![]() |
|
|
[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] LA REMISE DE LA DETTE, LA GUERRE, KABILA ET LUSAKA ET LE G8Le Congo a contracté l'essentiel de sa dette extérieure depuis la fin des années 60, une période au cours de laquelle les créanciers étaient particulièrement disponibles, avant les restrictions qui se sont multipliées avec la crise financière des années 70. C'est donc au ''Programme des Grands travaux'' qui a commencé en 1966 que nous devons une bonne partie de cette dette. En affectant le pouvoir de paiement des États, la chute drastique des cours des matières premières intervenue dans les années 1970 diminua aussi leur capacité de remboursement de la dette extérieure. Le Congo qui avait affecté ses emprunts dans des projets mal étudiés éprouva d'énormes difficultés à honorer ses engagements extérieurs. De 8% en 1970, le service de la dette s'élevait à 33% des recettes budgétaires en 1978, 40% en 1980 et 50% en 1986. Au cours de cette dernière année, le Congo devint exportateur net des capitaux en déboursant 1.928 millions des dollars US contre 1.098 millions reçus, tous crédits confondus . La pression fiscale s'accrut considérablement pour pouvoir soutenir le rythme des remboursements, en même temps qu'on suspendait presque tous les programmes sociaux. Le marché interne se contracta suite à une forte réduction du pouvoir d'achat. Le P.I.B. qui s'accroissait de 5% par an était tombé à 0 en 1976 et à -6% en 1991. Par la recapitalisation des intérêts et des arriérés de paiement, la dette extérieure du Congo passait de 4,6 milliards à 10,5 milliards de dollars US entre 1976 et 1995. Les arriérés de la dette représentaient au moins 7 milliards, tandis que les arriérés non négociables (dus aux commissions du F.M.I. et de la Banque Mondiale) remontaient à plus de 400 millions de dollars. Répartie entre les banques publiques regroupées dans le Club de Paris, pour 60%, et les banques privées du Club de Londres pour 40%, la dette extérieure congolaise a déjà fait l'objet d'au moins 12 rééchelonnements entre 1976 et 1988, mais le pays n'a pas réussi à en tirer profit à cause du manque de rigueur dans la gestion. De même, dépourvus de stratégies de croissance, les programmes d'ajustement structurels de l'époque contribuaient aussi à l'extinction des activités. À partir de 1993, il apparaissait que, le moment venu, le surendettement du pays poserait des problèmes sérieux aux efforts ultérieurs de stabilisation de l'économie congolaise, car les obligations du service de la dette étaient déjà supérieures au produit total des exportations. En outre, les montants des arriérés non négociables dépassaient les prévisions des recettes budgétaires de l'État. Après avoir engagé sa responsabilité civile à travers des emprunts, le Congo a malheureusement mal investi ou délapidé les fonds de la coopération tant bilatérale que multilatérale. Ce qui se traduit par un nombre élevé d'éléphants blancs à travers le territoire national: la sidérurgie de Maluku, Inga, le domaine de la N'sele, Inga-Katanga, le chantier de l'avorton SMTK à Fungurume, les lignes de télécommunication par ondes hertziènnes, le réseau des stations terriennes, des sous-stations et d'antennes locales de la Résatelsat, l'actuelle Cité de la Voie du peuple, le deuxième plan quinquinal de la Gécamines, etc... . Si d'une part, le Congo n'avait pas d'autre issu efficace que de s'engager à rembourser sa dette extérieure, il apparaissait néanmoins, d'autre part, de plus en plus difficile de l'apurer suivant les normes classiques en la matière. Le refus du gouvernement congolais (sous Kabila) de reconnaître la dette contractée sous le régime Mobutu, si elle apparaîssait politiquement révolutionnaire auprès des masses auprès desquelles l'homme a obtenu une popularité fugace, créait les conditions objectives, pour les partenaires occidentaux du Congo, de reconduire de l'embargo financier dont le pays était frappé depuis les massacres des étudiants de la Kasapa, à Lumumbahi, dans la nuit du 11 au 12 mai 1990. Les crédits accordés aux Congolais l'étaient sur base de la présentation des projets engageant les ressources du pays. Les éléphants blancs en sont la preuve, peu importe si Mobutu et ses acolytes avaient détourné une bonne partie, les Congolais de Kabila n'avaient aucune raison d'hériter l'actif et rejetter le passif. En conséquence de la reconduction de l'embargo, les compagnies qui avaient signé anarchiquement des contrats avec le duo Kabila-Mawampanga dans les maquis ne pouvaient pas obtenir la couverture de leurs gouvernements, pour engager leurs fonds dans des investissements au Congo (exception faites des décaissements, au noir, en guise de contribution à la guerre de Kabila-Banyamulenge), étant entendu que dans ces conditions, la RDC demeurait sur la liste noire du FMI et de la Banque Mondiale. Notons que les investissements consentis sans couverture du gouvernement du pays d'origine