![]() |
|
|
[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] ANALYSE DE LA SITUATION DANS LES GRANDS LACS(c) Ligue congolaise pour la paix - http://www.multimania.com/licopa
RDC La pause est terminée Une chatte aurait bien du mal à y retrouver ses chats... en un seul morceau en tout cas. La problématique des accords de paix de Lusaka qui plaçaient l'Ouganda, le Rwanda et la RDC, le Zimbabwe, la Namibie, l'Angola et trois groupes de rebelles congolais sur un même pied (ou presque) est en train de se défaire, maille par maille, comme un vieux chandail de laine traîné sans égard dans un champ d'ortie. Du côté gouvernemental, l'UNITA occupe maintenant la place de choix pour justifier le retour à une solution militaire. On se souviendra également que, toujours selon Kinshasa, les rebelles du RCD-Goma et leurs parrains rwandais poursuivaient leurs préparatifs militaires pour prendre la capitale diamantaire du Congo, Mbuji Mayi, qui assure l'essentiel du financement de l'effort du régime Kabila. Pour les RCD, de Goma et de Bunia (ex-RCD-Kisangani), ainsi que pour le MLC de Jean-Pierre Bemba, la faute se trouve évidemment du côté du président Laurent-Désiré Kabila, qu'ils ne cessent d'accuser de poursuivre ses préparatifs militaires et de violer le cessez-le-feu. Ça c'est l'aspect, c'est pas moi, c'est lui. Comme quoi, les acteurs de la tragédie congolaise restent fidèles à eux-mêmes. De là à conclure qu'aucun des partis impliqués ne croyaient sincèrement dans la réussite des accords de paix signés à Lusaka, il n'y a qu'un petit pas à faire. Ils ont tous signés, de toute évidence, parce qu'ils y ont été obligés, par les pressions diplomatiques discrètes exercées par les États-unis et leur allié sud-africain, parfois relayés par les grandes institutions financières comme le FMI. Le rôle joué par la Zambie, l'OUA, l'ONU et d'autres acteurs régionaux, tels la Libye, le Gabon, et même le Mozambique ont tentés tour à tour d'apporter de l'eau au moulin de la paix, sans être capables de jouer un rôle déterminant. Lors de la signature des accords en août dernier, certaines personnes à Kinshasa s'étaient étonnées du trop grand enthousiasme du Ministre Yerodia Adoulaye à signer cet accord de cessez-le-feu qui avalisait, plutôt que de la sanctionner,l'intervention étrangère du Rwanda et de l'Ouganda en sol congolais et qui imposait une partition de facto du territoire du pays en 3 zones d'influence distinctes : l'ouest et le sud contrôlé par le gouvernement, l'est sous la coupe du Rwanda et de ses rebelles du RCD-Goma, et le nord-nord-est sous contrôle de l'Ouganda et du MLC de l'homme d'affaire J.-P.Bemba, ainsi que du RCD-Kisangani de l'universitaire Wamba dia Wamba. Les accords de paix de Lusaka, imposaient également comme prérequis implicite au retour à l'intégrité et à la souveraineté nationale de la RDC, le désarmement des "milices" rwandaises, burundaises et ougandaises alliées à Kinshasa (Interahamwe, ex-FAR, CNDD-FDD, etc.) et à un dialogue inter-congolais devant mener à un gouvernement de transition,inclusif de tous les partis politiques, armés et non-armés, ainsi que de représentants de la société civile. Le tout devait être suivi d'élections (générales et/ou présidentielles). Hors, ce dialogue national n'aura pas lieu. Depuis septembre 1999, l'opportunisme de tous les signataires, alimenté et exacerbé par les contradictions internes et externes au sein de la rébellion congolaise, dont les combats de Kisangani constituèrent le point fort, aura été sans faille. Kinshasa en a profité pour parfaire la formation et l'armement des Forces armées congolaises en y intégrant directement un certain nombre de Hutus rwandais; idem du côté de Kigali d'ailleurs