant le défaut de se jouer en plein air devant les milliers de personnes qui les observent attendant deux quils traduisent dans les actes la parole donnée. La paix. Une paix durable et non éphémère. Une paix réelle scellée par une attente véritable entre toutes les forces vives du pays(acteurs politiques et personnalités de la société c ivile). Cette attente était naturellement dans lordre des choses. Elle devait passer par le fameux dialogue inter-congolais. Or, voilà que pour des raisons diverses, ce dialogue traîne le pied. Et le gouvernement Kabila, qui sobstine à ne pas considérer la nouvelle donne politique, continue à rouler sa caravane des CPP comme avant la guerre. En effet, ces mentors nont pas trouvé mieux que dorganiser le débat national, en labsence des "brebis égarées" de la rébellion qui se disputent le pouvoir avec eux et qui, fortes de leurs positions sur le terrain et du soutien ouvert de certains pays et puissances étrangères, contrôlent plus de la moitié du pays. Dans ce forcing désespéré, - puisquon ne sait pas lincidence q ue ce forum peut avoir réellement sur la situation actuelle qui prévaut sur le terrain -, les hommes à la tête de la caravane des CPP nont pas su, une fois de plus, évaluer le rôle et la place des autres partis politiques dans léventuelle recherche dune solution durable à cette crise, terrible et terrifiante qui sabat impertinemment sur le peuple congolais. En imitant ou en emboîtant, si tel est le cas, le compromettent des rebelles, le gouvernement se laisse aller à des erreurs de jugement très graves. Cet acte posé prétendument pour exprimer la souveraineté de lEtat, ne pouvait saccomplir intelligemment en courant le risque de ne parvenir à aucun résultat concret. En vérité, dans ce conflit armé aux conséquences désastreuses, il y a de toute évidence une guerre invisible qui se joue à dautres échelons et qui semble être le leitmotiv qui dicte les comportements des principaux acteurs de cette crise. La guerre dans la guerre ou encore de manière explicite, la guerre dintérêts (personnels) justifie ce refus darriver à une solution rapide. Il est clair que plus la guerre dure, plus il y a possibilité de pêcher en eau trouble. Je crains fort quon nattache plus dimportance au pouvoir pour le pouvoir et aux dividen des quil procure illégalement surtout - quà résoudre réellement les problèmes qui sont véritablement au cur de la préoccupation de tous, en commençant par cette paix tant attendue et qui semble toujours séloigner. Si la logique actuelle qui se manifeste dans les deux camps continue à prévaloir, nous risquons de consommer une bonne partie du troisième millénaire dans un conflit béant qui appauvrit le patrimoine national plus quil ne lenrichit et qui endeuille nombreuses familles.
La solution qui sera difficile à trouver, à cause de la cupidité des uns et des autres pourrait être envisagée autrement, sans quaucun des prétendants ny perde la face. Au point où nous sommes arrivés, si réellement on veut sortir de limpasse actuelle et arriver à organiser les élections libres et démocratiques, ne serait-il pas le cas denvisager que le pays soit dirigé, pendant une période déterminée par un triumvirat ? Les moralités seront bien sûr fixées et les balises mises sur place pour sécuriser et garantir le droit de tout le monde. Au nom de nos ancêtres qui nous ont légué ce pays fabuleux, nos politiciens sauront-ils transcender les intérêts personnels ou corporatifs pour voir une fois pour toute lintérêt suprême de la nation congolaise qui est en train de seffriter et de se consumer sous nos yeux ? Le futur nous démontrera quel virage ils prendront et cest, à partir de cet acte qui revêt une importance capitale que nous-mêmes, l
histoire et les générations futures les jugeront.
* (Editorial paru dans La Renaissance, n° 33, du samedi 30 octobre 1999. La Renaissance est un Mensuel de lUnion de la Diaspora Congolaise du Canada. Elle est éditée à Montréal, Canada. Pour tout contact : E.mail : mwambakt@dsuper.net ) [Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] | |