![]() |
|
|
[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] Léchec de la fusion des forces rebelles et gouvernementales prévue dans les accords de LUSAKA relancera la guerre en République démocratique du Congo Par SILUBWE Moké Au fur et à mesure du temps, les assurances sur le dénouement rapide de la crise politique et militaire en République démocratique du Congo cèdent la place à certaines incertitudes. Mais au-delà de toute tergiversation politicienne, une seule certitude semble simposer : il ny aura pas de paix sans sécurité tant au Congo quen Afrique centrale en général. Or, avec 2 345 000 kmē de superficie et 9 pays frontaliers, la paix et la sécurité en Afrique centrale passent inévitablement par la République démocratique du Congo. De ce fait, la fusion des forces rebelles et gouvernementales telle que prévue dans les accords de LUSAKA est un dossier capital pour le processus de paix en cours. Elle concerne 12000 hommes déclarés au RCD/ Goma, 6000 hommes au RCD/Kisangani, 6000 hommes au MLC et 25000 hommes déclarés du côté gouvernemental. Soit environ 50 000 hommes à réunir au sein dune armée congolaise à rénover. Ces chiffres exagérés seront le moment venu à ramener à la baisse si lon prend en compte la propension naturelle de chaque faction à gonfler ses effectifs. Lancien Secrétaire dEtat américain M. Herman COHEN, qui sest entretenu avec la Délégation en Europe de la C.I.D.E.S. (Convention Des Institutions Démocratiques et Sociales) lors de son récent séjour à Paris, a estimé que la fusion des milices rebelles et gouvernementales telle que prévue par les Accords de LUSAKA est un scénario hypothétique. Ce point de vue tient, selon lui, à linfluence des troupes étrangères dans les forces rebelles et gouvernementales. " Rien ne permet de prétendre que les forces ne resteront pas téléguidées dune façon ou dune autre par leurs anciens alliés étrangers dans la nouvelle armée congolaise qui sera issue de la fusion ", affirmait t-il. Comment rompre le cordon ombilical entre les Chefs politico-militaires et leurs troupes ? Des milieux militaires occidentaux haut placés, la fusion de forces rebelles et gouvernementales est un mécanisme exceptionnel dans lhistoire des armées modernes. Un officier militaire belge de haut rang a affirmé que la difficulté dun recyclage des effectifs au sein dune nouvelle armée congolaise tient à labsence dune victoire militaire de lune ou lautre partie qui aurait eu au moins le mérite de donner au vainqueur le pouvoir dimposer son organisation militaire. Léchec de la fusion des forces rebelles et gouvernementales est prévisible en particulier parce que lunité du Commandement, essentielle pour lordre et la discipline, est hypothétique. Lorigine complexe des hommes du rang, ajoutée aux formations et parcours hétérogènes des officiers peut lézarder la communication et déstabiliser le haut Commandement militaire. Par ailleurs, la fusion des forces apparaît sur le plan politique avant tout comme un processus de rupture du cordon ombilical qui lie les chefs politico-militaires (rebelles et gouvernementaux) à leurs hommes du rang comme à leurs officiers. Cette rupture est nécessaire pour éviter tout retour dans les maquis dans le cas où, par exemple, les décisions du dialogue intercongolais n'étaient pas acceptées par certains chefs politico-militaires. Il faudra pour cela que les militaires trouvent dans les mécanismes prévus par les accords de LUSAKA une alternative sérieuse en terme de carrière et de garanties sociales pour ceux dentre eux qui souhaiteraient garder luniforme et éviter le retour à la vie civile. Une issue incertaine, car il faudra compter sur le patriotisme des uns ou le sens de lhistoire des autres pour que lopération accouche dune nouvelle armée congolaise nationale et républicaine. Dans tous les cas, les difficultés seront énormes lorsquil sagira notamment de donner à la nouvelle armée congolaise une doctrine uniforme de commandement des troupes. Il est évident que sagissant de dire qui sera lennemi du Congo, il faudra mieux invoquer Simon KIMBANGU que de tenter de départager entre les officiers ennemis dhier. Quelles chances pour lunité du Commandement dune armée congolaise issue de la greffe entre forces ennemies ? Mais la fusion des forces rebelles et gouvernementales nest pas toujours présentée comme un des scénarios qui mineraient le processus de paix en cours. Au B.E.S (Bureau dEtudes Stratégiques), un groupe dexperts militaires