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LA C.I.A. AU CONGO: LORSQUE LE LOUP ENTRA DANS LA BERGERIE

Depuis plus d'une annee, les cinquante millions des Congolais sont ridiculises par un petit peuple de moins de trois millions et demi d'individus. pour se l'expliquer, nombre de nos compatriotes parlent de la puissance militaire acquise par le Ruanda sous le Fpr, de l'aide financiere et de l'assistance technique des puissances d'outre Antlantique, etc.

Certes, rien ne serait entierement faux dans toutes ces allegations. Cependant, il reste une autre facette, qui semble retenir peu d'attention, la rearmement du Ruanda et de l'Ouganda, ressort surtout en tant que mesure de l'auto-deconstruction qui a ete entreprise au Congo sous Mobutu. Au moment ou le Ruanda, saigne par le genocide. Ainsi, la reorganisation assistee par-la contraste-t-elle avec le niveau d'implosion par-ci, pour fournir a l'aventurisme local et extra-territorial un vacuum ou l'on peut experimenter la theorie de l'espace vital a l'africaine.

C'est ainsi qu'il apparaît utile d'examiner les mecanismes par lesquels, si tot apres l'independance, les hommes politiques congolais ont appris a fonder la legitimite du pouvoir sur les rapports avec les services secrets exterieurs, tournant le dos au peuple et a ses aspirations au developpement, ce qui nous coute cher aujourd'hui. Puisse ce texte nous apprendre a hair les alegeances exterieures de nos ''sauveurs'', la dictature et une conception retrograde du pouvoir qui identifie un mandat politique a l'enrichissement ou a la jouissance sans limite, et non au devoir de servir dans la transparence!

Si les agents locaux de la regression congolaise appeles les Mobutistes sont tres connus de leurs victimes, les populations congolaises, dans ce territoire magnifique qu' on a transforme en champ de larmes, peu des gens semblent avoir remarque que les visages des eminences grises de Mobutu, venues venus d'outre-atlantique, et qui mieux que tous les suppots locaux, l'ont aide plus efficacement dans la conquete du pouvoir, n'ont que tres peu de traces dans la memoire collective congolaise. Il est fort etonnant, par exemple, de constater que les visages de Maurice Templesman, de Lawrence Devlin, du ''journaliste-homme d'affaires'' Pierre Davister et du colonel Marliere soient aussi ignores du Congolais moyen. Disons-en un mot pour que mille fleurs fleurissent dans ce jardin. En 1959, un ancien sergent-comptable de la force public devenu rapporter du journal Actualites Africaines de Leopoldville fait preuve de son efficacite dans la filature de ses compatriotes qui se lancent dans la carriere nouvelle de politicien nationaliste. Il se sert donc de son etiquette de ''journaliste'' dissimuler son role d'indicateur de la surete (agent secret).

Sous le couvert d'une bourse pour effectuer un stage dans un institut des sciences sociales de Bruxelles, son patron, Pierre Davister qui couvrait les versements de la surete sous l'etiquette de salaire de ''journaliste'' l'envoie faire aiguiser la tactique dans la metropole. C'est au cours de ce sejour bruxellois que Joseph Desire rencontre un financier americain qui, plus tard se revelera un proche des J.F. Kennedy., un certain Maurice Templesman. La rencontre semble avoir ete arrangee, parce que le financier etait apparemment au courant des performances de son nouvel ''ami'' dans la surete belge. Il le met en contact avec Lawrence Devlin qui venait d'etre affecte comme chef d'antenne de la CIA a Bruxelles. L'objectif assigne a cette antenne par son quartier general de Langley a Washington est de suivre l'evolution des milieux congolais qui semblaient de plus en plus s'interesser aux idees d'emancipation de la riche colonie belge.

