UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL





[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page]


Seul contre tous? Alors c'est Pyrrus

La reprise de plusieurs localités autrefois tenues par les rebelles de Jean-Pierre Bemba au nord de la province de l'Équateur a donné suffisamment d'arguments au gouvernement congolais, pour raidir sa position vis-à-vis de l'ensemble du dossier de la guerre. À Lusaka, le Chef de l'État congolais s'est montré intraitable face à ses pairs qui le conjuraient à accepter le déploiement des unités de la MONUC, plus qu'il n'a accepté l'idée de retour du Botswanais Masire comme facilitateur du dialogue inter-congolais. Ragaillardi, Kabila ne parle des Accords de Lusaka que dans le passé. D'autres faits et gestes spectaculaires du chef de l'État congolais et de son gouvernement se sont ajoutés au cours la semaine qui s'est achevée: l'expulsion de deux membres de l'ambassade des Etats-Unis à Kinshasa pour ''activités non conformes au statut de personnel diplomatique''. Des ministres et non des moindres auprès de Kabila ont confirmé l'imminence de l'installation du parlement nommé de haute autorité par le Chef de l'État, malgré de fortes pressions qui s'exerceraient sur lui par nombre des partenaires historiques du Congo.

La R.D.C., son peuple et ce qui figure encore les institutions nationales se trouvent ainsi, au carrefour des voies inconnues. La seule reprise de quelques localités des mains des aventuriers qui entourent Bemba suffit-il pour justifier un tel niveau de raidissement de la part de Kabila? Quoi qu'il en soit, l'homme n'a jamais porté les Accords de Lusaka dans son cœur. Mais, un train des mesures dirigées à la fois contre les rebelles, leurs mentors rwandais et ougandais ainsi que les Etats-Unis, qu'il accuse de soutenir militairement et techniquement ses ennemis régionaux, ceci révèle une donne nouvelle. La présence alléguée de quatre cent conseillers militaires nord coréens et la formation par ceux-ci des unités d'élite appelées à manier efficacement les armes nouvellement achetées dans ce dernier bastillon du marxisme pur et dur pourrait expliquer ce nouvel épisode de la crise. Des zones d'ombres persistent de toute façon. La petite divergence apparue entre Mugabe et Kabila à Lusaka, sur la nécessité de déployer négocier, pourrait être révélatrice. On se rappellera que Kabila a boycotté dernièrement le sommet de l'OUA de Lomé, dont les préparatifs ont été fermement soutenus par son grand ami le colonel Kadhafi. Alors que son homologue Zimbabwéen Mugabe s'était fait représenter, Kabila, répondant en cela à la demande de l'Angolais Dos Santos, avait préféré pratiquer la politique de la chaise vide. Aujourd'hui encore, la petite divergence entre Mugabe et Kabila sur la poursuite des négociations est intervenue à Lusaka où Dos Santos n'avait pas jugé utile de se présenter. De retour de Lusaka, Kabila n'a pas tardé à se rendre à Luanda.

Que se disent Kabila et Dos Santos`en dehors des communiqués communs officiels? On retiendra que la demande pressante de Kinshasa sur la révision des Accords de Lusaka est intervenue au plus chaud des discussions sur la nécessité d'envoyer les unités de la MONUC pour leur application. Avant la dernière rencontre, c'est l'option militaire qui était sur toutes les lèvres. Kabila recevrait-il des promesses angolaises sur un engagement des FAPLA à l'Est du Congo? Ceci de toute façon est très peu probable. Confronté à ses propres problèmes, Luanda naturellement préfère se limiter à verrouiller le périmètre frontalier, afin d'enrailler les velléités incursionnistes de l'UNITA à partir du sud de la RDC. Malgré sa participation à la nouvelle alliance des anciens guérilleros marxistes, un peu opposée aux régimes pondérés issus simplement des élections de l'Afrique australe (Zambie, Tanzanie, Botswana, Swanziland, Lesotho) Dos Santos, est conscient que l'animosité actuelle de l'administration américaine contre l'UNITA a contribué à affaiblir celle-ci, à travers l'embargo dont Washington a été l'un des artisans. Il pourra difficilement franchir le Rubicon.

Ainsi, avec l'agressivité renforcée de Kabila, les perspectives pourraient être critiques. Le rejet des Accords de Lusaka n'a de sens que si les moyens militaires de Kinshasa permettent à Kabila une action en profondeur. Ce qui est peu probable, compte tenu du silence de Kinshasa lors des massacres de la population à Kisangani. Sans l'engagement angolais, la crise sera longue, le bilan humain très lourd. La présence du Zimbabwe a stabilisé les lignes avancées, mais elle n'a pas sonné et ne semble être pas en mesure de sonner le glas de la partition du territoire national. La guerre sera longue avait déclaré Kabila lui-même. Cela signifie que le peuple devrait se préparer à souffrir et souffrir pendant longtemps…

Une autre possibilité c'est de convaincre le Conseil de sécurité de l'ONU de la nécessité de réviser Lusaka. Là, nous risquons de retrouver les mêmes membres permanents du conseil dont les diplomates sont expulsés aujourd'hui sur notre chemin.

