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De l'O.U.A. à l'U.E.: Les vivats des absents

Mieux vaut tard que jamais dit-on, la naissance tardive soit-elle de l'Union Africaine devrait être saluée par nombre de compatriotes africains, les Congolais y compris, comme un pas en avant, bien que timide, dans la direction que voulaient l'engager les Pères visionnaires du mouvement panafricaniste. L'absence de Kinshasa aurait-elle permis d'avancer le dossier congolais? Baroud d'honneur afin de tenter la constitution d'un espace socio-économique auto-centré, la concrétisation des voeux émis à la Conférence de Lagos, voici de cela 20 ans, s'appelait. Il était impérieux pour l'Afrique de se désatélliser du schéma trilatéral qu'ont dressé l'Union Européenne (UE), l'Association de Libre Échanges des États de l'Amérique du Nord (ALENA) et l'Association des États d'Asie du Sud-Est, dans un élan vers la globalisation infernale des marchés. On ne le dira jamais assez, l'Afrique est l'espace économique le moins bien préparé jusqu'ici à l'égard de cette évolution vers l'accentuation du développement inégal. La création d'un marché africain pourrait renforcer d'un cran notre capacité d'accumulation du capital pour le développement.

L'oraison funebre de l'OUA dont le Congo a été un État co-fondateur, a été prononcée, malheureusement à l'absence des émissaires de Kinshasa-Gombe. L'Acte constitutif de l'Union Africaine a été paraphé par les chefs de délégations présents à Lomé ce jour. Le roi est mort, vive le roi, bien qu'encore une fois, les Africains ne lui ont pas donné des prérogatives suffisantes pour imprimer de manière déterminante son impulsion sur le devenir du continent noir. Quoi qu'il en soit, il ressort que des instruments nouveaux dont le temps aiguiseront les bords ont été retenus. Faibles soient ces structures, la voie serait ainsi déblayée pour que les générations montantes y apportent un nouveau dynamisme qui a manqué aux ainés.

Les insuccès de l'OUA, sans certes nier ses réussites, pourraient être imputés aux ennemis d'hier de l'idéal de Kwame Nkrumah, Modibo Keita, Nasser et autres Sekou Touré. L'idéal cher à Kadafi aujourd'hui mérite nos encouragements. Qui n'ose rien n'a rien dit-on. C'est ce qui justifie cet événément qui rappele la naissance de l'OUA à Addis-Abéba en 1963. Pourrait-on comprendre dès lors la décision du Palais de marbre de Kinshasa, de recourir à la stratégie de la chaise vide à un moment aussi crucial pour le devenir du continent? Un facteur important s'est imposé à l'élaboration de l'attitude des officiels congolais: la crainte de décevoir l'Angola de Dos Santos. Le président angolais reproche à l'hôte du dernier sommet de l'OUA, le Togolais Nyassingwe Eyadema, ses flirts avec le rebelle de triste renommé, Jonas Savimbi. À ce facteur extérieur, s'opposait le devoir de mettre en profit la plus grande rencontre annuelle des hommes d'État du continent pour créer un momentum, en explicitant les grandes lignes de l'analyse congolaise de la grave crise que le pays ait jamais connue.

On se rappelera que le 23 juin dernier lors du sommet des chefs d'État d'Afrique centrale, Dos Santos a demandé vertement à ses pairs de boycoter la rencontre de Lomé. Au regard de l'enjeu du moment, et du niveau d'engagement diplomatique et financier du frère-président Kadafi de la Jamairia Arabe Libyenne dont on connait l'attitude envers le Congo dans cette crise, les chefs d'État africains présents ont tous estimé qu'ils devraient se rendre à Lomé, mais qu'ils ne manqueraient pas de témoigner leur solidarité à l'Angola, en relevant la ''tendance de certains pays d'autres sous-régions d'Afrique à contribuer à la destabilisation et à l'insécurité en Afrique centrale, et en Angola en particulier''. Ce communiqué conjoint de la CEEAC a été un sérieux camouflet pour l'ogre de Lomé. Dans l'ensemble du continent, seul le Namibien Sam Nujoma avait décidé de ne pas aller, ni se faire représenter à Lomé. Même le Zimbabwéen Mugabe avait décidé de déléguer un membre de son gouvernement. Déjà dans son numéro 2060 du 4 au 10 juillet 2000, Jeune-Afrique l'Intélligent révélait que le président Dos Santos venait de menacer son homologue congolais d'un retrait éventuel de son soutien militaire si celui-ci se rendait à Lomé. Alors que l'homme de Kinshasa avait déjà annoncé son intention d'aller à Lomé, sa récente rencontre avec Dos Santos semble avoir engagé les choses dans la voie du boycot.

