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[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] PLUS D'UN SIECLE DES CHARTES DE PRINCE AU CONGOJusqu'a nouvel ordre, c'est bien Laurent Desire Kabila qui dirige le gouvernement de la Republique Democratique du Congo. Malgre les elans nationalistes longuement commentes dans plusieurs milieux, nous formulons souvent des critiques sur son action, comme si celle-ci seule servirait d'apesanteur au bien-etre du peuple congolais qui s'ecroule sous le poids de la misere. En denonçant les aspects controverses de sa politique, tout se passe comme si nous aurions d'autres preferences, sinon que par une certaine cecite nous ne voyions rien de positif dans sa pensee politique. Il n'en est rien de tout cela. Mais, non plus, nous n'avons pas ici l'intention de renier certaines de nos assertions anterieures sur ce regime anachronique, qui place dans une situation aussi singuliere, oblige les consciences a se solidariser avec son action. Aujourd'hui, le Congo n'est plus que l'ombre de cet Etat moderne que nous reprenions un certain 30 juin 1960 des mains des colonisateurs belges. L'industrie congolaise n'est plus ce deuxieme foyer de developpement en Afrique subsaharienne apres celui de l'Afrique du Sud. Kinshasa n'est plus cette ville dont Lumumba disait qu'elle etait une construction merveilleuse qui etonnait le monde et que nous devions aux Belges. L'homme congolais a rejoint la conhorte des refugies qu'il contemplait autrefois avec curiosite a la television. Ce n'est pas a Kabila que nous devons adresser des reproches pour tout cela. L'ordre economique international et l'inconscience des cadres congolais ont affaibli le Congo. Comme des vautours, les Etats voisins se precipitent pour achever le moribond Congo et enlever a sa caracasse ce qui lui reste d'assez moeleux. Depuis que le Congo existe comme Etat, entendez depuis 1885, ce pays n'a jamais connu une seule ere des libertes individuelles. A la creation de L'Etat Independant du Congo, le mobile d'etouffement de ces libertes en etait la necessite d'appliquer la coercission sur le Noir congolais pour accroitre la production qu'attendait le roi en vue de construire la splendeur de la couronne. Nous avons tous eu connaissance des massacres perpetres sur notre territoire par les agents leopoldiens dans leur effort de maximisation de la production de caoutchout . Les massacres des travailleurs de l'Union-Miniere du Haut-Katanga en 1942, a la suite d'une greve (pour 2 frs d'augmentation) demeurent dans la memoire du peuple comme tant d'autres scandales des droits humains commis par le colonisateur au detriment du colonise. Ici, le subterfuge aux violations des droits elementaires etait la necessite d'assurer le progres des affaires metropolitaines. On ne fera jamais allusion assez au fameux ''Pas d'elite, pas d'ennuis'' qui a mis le Congolais en retard sur tous les peuples colonises du continent en matiere d'initiation a l'administration de son pays. Le beneficiare de ce deuxieme refus des libertes au peuple n'etait pas non plus le peuple congolais lui-meme, mais plutot les milieux d'affaires et les elites politiques Belges de l'epoque. En orchestrant la chute du gouvernement Lumumba en 1960 d'abord ensuite en commanditant la mort de son leader en 1961, la C.I.A. americaine, la Belgique ainsi que les gouvernements central de Leopoldville et provincial d'Elizabethville avaient pour objectif de s'assurer une dominion economique et politique, mais la confiscation des libertes democratiques qui s'ensuivit devait avoir pour pretexte ''la protection du Congo contre la penetration communiste en Afrique''. Le beneficiare de cet Etat des choses, on le sait, ce n'est pas le peuple Congolais. C'est plutot le monde occidental et ses suppots congolais du Groupe de Binza. Lorsque Mobutu decida de ''prendre ses responsabilites'' en 1965: l'espoir de notre peuple fut enorme, tant la deception etait grande a l'endroit de la politicaille des annees 60. Les succes des premiers mois de son gouvernement nous pousserent a lui accorder un cheque en blanc. Les pouvoirs legislatif, executif et judiciaire furent tous concentres entre ses mains. La ou la ''constitution'' proclamait la plenitude de son pouvoir, le parti-Etat erigeait en loi toute parole publique du prince. Celui-ci n'y alla pas des mains nues. Il appliqua le premier un principe qu'il avait ennonce a l'ONU en 1973: ''lorsque les riches exploitent les pauvres, ils deviennent de plus en plus riches, tandis que les pauvres deviennent de plus en plus pauvres''. Surtout lorsque toutes lois cessantes, le prince, sa cours et les courtisans investissent mines, usines, champs et reserves de chasse. A qui a profite la deconstruction de l'Etat qui a accompagne cet autre refus des libertes democratiques au peuple