Aujourd'hui, l'heure est à la mobilisation. Faute de bombarder Kigali, on semble demander d'aller à Washington. Cela rappelle 1975 avec son «Coup monté et manqué» que Mobutu avait imputé aux généraux Falo, Otshudi, au colonel Omba Pene Djonga et au capitaine Tshikeva. L'histoire nous a appris tant de choses depuis lors. Dans l'entretemps, Mobutu avait réussi la mobilisation dont il avait besoin.

Aujourd'hui cependant, le dialogue inter-congolais, se confondrait dans les esprits uniquement au dialogue avec les rebelles. Les forces politiques de l'intérieur doivent accepter la clandestinité, donc toujours dans un contexte des rapports tendus avec le gouvernement. Boboliko aurait-il été à la table d'une diplomate américaine? C'est un signal. C'est cette main (les forces réduites au silence) qui risque d'être utilisée un jour ou l'autre en raison de sa frustration. L'égarement de certains à l'Est du Congo en est la preuve. Le silence n'est ni la résignation, ni la paix. Et on ne se fait pas bonne conscience en niant le réel. Il faut arrêter de nier l'Autre, de le traquer et de le forcer à se taire. Il faut unir les Congolais contre les massacres des leurs.

Le front commun des Ruandais face au Congo fait leur force. Mais, ce ne sont pas les forces politiques congolaises traquées qui se résoudront à constituer ce front commun. C'est celui qui a l'impérium qui a l'influence la plus puissante. S'il s'engage sincèrement dans la voie de la mobilisation de cette classe politique, celle-ci, ''pourrie'' soit-elle, sera d'une certaine utilité au pays. Divisée et traquée, elle nuira toujours quoi que nous puissions en dire. Plus d'un doit se demander, Kabila qui est si peu disposé à conférer avec l'Autre, au plus fort de la crise, jettera-t-il du coup son manteau de dictateur, une fois la guerre terminée? Parce que Kabila se préoccupe de l'habillement de ses décrets en nommant un parlement, pourquoi la demande de réconciliation nationale, par la classe politique, est-elle peu opportune? Là on justifie l'Urgence pour ne pas attendre le dialogue inter-congolais, ci on prétexte la guerre. En rejetant toute idée de réconciliation nationale, pourquoi nous plaignons-nous du manque d'unité de cette classe politique face à la crise? Il y a des contradictions en l'air. Le bras de fer actuel devrait être réorienté.

Devons-nous continuer à justifier la sentence de l'Européo-centriste, René Dumont? Rappelons-nous de: "L'Afrique noire est mal partie" . Malgré le lever de bouclier des africanistes contre Dumont, le requiem annoncé ne fut pas évité: "L'Afrique en panne: Vingt-cinq ans de ''développement''" (Jacques Giri. Karthala. Paris. 1986).

La Camérounaise Axelle Kabou, n'avait-elle pas déjà dénoncé dans son "Et si l'Afrique refusait le développement?", le caractère anachronique du mariage entre une certaine mentalité africaine et les exigences de direction de la collectivité? Ne nous avait-elle pas déjà accusés, nous comme Négro-Africains de ne faire que juste ce qu'il faut pour que rien ne marche. Pour se donner la conscience, des idéologies complaisantes décrètent immorale, toute dénonciation de la classe dominante. Il est temps d'oter les masques. Focalisons-nous sur l'invasion et son corrolaire le projet de partition de notre pays, mais aussi, exigeons de Kabila assez d'ouverture politique.

Au milieu des années 1970, un compatriote et éminent professeur d'université, dont nous taisons volontier le nom, défendait une thèse que nous oserions schématiser en ces termes, tout en espérant ne pas trahir la pensée de l'auteur:

Dans notre vie, nous autres Négro-Africains sommes le siège d'un conflit permanent, opposant une conscience dénaturée par les idées cartésiennes empruntées du Soi (l'Europeo-centrisme) et d'un subconscient rempli des concepts mythologiques acquis au fil des ans dans notre univers structurel. Nous mutant en critiques, nous partons toujours de notre conscience, mais une fois en position d'acteur, nous nous fondons toujours sur notre subconscient. Ici, à notre humble avis, se trouverait le secret de notre inadaptation dans l'action au profit de la cité.

Le Congo, quelque soit ce que pense la majorité, ne doit pas se dresser contre la monde entier sans condamner son peuple à vivre continuellement dans la misère dont l'a condamné le régime défunt. À aller en guerre à la fois et ouvertement contre l'Amérique, les pays agresseurs de l'Est, les ''rebelles'' congolais et l'Opposition démocratique, le peuple qui est massacré risque de l'être plus pour Kabila que pour lui-même. La victoire dans ces conditions ne serait elle pas difficile? Sinon, ne risque-t-elle pas d'être une victoire à la Pyrrus?

Nous terminerons en estimant que le bras de fer actuel présage des lendemains qui pleurent au Congo. Ceux qui ont l'impérium doivent re-orienter le sens de leur action. La réconciliation nationale demeure une condition pour réussir à désamorcer la tension interne, condition importante pour repousser l'ennemi.

Lambert Opula


[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page]