Le Congo n'aura donc pas paraphé l'Acte fondateur de l'Union Africaine. Non parce que la nouvelle organistion continentale représente une menace contre le Congo, mais parce qu'un allié puissant ne souhaiterait pas voir le Congo à la table de cette fête africaine. Au regard de la situation objective de notre pays pour le moment, le retrait de ce qui reste des troupes angolaises au Congo, sans oublier la coopération militaire entre Kinshasa et Luanda, pourrait sonner le glas du régime de Kinshasa. Il serait alors suicidaire pour Kabila de se rendre à Lomé et s'exposer ainsi à la colère de Dos Santos.

Seulement, cette affaire révèle au grand jour le drame congolais du moment: la dépendance accrue de l'État congolais des objectifs politiques et économiques des puissances alliées. L'arrogance nationaliste de Kinshasa se transforme ici en suivisme inconditionnel pour pouvoir maintenir un équilibre instable.

La réaffirmation par le sommet de Lomé, de sa confiance à Ketumile Masire, alors que l'homme passe pour une ''personna non grata'' aux yeux de Kinshasa, est un des exemples des malentendus qui vont continuer entre le Congo et l'Afrique. En raison des faiblesses tant décriées de la diplomatie congolaise, il faudra du temps pour remonter la pente, à moins que le Congo ne s'aligne à la volonté continentale sur les dossier où s'est installée l'incompréhension.

Certes, entre disparaître et se faire comprendre, Kabila a choisi d'exister, donc ne pas mécontenter Dos Santos. Celui-ci ne pouvait intimer d'ordre à personne d'autre. Mais au très ''nationaliste'' chef de la R.D.C., il s'est cru en devoir de le faire.

Ceci doit constituer une leçon pour tous ceux qui aspirent à jouer un rôle au sein des institutions congolaises de demain. Un Congo fort militairement, politiquement, économiquement et financièrement sera notre seul rempart. Aucun soutien extérieur ne peut être rassurant, efficace à long terme tout en préservant notre dignité. Nul n'ignore, par exemple, que l'Angola est en même de faire la décision dans la crise politico-militaire que connait le pays. Mais, les calculs internes de ce pays ayant conduit à la nécessité de circonscrire son implication militaire au seul secteur occidental du pays, les soldats de FAC sont seuls face à leurs ennemis. Dans l'entretemps, les Congolais sont obligés de fermer les yeux devant les exportations frauduleuses dont les militaires et autres officiels des pays alliés se livrent dans les territoires miniers encore sous contrôle du gouvernement. Ajouté aux pillages systématiques auxquelles se livrent les Ougandais et les Rwandais, le manque à gagner de l'économie congolaise s'accroît chaque jour que dure encore cette guerre. Cependant, le Congo a déjà rejoint, depuis longtemps, le peloton des pays les moins développés de la planète. Son PIB est tombé à moins de cinq milliard de dollars US, sa dête extérieure a déjà atteint 15 milliard de dollars, tandis le denier budget annuel de l'État (1998) remontait les recettes réelles à 350 million de dollars. Certes, en Afrique, les pays comme le Gabon, le Maroc, la Tunisie et autres justifient d'une dette extérieure supérieure à celle du Congo. Mais, les cas sont différents. Ces derniers pays disposent d'assez de richesses réelles pour s'acquiter de leurs obligations financières, alors que le Congo s'est appauvri. Il nous faut faire montre de beaucoup de patriotisme et d'imagination pour prendre une voie qui sortira le Congo de cette ornière militaro-politico-économique. Ce ne sont ni les réactions épidermiques, ni les dogmes anachroniques qui nous sortiront de cette impasse.

En attendant, nos vivats à l'Union Africaine, malgré l'absence du Congo à Lomé.

Lambert Opula


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