qui, confronté à l'inégalité démographique entre sa population et celle de la RDC, a dû recruter dans les prisons où croupissent plus de 100.000 personnes en attente de procès pour génocide. Le RCD-Goma lui, on a procédé allègrement à la constitution d'une Baraza (assemblée), dénoncée par les forces vives de la société civile de l'est du pays et à la signature d'un accord de jumelage (de libre-échange) entre le Sud-Kivu et le Rwanda. La semaine dernière les premiers signes avant-courreur d'une reprise des hostilités se multipliaient. L'ampleur de la présence des troupes angolaise, trois fois plus importante que ce que laissait entendre les dépêches des grandes agences (11.000 plutôt que 3.000), qui nous avait laissé perplexe, semble maintenant s'expliquer par l'infiltration massive,selon le ministre des Affaires étrangère Yerodia, de rebelles défaits de l'UNITA qui rejoindraient les rangs du RCD-Goma à Kalemie et Moba et seraient même en route vers Gbadolite, capitale de la faction sous le contrôle de J.-P. Bemba, complètement dans le nord du pays. Je veux bien, mais comment est-ce qu'ils font? La ronde des gros porteurs aurait-elle repris entre l'est de l'Angola, et les aéroports d'Entebbe et de Kigali ? Ce n'est pas exclu. Mais cela supposerait, encore une fois, que l'espace aérien de la Zambie est redevenu une passoire pour les avions affrétés par Savimbi. On sait que, depuis la reprise des combats en Angola, la guerre de l'ombre qui sévit en Zambie voisine est extrêment dure entre Luanda et l'Unita de Savimbi d'une part, et entre Luanda et Lusaka d'autre part. D'ailleurs, selon le Mail & Guardian d'Afrique du Sud, le fils de Kenneth Kaunda, Wezi Kaunda, un ancien militaire et le successeur éventuel de son père à la tête de l'UNIP, aurait été assassiné parce qu'il préparait un coup militaire contre Frederik Chiluba, avec l'aide des services secrets angolais. Si c'était effectivement le cas, il aurait été impossible de garder la chose secrète (Il est bien connu en effet que l'appareil gouvernemental est une véritable passoire et que rien ne peut être gardé secret à Luanda). Mis au courrant de ce qui se tramait, Lusaka, ou les propres services de sécurité de Savimbi, seraient alors passés en action pour courcircuiter la menace. Cette hypothèse (vraie ou fausse d'ailleurs) du quotidien sud-africain nous rappelle que ce conflit fut, dès le début, un conflit régional, et qu'il ne faut pas perdre de vue que la Zambie, en dépit de son rôle de médiateur, pourrait facilement se retrouver entraîné dans ce conflit. Une autre illustration de la dimension régionale du conflit concerne l'implication, selon le Zimbabwe Independent, de 2.000 troupes d'élite du premier commando (1Commando), sous les ordres du général Kachana, qui auraient participé à l'offensive angolaise contre les bastions de l'UNITA de Savimbi, à Bailundo et Andulo. Le quotidien de Harare reprend, par ailleurs, les informations selon lesquelles, Savimbi se serait réfugié en Ouganda. Ce que semble contredire la dépêche du Mail & Guardian concernant le meurtre de Wezi Kaunda, qui affirme, elle, que Savimbi serait coïncé dans la province de Moxico. Tout ça pour dire que la situation semble plutôt confuse et que les belligérants, toujours convaincus de pouvoir en arriver à une solution militaire, comme le faisait remarquer Colette Braeckman la semaine dernière, ne vont pas se gêner pour nous embrouiller encore davantage dans les jours qui viennent. Ainsi, le 6 novembre le ministre Yerodia demandait à la MONUC de quitter le pays. Motif : l'arrivée massive des rebelles de Savimbi. Le MLC de J.