congolais? Certainement a Mobutu et a ses suppots. La lutte menee pendant pres de 7 ans par notre peuple avait deja permis d'identifier les objectifs immediats de la collectivite. En effet, l'independance des trois pouvoirs, la gestion transparente par le controle interinstitutionnel, la planification par la base (le federalisme, sinon une forte decentralisation), la relance du developpement par l'assainissement du cadre macro-economique, l'equite par la justice distributive, etc... Il convient de signaler que c'est la Conference Nationale Souveraine, qui a tant premier forum de cette ampleur dans toute l'histoire du Congo, avait permis une aussi large concertation pour cheminer vers un certain nombre des choix judicieux pour un Congo de demain. La resistance quasi-invaincible de l'ex-dictateur Mobutu avait conduit a une impasse qui n'a pas permis au peuple d'experimenter sur le terrain les conclusions d'une aussi vaste concertation nationale. Mais, produit des services speciaux, Mobutu savait, par experience personnelle, qu'on peut acheter la conscience de n'importe qui au moyen de l'argent. Il ne lesinera pas sur les moyens. La ''democratisation devait capoter plus par la faute d'un pouvoir corrupteur que par la faute d'une mauvaise opposition. De compromis a compromission, la charte de la transition issue des travaux de la C.N.S. avait perdu toute sa quintescence, on etait loin des attentes du peuple a la veille de la Conference Nationale Souveraine. Ainsi, la ''Rebellion des Banyamulenge I'' suscita-t-elle un sentiment mitigie a son debut : la peur des intentions des commenditaires du Ruanda et de l'Ouganda versus l'opportunite d'enrayer le mobutisme decidement difficile a balayer par la voie pacifique. Lorsqu'apparut un prete-nom congolais aux cotes des rebelles, le peuple, naivement mais surtout accule, dut mordre a l'hameçon. Sa liberation du mobutisme entraina la perte de l'autonomie des decisions aux Congolais en tant que collectivite nationale. Un partage reel ou tacite de pouvoir dit de Lemera aurait permis aux Ruandais d'avoir la haute main sur la chose publique au Congo. Un peu comme les Juifs qui firent appel aux Romains pour chasser les colonisateurs grecs, pour ensuite tomber sous la colonisation de leurs allies. Mais, l'histoire retient que la tentative des Juifs a se soulever sous la direction de Bar Khokeba vers l'an 70 se termina par un baie de sang qui les accula a l'exile: on parlera de la diaspora juive. Ponctuee des massacres (pongrons), cet exile ne se termina qu'a la suite d'un genocide de 1939-45. Dans le cas du Congo, l'etablissement d'une dominion ruando-ougandaise proceda de la meme maniere. La confiscation des droits elementaires du peuple congolais astucieusement conquis n'etait plus qu'une suite logique. Ainsi, en 1997, comme nous l'avons vu depuis l'Etat Independant du Congo, le beneficiaire des changements politiques ne sera pas le peuple congolais. Si avant l'independance les Belges craignaient les ''ennuis'' (les revendications independantistes), et que le groupe de Binza en 1960 ''endiguait le communisme'' comme aussi Mobutu apres 1965, les Ruandais et les Ougandais avec Kabila comme dindon de la farce craindront le retour des Mobutistes contre qui le seul bouclier n'etait qu'un pouvoir de la terreur. Les armees sans frontieres du prince des Milles Collines excluront donc le peuple congolais des mecanismes de controle du territoire et de sa population. La Conference Nationale ayant invalide la nationalite automatique des Banyamulenge, l'allusion a ce forum comme source de legitimite devait etre enraillee par la repression. Tshisekedi qui la representait devait etre mis hors d'etat de nuire. Belges, Americains et Français qui suggeraient une reconciliation nationale devinrent des chats qu'il fallait appeler de leur nom: les ''imperialistes''. Certes, un travail de titant a ete abattu pour receer un nouvel esprit au sein de la population. La monnaie a ete stabilisee avec des effets tres sensibles sur les prix, ce qui ne peut laisser les Kinois indifferents. La securite etait revenue dans les quartiers d'habitation, la corruption a ete momentanement enraillee. Devant les pressions croissantes pour la democratisation, ''le panafricaniste'' Kabila dont la devise proclamait que les richesses du Congo appartienent a l'Afrique ne pouvait capitaliser quelque chance que s'il se separait de ses allies qui ont si vite reussi a s'aliener aussi profondement les Congolais. Le coup une fois evente avant l'acte, les anciens allies tenterent en vain de la recuperation, ils furent pries de repartir, avant de forcer un ''come back'' vers un Eldorado aussi genereux. Les ''imperialistes'' et l'Opposition radicale qualifiee pour besoin de la cause de ''collaboratrice'' du dictateur Mobutu, ont-ils ainsi decide de jouer les ponderes pour