Les Etats-Unis, une puissance sans colonie, tentaient de courtiser les forces nationalistes a l'epoque pour s'assurer l'entree en douceur sur les nouveaux marches que deviendraient les Etats africains une fois independants. C'est ainsi que Devlin recrute l'ex-segent Joseph D.Mobutu comme agent de la CIA. Les deliberations des reunions privees des Congolais de Bruxelles sont regulierement rapportees au bureau bruxellois de cette puissante agence de renseignements exterieurs. Mobutu n'avait pas encore termine son stage que se declenchaient les emeutes du 4 janvier 1960 a Leopoldville. Le principe de la Table-Ronde politique belgo congolaise s'etant impose, ensuite, les delegues congolais ayant exige la presence de Patrice Lumumba qui etait alors en prison a Jadotville (Likasi), la CIA par le biais de Devlin lancera JD Mobutu dans les bras de Lumumba qui le connaissait depuis Leo ou il l'intervieuwait.

Patrice reconnait le petit ''ami'' et compatriote journaliste qui s'etait procure la carte de membre du MNC a Leo. Il accepte son offre de service comme secretaire particulier durant les travaux de la Table-Ronde. Ainsi, Mobutu qui n'avait pas qualite pour participer aux travaux de ce grand rendez-vous y prendra-t-il pieds pour suivre son deroulement sans droit a la parole. Il ne manqua pas de se faire rabrouer par un bouillant jeune Kamitatu qui, a un moment plus tard, payera son audace. Malgre cela,

la situation representait une aubaine pour les Americains. Il s'agissait d'une fenetre mieux situee pour tout scriter sur les contacts et les projets de l'un des nationalistes les plus craints des Occidentaux, a ce moment ou ils avaient tant de peines avec Sekou-Toure et Kwame Nkrumah. Lorsque se cloturent les travaux en fevrier, Patrice qui rentre precipitamment a Leo pour preparer la campagne electorale, prend soins de designer Mobutu comme superviseur local du MNC-Bruxelles. Apres la victoire de la coalition nationaliste aux elections, Mobutu est appele a Leo pour tenir le secretariat de cabinet aupres de la presidence du conseil des ministres. L'evenement est d'une importance sans pareille pour les Americains. Comme preuve, Devlin le patron direct de Mobutu est detache de Bruxelles. L'homme etablit ses penates a Leo pour mieux utiliser un contact a la fois privilegie et familier. Sieur Devlin qui sera le coordonateur de toute la campagne montee conjointement par Bruxelles et Washinton, pour discrediter et faire tomber le gouvernement ''communiste (sic)'' de Lumumba. Ils y parviendront dans les conditions trop connues pour etre evoquees ici. Apres la chute de Lumumba, Larry (raccourci de Lawrence) Devlin et l'ambassadeur americain Tumberlake, ne se genaient plus de se pavoiser aux cotes de Mobutu en public. Se sentant protege par celui qu'on appelait ''la Grand-mere des gouvernements'' (parce que rien ne se decidait sans son agrement), Larry connaissait les archives du gouvernement congolais plus que tout autre agent de cette institution. Rapidement, l'antenne de la CIA a Leopoldville est promue au rang de Bureau regional de cette agence pour l'Afrique Centrale (role joue aujourd'hui par Kampala et relaye par Kigali). C'est a cette epoque que remonte le divorce entre le FNLa pro-americain et et le MPLA juge trop marxiste. Ce dernier devait quitter le territoire congolais definitivement. Le Congo devait demeurer en contacts etroits avec les etats reactionnaires d'alors en Afrique australe (les deux Rhodesie), les colonies portugaises d'Angola et du Mozambique, et plus tard, soutenir la rebellion des forces de John Garang au Sud Soudan contre les autoristes socialistes islamistes d Carthoum. Mission ainsi accomplie, Devlin regagnera les States a une date que je n'ai pas encore obtenue.

Mais ce repis ne fut pas de tout repos, Larry reviendra au Congo avec Templesman pour les affaires sous la protection de Mobutu. Les deux vont se retrouver dans le commerce de diamant, dans une compagnie fondee par le financier. Signalons qu'a cette epoque-la, les compagnies MIBA et La Forminiere ainsi que leur negociant, De Beer, detenaient le monopole de d'exploitation et de commercialisation du diamant congolais.