congolais présidé par TITA Léopold depuis Bruxelles, on croit fermement quun consensus est possible entre fils du pays et quun état-major commun (rebelle et gouvernement) est réalisable. Le BE.S. a fait circuler au chevet des décideurs congolais politiques et militaires, un plan qui propose notamment un doublement de chaque poste de commandement au sein du futur haut commandement militaire congolais en respectant un certain équilibre régional. Pour le R11, une organisation politico-militaire congolaise partisane de la résistance armée depuis lAfrique du sud, on na pas besoin dune fusion de tous les congolais au sein dune armée pour redonner au Congo sa souveraineté. Pour son fondateur, le Commandant KALONDA François, la fusion des forces rebelles et gouvernementales est un scénario voulu par les étrangers de sorte quon se bat sur un terrain voulu par lennemi. " Les puissances extérieures ont participé dans lélaboration des accords en les minant de certains éléments qui permettent de relancer la guerre à tout moment. Au R11, nous prônons une lutte strictement congolaise pour rétablir durablement lautorité de lEtat. Ce nest pas la voix la plus courte, mais la plus sûre ", ainsi sexprimait le Commandant François KALONDA interrogé le vendredi 06 juillet 01 lors dune Conférence -débat à Lille (France). Boudée par les uns, dangereuse pour les autres, la fusion des forces rebelles et gouvernementales passe avant tout par un consensus entre congolais. Une solution pour le moins improbable qui justifie des propositions diverses de la part de la classe politique et militaire congolaise. Une classe politique dans lembarra du choix entre les dérives dune armée congolaise à dominance kabiliste et les inconvénients dune armée congolaise issue dun rejet de la greffe entre forces rebelles et gouvernementales. En tous cas, il appartient à la classe politique congolaise de rechercher la troisième voie qui permette déviter une armée à prédominance rebelle ou pro-gouvernementale. Sexprimant à ce sujet, lancien Secrétaire dEtat américain Herman COHEN a estimé que seul un engagement profond de la Communauté internationale peut éviter au Congo une nouvelle voie vers la guerre, soulignant en particulier la lettre du Président de la C.I.D.E.S.( www.cides-congo.org), Jean-Oscar NGALAMULUME dans la quelle celui-ci propose au Secrétaire général KOFFI ANNAN, une supervision des nations unies sans laquelle la Transition peut virer à un monologue du Gouvernement de Kinshasa ou à un nouveau conflit armé. La CIDES propose en effet que létat-major de la Monuc serve dans certaines conditions de cadre logistique et organisationnel au Commandement commun aux forces rebelles et gouvernementales issu de la fusion.Entre le retour aux maquis et la paix, quelles garanties sociales pour le personnel militaire ? A cet aspect politique sajoute un autre technique et juridique. Car, il faudra assurer un certain équilibre dans la composition de létat-major général de la future armée en tenant compte de certains quotas régionaux en vue de lui donner un côté national affirmé. Comment, par ailleurs, apprécier équitablement le grade de chacun dans cette nouvelle armée où les formations hétérogènes, les parcours disparates des uns et des autres, ou encore la revendication des grades acquis dans différentes factions dans des conditions pour le moins régulières et contrôlables, ne manqueront pas de compliquer la tâche des bâtisseurs de lArmée nationale congolaise républicaine ? (Voir notre article : " Les conditions dévaluation de grades militaires au sein dune armée congolaise intégrant les forces rebelles et gouvernementales : le cas des ex-FAZ "). La restauration de la sécurité et de lautorité de lEtat est une responsabilité énorme pour le Congo victime de son instabilité politique et de ses insuffisances militaires, tendon dAchille dun pays devenu le refuge du banditisme international et de laffairisme de tous bords. Avec 15 groupes armés présents sur son territoire dont 8 armées régulières sans compter les autres bandes armées incontrôlées, la RDC a battu le records de la violation de la souveraineté nationale sur un pays africain. La guerre déclenchée depuis août 1998 sera citée dans les annales comme la première guerre interafricaine en terme du nombre des pays impliqués dans le conflit et de victimes (3 millions de morts !).
SILUBWE Moké Coordonnateur du Comité Permanent de la CIDES [Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] | |