-P. Bemba et le RCD-Bunia déclarait que le cessez-le-feu était maintenant nul et non-avenu. Motif : les violations répétées du cessez-le-feu par le gouvernement. Le RCD-Goma condamnait ces même violations, mais demeurait sur la touche jusqu'au 9 novembre, date à laquelle Kin Kiey Mulumba, le porte-parole du RCD-Goma (nouveau ça, en passant), annonçait à son tour que l'accord de Lusaka : ne constitue plus le cadre qui amènera la paix. Motif du retard : Kampala et Kigali étant en grand conclave à Kabale depuis le 6 novembre (les présidents et une demi-douzaine de ministres, dont ceux de la défense, des deux pays faisaient le point sur les derniers développements), il était donc impossible au RCD-Goma de prendre quelque initiative que se soit, avant qu'une décision des parrains n'ait été arrêtée à propos de la division du travail et de la stratégie de communication à utiliser lors du prochain round d'opérations militaires. Dans le détail, mais succinctement... Selon le chef de la MONUC, le colonel Gaston Coté (encore un Canadien), l'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU, M. Mustapha Niasse rencontrait le 9 novembre le président Kabila pour tenter de le convaincre de revenir sur la décision des autorités de Kinshasa de suspendre le déploiement des observateurs militaires des Nations unies. Si la MONUC désire d'avantage d'autonomie pour accomplir sa mission, Kinshasa insiste pour que les observateurs s'en tiennent aux zones de fronts, pour surveiller les violations du cessez-le-feu par les rebelles. Pendant ce temps l'état-major des FAC affirmait le même jour (9 novembre) que les forces gouvernementales avaient repoussé deux attaques des rebelles, les 2 et 6 novembre, et que ces derniers préparaient, de toute évidence une offensive de grande ampleur. Alors là, il faudrait savoir. Ou bien ce sont les rebelles, ou alors c'est Kinshasa, mais on ne peut pas avoir deux grandes offensives en même temps, ou alors il y a des dissensions au sein du gouvernement, ou bien on aurait intérêt à avoir un seul porte-parole. Dans la guerre de l'information/désinformation entre Kinshasa et les rebelles, il faut reconnaître en effet que le RCD-Goma possède un léger avantage, ne serait ce que parce qu'il occupe davantage d'espace dans les dépêches. La responsabilité en incombe sans doute au talent de communicateur de Kin Kiey Mulumba qui sait doser le chaud et le froid et aligner les victimes (réelles ou imaginaires) des attaques gouvernementales, en multipliant, par exemple, les communications avec le bureau de l'AFP à Kigali. Jugez vous-même. Le 9 novembre on comptait un total de 18 dépêches d'agence (essentiellement l'AFP) en provenance de la région, sur la situation en RDC. Soit 12 en provenance du bureau de l'AFP à Kigali et 6 en provenance de Kinshasa. Au volume donc, les rebelles et leurs alliés rwandais et ougandais conservent l'avantage. Pendant ce temps à Washington, le porte-parole de la Maison Blanche, James Rubin, exprimait le 8 novembre, l'inquiétude de la Maison Blanche suite aux récentes attaques des FAC contre des positions rebelles et au rejet du cessez-le-feu par un groupe rebelle (le MLC). Les États-Unis, pouvait-on y lire, condamnent toute violation de ces accords par toute organisation gouvernementale ou rebelle (et,) en appelle aux dirigeants de la région pour qu'ils prennent rapidement des mesures pour assurer le plein respect des accords de Lusaka par tous les signataires. Il s'agit en somme d'un rappel à l'ordre du principal commanditaire de l'accord de Lusaka. Pour le reste, l'ONU semble se débattre comme un diable dans l'eau bénite et émet ses voeux pieux depuis New York et Kinshasa. Bref ça patine ferme, sur une glace de plus en plus mince. Pierre Bigras Envoyé par Lambert Opula [Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] | |