Templesman et Devlin se sont servis, ils ont fait des millions de dollars orbis sur ongle, Mobutu fermant les yeux. Aucune autre autorite congolaise ne pouvait lever son petit doit contre le duo. Mobutu ne pardonnerait pas un affront du genre. Ce serait un outrage au violent maitre inconteste de l'Armee Nationale Congolaise. Seulement voila, en octobre 1965, Kasa-Vubu revoque brutalement un premier ministre a qui il avait donne la mission de vaincre l'insurection muleliste, pour la simple raison que celui-ci, devenu rapidement populaire affirmait son ambition de se presenter contre lui aux presidentielles prevues pour la fin de l'annee. Pour eviter un grand mecontement au Katanga, il le remplace par un autre Katangais en la personne de Kimba Evariste. Cependant en Belgique, les milieux financiers proches de Tshombe grognent. Les rumeurs circulent sur un ''come back'' possible de Tshombe a la faveur d'un coup que la haute finance belge proche de celui-ci ne manquerait pas d'orchestrer. Pour trouver protection, Joseph Kasa-Vubu, l'homme de personne, se fait progressiste pour la cause. Il instruit le formateur du gouvernement Evariste Kimba d'initier une forte ouverture vers les Etats progressistes du continent et les pays de l'Europe orientale dont les relations diplomatiques n'etaient pas a l'ordre du jour depuis la chute de Lumumba. A la reunion des chefs d'Etat a Accra ou il se trouvait aux cotes de Nkrumah, il declare ouvertement sa determination a renvoyer les mercenaires occidentaux oeuvrant aux cotes du colonel Mobutu. Il confese son projet d'amnistie en faveur des leaders de l'insurection muleliste et ceux de la Revolution des Simba orientaux. La CIA qui suit avec interet cette evolution constate que Kasa-Vubu s'appretait a realiser tranquilement une revolution qu'elle croyait enraillee avec la mort de Lumumba et l'ecrasement des insurges. Une action est jugee urgente. Lawrence Devlin atterit a Leopoldville pour une deuxieme mission speciale, celle de revoquer le roi Kasa, un president dont les Congolais retiennent son grand respect du tresor public et son sens de l'Etat. Devlin doit installer l'Homme Seul'' au pouvoir. Informe, Mobutu se cabre publiquement contre les visees d'un chef, qu'il respectait depuis la fin du coup d'Etat du 5 septembre 1960. Il declare qu'il ne permetrait pas le renvoi de ses amis les mercenaires qui lui rendaient des services loyaux, qu'il n'accepterait pas une amnistie en faveur des leaders insurrectionnels. Enfin, il donne un signal fort sur ce qui se tramait: si le Chef d'Etat ne decide pas ce qu'il exige, il '' prendrait ses responsabilites''. Ironie du sort, parmi ses ''loyaux'' mercenaires, se trouvaient aussi Jean Schramme et Bob Denard qui lui feront voir de toutes les couleurs a Kindu, a Bukavu et a Kisangani, juste deux ans apres. Depuis son arrive a Leopoldville, Larry ne perd plus une seule minute. Il confectionne rapidement un plan de prise effective de pouvoir par Mobutu. Le combat d'arriere-garde du roi Kasa pour en elevant Mobutu au rang de Lieutenant General (General de Division dans le systeme français actuel) ne reculera plus le fils du cuisinier Alberic. Alors qu'a la fin de la ceremonie il declare, devant la presse, que ''l'armee ne s'occupera plus de politique'', les commandants militaires des garnisons de l'interieur qu'il a convoques pour signer la declaration du coup d'Etat sont deja en route pour Leopoldville. Au matin du 25 nonembre 1965, Mobutu fait annoncer la suspension de la constitution et le renvoi par la force de Kasa-Vubu. Le plan Larry avait ete enterine par les officiers tard dans la nuit du 24. Si tot que s'etablit le ''Nouveau Regime'' par la decision d'un organe du pouvoir jusque-la inexistant, le ''Haut-Commandement Militaire'', MauriceTemplesman, encore et toujours lui, revientd'urgence et par la grande porte a Leo. L'ami devenu maitre dans la plenitude de sens de ce mot, decide le demembrement de la concession de l'empire minier congolais connu sous le nom de Gecamines (ex-Union Miniere du Haut-Katanga). Le secteur de Tenke-Fungurume, qui habrite le plus grand gisement de cobalt du monde, jusqu'ici non encore exploite, est detache de ladite concession au profit du vieux parrain qui est charge de recruter des partenaires (en Angleterre et en France) en vue de constituer la mort-nee Societe Miniere de Tenke-Fungurume (SMTF).