des capitaux ne peuvent pas obtenir la protection ou la garantie dudit gouvernement au cas où ceux-ci venaient à être nationalisés par le gouvernement du pays hôte. À la suite de l'expectative inévitable (et inhérente aux décisions de Kabila), observée par les bénéficiaires des contrats anarchiques, le gouvernement actuel de la Gombe n'avait jugé bon que de dénoncer unilatéralement lesdits accords. Après avoir répudié les sociétés comme American Mineral Fields, JCI, et autres, le Congo confia les contrats à d'autres entreprises, notamment la sud-africaine Anglo-American, qui se heurta au même problème d'embargo financier et n'a de ce fait, pas investi un sous jusqu'aujourd'hui. Le climat de guerre, l'insécurité et les indicateurs macro-économiques actuellement au rouge n'étant pas propices aux affaires, les préoccupations de restructuration de l'économie congolaise sont sacrifiées au profit de la surenchère nationaliste compréhensible, mais, qui on le sait, se terminera, le moment venu, par le retour de la pondération et du réalisme, car le Congo, manquant cruellement d'autonomie financière et de stratégie durable d'accumulation de capital, a besoin d'investissements pour relancer ses grandes entreprises publiques, toutes en situation de quasi faillite, et mettre en valeur ses nombreuses ressources naturelles. Dans l'entretemps, nous nous offusquons chaquefois que des crédits sont accordés par les organismes internationaux, à nos ennemis, oubliant que nous sommes toujours sous embargo financier, depuis que le litige sur la dette extérieure avait abouti à une impasse persistant jusqu'aujourd'hui: on prête et aide nos ennemis, pendant qu'on écoute nos réactions émotionnelles avec politesse. C'est ce genre d'absurdité qui caractérise notre discours depuis la ''révolution''. C'est que quelque part, la ''révolution'' (on ne sait pas trop si c'est marxiste ou culturaliste) étreint les coeurs et obstrue les esprits. On oubliera pas, non plus, que dans l'entre-temps, Kabila achète des armes, les rebelles autant, tout en gageant aussi la production nationale ultérieure, donc après la guerre les chiffres de la dette devront être revus à la hausse. Nous sommes ainsi entrain de condamner même les génération de nos petit-fils, après nous être condamnés nous-mêmes et la génération de nos enfants. La décision de dénonciation unilatérale des contrats, comme il fallait s'y attendre, devait susciter une réaction agressive des victimes. Profitant de nombreuses contradictions apparues peu après l'arrivée de Kabila à Kinshasa, certaines de ces compagnies se sont solidarisées avec les ennemis du président. La tension née au Kivu dès l'arrivée massive d'autres Banyaruanda venus s'installer aux côtes d'anciens refugiés ayant été exacerbée à la suite du discours inconséquent de Mr Kabila devant les chefs coutumiers du Kivu au début de 1998, cette coalition d'ennemis conduite par les armées ruandaise et ougandaise déclencha des hostilités contre le Congo, avec, malheureusement, une participation des anciens éléments des Forces Armées Zaïroises de Mobutu et les fameux rebelles banyamulenge. Les Accords de Lusaka ont été jugés impartiaux dans certains cercles congolais, le gouvernement, pour les mêmes raisons, a suffisament montré son peu d'intérêt à appliquer ces accords. Cependant, le gouvernment n'a pas réussi à créer une dynamique susceptible de forcer les parties à générer une alternative. Pourtant c'est par la pertinence d'une éventuelle alternative au document de Lusaka que la diplomatie pourrait se mettre en branle. Faute de cette alternative crédible, alors même que l'armée de Kabila montre ses limites, Lusaka reste, quoi qu'on en pense, l'unique référence. Ainsi, l'impasse persistante est elle perçue par les milieux financiers, qui pensent généralement peu aux massacres perpétrés par les Ruandais et les Ougndais, comme imputable au seul Kabila. La proposition de réduction de la dette extérieure, comme appât alléchant pour obtenir l'application des Accords de Lusaka, constituent une occasion pour les partenaires occidentaux du Congo, de s'octroyer un moyen de pression que l'incontrôlable Kabila leur a privé jusqu'ici, dans l'intérêt ou pas (c'est selon) des Congolais, morts ou malades. Comme on peut bien le voir, la proposition de G8 n'est pas un geste de coeur, mais la politique, sans vision intelligible, du gouvernement congolais ayant conduit le pays aux enfers, elle apparait comme une opportunité à prendre pour sortir de la crise et relancer le développement dans un contexte de moins de pression financières. La balle doit aller maintenant dans le camps des Congolais: la fin de la crise via Lusaka avec en corollaire l'annulation de la lourde dette extérieure du pays, ou la guerre, à quel prix et pour combien de temps, combien de massacres, de pillages et de misère encore? Lambert Opula. Montréal, Canada. [Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] | |