donner au temps l'occasion de saquer le nouveau dictateur Kabila? Le pouvoir de Kinshasa croit en cela. A Goma, a Kisangani comme a Gbadolite, les allies congolais des armees ruandaises et ougandaises ne parviennent pas a se demarquer de la rethorique en vogue dans leurs bases-arrieres. Ils vont jusqu'a integrer dans leurs credos les prises de position internes des puissances qui les sous-tendent! Ainsi, aucun Congolais n'attendrait d'eux par exemple la condamnation de la destruction de la ville de Kisangani par les armees ruandaises et ougandaises qui s'y disputaient le controle. Toujours est-il que la reconciliation attendue pour susciter un large front nationaliste contre les agresseurs, les montagnards orientaux, n'est pas venue au rendez-vous. Cependant les frustrations demeurent nombreuses au sein du peuple congolais. Si la vielle frustration katangaise semble s'attenuer a la suite des fruits de la revolution de l'ancien gouverneur Kyungu wa Kumwanza, qui a donne aux autochtones de sa province la direction de leurs affaires, une revolution dont les methodes furent trop decriees , la frustration kasaienne par contre semble encore profonde. En effet, se considerant comme victime de la dictature de Mobutu dont Kyungu n'etait qu'un bras mecanique et d'une certaine indifference des autres groupes ethniques du Congo, ils ne pourraient trouver leur compte que dans l'achevement du processus de democratisation. Aujourd'hui s'est ajoutee la frustration des paysans du Kivu, victimes eux de leur tradition d'hospitalite envers les refugies ruandais de toutes les souches. Les fameux Banyaruanda congolais attendent la reponse de la collectivite sur leur requete concernant la nationalite congolaise qui leur est contestee et dont peu des gens au Congo voudrait encore entendre parler aujourd'hui . Naturellement, on ne peut oublier de citer les Mobutistes et allies qui n'acceptent pas les conseils des uns et des autres qui leur demandent de demeurer un moment dans l'ombre. Le peuple se voit ainsi ecartele entre ces sensibilites fortes. Devant cette situation inextricable, le pouvoir s'accroche a la majorite de la rue et tourne le dos aux hommes de l'echiquier qu'ils croit tous a la solde des ''imperialistes'' et des montagnards orientaux. Pareilles circonstances lui semblent une excuse pour confisquer les libertes democratiques au profit d'un pouvoir oligarchique. Encore une fois le peuple congolais tombe sous la charte du prince et perd. L'un des plus grands perdants de l'ere Mobutu au Congo, la Belgique, hesite a choisir son camp. Prudence oblige lorsqu'on sait que les concurrents français y exhibent un argument puissant, une aide militaire par Zimbabwe interposee au regime de Kabila. Mais les Français qui ont deja extorque aux Belges leur unique holding, la Societe Generale, partenaire oblige de la Gecamines pour la commercialisation de ses minerais, croient qu'ils devraient parachever le controle du secteur minier congolais en profitant de l'ouverture inevible du capital social de la Gecamines. Allez-y supposer que les Americains qui se reclament la paternite sur le depart de Mobutu vont croiser les bras!... Dans cette imbroglio, c'est toujours le peuple congolais qui est donnee comme victime expiatoire. Le dialogue national qui est prevu dans les Accords de Lusaka doit pouvoir donner au peuple congolais une vraie charte democratique, un calendrier electoral, une legitimite transitoire et des perpectives de relance du developpement. Il devra lui permettre de recouvrer les droits que tous les protagonistes lui renient. Le gouvernement Kabila qui a negocie avec des agresseurs dont les troupes sont encore presents sur le territoire de son pays l'a fait parce qu'il n'a pas les moyens d'une victoire militaire. Comme le peuple veut la paix, il doit privilegier ses aspirations. Le Ruanda et l'Ouganda qui viennent d'identifier les limites de leur capacite d'action en dehors des frontieres doivent trouver en ceci une sortie honorable. L'Opposition pacifique dont on n'avait de la peine a percevoir les parametres nationalistes dans ses prises de position doit se dedouaner des soupçons sur la collision avec les agresseurs. Les puissances occidentales dont les strategies secretes et les previsions sur la chute de Kabila ont echoue doivent re-orienter leur action en faveur de la paix et les libertes pour ce peuple. Les leaders congolais de la rebellion qui savent combien ils peinent pour faire passer leur discours aupres de la poulation doivent saisir l'opportunite du dialogue national pour en sortir. Le peuple congolais attend plus que par le passe, un autre front commun historique comme celui qui etait ne a la Table-Ronde politique de Bruxelles en 1960. Opula Odiho Lambert. Universite Laval, Quebec / Canada. [Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] | |