Lorsque les travaux de construction de ce chantier sont abandonnes definitivement en 1976, les depenses engagees atteignaient deja trois-quart de leurs previsions sur les trois cent millions de dollars prevus. L'usine n'ayant pas ete achevee, ce montant fait partie integrante de la dette exterieure du Congo dont la hauteur asphixie notre pays. Pres de cinq mille maisons des agents au stade d'habitation sont d'abord envahies par la vegetation, ensuite detruites piece apres piece par les trafiquants des materiels de construction. Les immeubles mieux situes (sur la route de Kolwezi) sont preserves puis vendus par le gouvernement de Leon Lubitch Kengo a Auxtrabeton, une petite entreprise aux capitaux belges, a un prix qui vexeles consciences. Le peuple lui, ne recupere rien, lui qui devra rembourser les trois cent millions de dollars. Sans vouloir appuyer la tendance au refus de regler la question de la dette exterieure, il y a lieu de se demander quelle est la part des cas de ce genre dans les 15 milliards de dollars que le Congo doit a ses creanciers.

Enfin, pourquoi notre peuple connait-il si peu le role historiquement nefaste de personnages tels que Templesman, Larry, et compaires? Mon souhait aujourd'hui, est que le Congolais ouvre un pan de ce dossier a la fois sinistre et explosif de notre histoire. Templesman au moins, je l'ai vu sur un documentaire consacre a Jacqueline Kennedy Onassis, diffuse par la Station de Television de la Societe Radio-Canada. Le vrai role des gens comme Larry, et Templesman, ainsi que du colonel Marliere et Pierre Davister, dont il a ete peu question ici, devrait etre connu du peuple profond de mon pays. C'est la seule façon de cultiver le refus de la prise du pouvoir par le dictat exterieur et par la force au Congo, car les regimes sans legitimite interieure ont desservi le Congo jusqu'à en faire un jouet pour ceux qui le craignaient. Aujourd'hui encore, nous entendons beaucoup parler d'autres Larry et d'autres Templesman autour de Wamba, de Ilunga, de Bemba et du president Kabila. Il est temps pour nous Congolais, quelque soient nos preferences politiques de combattre fermement la resurgence d'autres formes de mobutisme au Congo. J'ai lu beaucoup sur Larry, mais nul part je n'ai vu a quoi ressemble son visage.

En plus de notre combat pour l'integrite du territoire national, nous devrons aussi veiller que la democratie et les elections, comme seule voie d'acces au pouvoir, ne puissent pas demeurer en laisse dans le processus de renaissance de la nation. Cest la seule façon de cheminer vers des procedures classiques et transparentes d'attribution de contrats et de conclusion des traites internationaux impliquant notre pays. Les grandes decisions devant affecter la vie nationale ou les ressources naturelles nationales devraient etre l'affaire de la collectivite et non des contatcs entre quelques individus, Chefs de guerre,''sauveurs'' ou ''guides'' de la nation soient-ils. Faisons de cela notre cheval de bataille, dans l'interet superieur du Congo.

Opula Lambert, Quebec / Canada.


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